
Un bénéfice secondaire, c’est ce que vous gagnez, inconsciemment, à garder un problème que vous dites vouloir résoudre. Ça peut être de la sécurité, du contrôle, du statut, une excuse, ou même une identité. Le symptôme n’est donc pas seulement un mal : c’est une stratégie de survie devenue obsolète. Tant que cette stratégie reste utile, le changement se heurte à une résistance invisible mais puissante. Dans l’accompagnement psy, nous n’attaquons pas le symptôme de front : nous explorons ce qu’il protège. Et lorsque la fonction est reconnue, le symptôme peut enfin se dissoudre.
Explorer mes bénéfices secondaires en psychanalyse ou psychothérapie à Versailles
Lorsque j’ai reçu Manon, 32 ans, analyste financière, elle est entrée dans le cabinet avec cette allure de personnes qui tiennent debout par pure discipline. Ses mots étaient rationnels, maîtrisés, mais son corps racontait autre chose : les doigts crispés sur la anse du sac, la respiration courte, l’épuisement perceptible dans la posture. « Je sais parfaitement que cette relation me fait du mal, je sais ce qu’il faut faire… mais je n’y arrive pas », dit-elle d’une voix presque excusée, comme si sa difficulté était une faute morale.
Ce que Manon ne savait pas encore, c’est que son symptôme, cette dépendance affective, ce cycle de ruptures et de retours, cette incapacité à trancher, n’était pas un signe de faiblesse. C’était une stratégie psychique, un mécanisme de maintien interne. Un bénéfice secondaire, au sens clinique du terme : ce que son symptôme lui permettait d’éviter, de calmer, de maintenir, même au prix d’une souffrance quotidienne.
Ce premier entretien mettait en lumière non pas une contradiction, mais une cohérence : l’inconscient ne cherche pas le confort, mais la survie. Et tant que le symptôme remplit une fonction : être aimée, rester en lien, ne pas être confrontée à un vide intérieur, préserver une identité ou un rôle. Il s’accroche, il résiste, il se répète.
« Le symptôme n’est pas un ennemi : il est le gardien d’un équilibre invisible. » Françoise Dolto
Selon le Baromètre Santé 2023, près de 68 % des personnes déclarent « savoir exactement ce qu’elles devraient faire pour aller mieux », mais seulement 19 % parviennent à modifier leur comportement de manière durable.
Une enquête Ifop de 2022 montre que 62 % des personnes en souffrance psychique reconnaissent “une part de bénéfice invisible” à conserver leur situation actuelle.
Selon une étude du Centre de recherche en psychologie clinique de Lyon (2022) :
Ces chiffres rappellent que le symptôme n’est jamais absurde : il est adapté à une histoire, certes, mais parfois inadapté à la vie actuelle. Ils rappellent également que le symptôme n’est jamais “illogique” : il est fonctionnel, même lorsqu’il devient douloureux.
Cela peut sembler paradoxal, mais aucune souffrance persistante n’existe sans une fonction, même minimale : calmer une angoisse, maintenir un lien, éviter un réel trop brutal, préserver un équilibre psychique ou protéger une zone vulnérable.
Le bénéfice secondaire n’est pas un « caprice », ni un défaut de volonté, ni un manque de discipline. Il s’agit d’un compromis psychique, souvent hérité de l’histoire familiale et consolidé par des années de survie émotionnelle. Ce compromis permet au sujet de continuer à se sentir cohérent, parfois même de préserver son identité relationnelle.
Dans l’approche psychanalytique, le bénéfice secondaire se forme comme une sorte de traité intérieur : une négociation entre le désir, les défenses, le Surmoi, et la mémoire traumatique. Le symptôme persiste tant qu’il sert à éviter une menace plus archaïque : l’abandon, le vide, la séparation, la perte de contrôle, ou l’effondrement narcissique.
Ainsi, ce que nous appelons « bénéfice » ne renvoie pas à un plaisir, mais à une fonction stabilisatrice. Le symptôme est coûteux… mais il rassure. Il limite, mais il protège. Il empêche d’avancer… mais il empêche aussi de tomber.
– être celle qui “gère tout” ;
– être celle qui “tient malgré tout” ;
– être celle qui “ne se plaint pas” ;
– être celle qui “sacrifie” ;
– être celle qui “répare les autres”.
Renoncer au symptôme revient alors, inconsciemment, à renoncer à une manière d’exister.
Et c’est précisément là que se loge le bénéfice secondaire : dans la continuité psychique.
« Le symptôme protège toujours quelque chose de précieux. Il faut d’abord le comprendre avant d’espérer le transformer. » Donald W. Winnicott
Lorsqu’un patient affirme : « Je veux changer, je sais ce qu’il faudrait faire… mais je n’y arrive pas », il exprime non pas une contradiction mais une ambivalence fondamentale. La volonté consciente souhaite l’amélioration. Mais une autre partie, plus profonde, plus archaïque, perçoit le changement comme une menace.
Le symptôme persiste précisément parce qu’il réduit une angoisse.
Même s’il complique la vie, même s’il détruit des relations, même s’il empêche d’avancer, il évite quelque chose : une vérité interne difficile, une séparation, une responsabilité nouvelle, un choix identitaire, un vide, ou une réactivation traumatique.
Le paradoxe apparent – vouloir changer tout en restant immobile – est en réalité l’expression d’une logique interne extrêmement cohérente. L’inconscient n'a pas pour fonction d'améliorer le confort du sujet : il cherche la stabilité psychique. Tant qu’un symptôme contribue à cette stabilité, il est maintenu.
C’est pourquoi les injonctions extérieures « bouge-toi », « essaie », « il suffit de vouloir » sont non seulement inefficaces, mais culpabilisantes. Elles ignorent la réalité du fonctionnement psychique.
Changer revient toujours à perdre quelque chose :
– un mode de défense ;
– une place dans la famille ;
– un rôle dans le couple ;
– une façon de penser ;
– une fidélité inconsciente à l’enfance ;
– une identité construite autour de la résistance, du sacrifice ou de la maîtrise.
Le symptôme n’est pas une erreur. Il constitue un équilibre, parfois fragile, mais éprouvé. Le transformer demande d’accepter une forme de vacillement. C’est souvent cet intervalle, cet entre-deux — ni vraiment souffrant, ni encore libéré — qui est ressenti comme le plus insécurisant.
Il a servi de poutre psychique. Il est devenu familier, presque fiable : un repère, même négatif.
L’inconscient ne renonce jamais spontanément à une défense qui a fonctionné. Il ne peut le faire que si une autre façon d’être devient possible, suffisamment contenante, suffisamment stable pour s’y appuyer.
C’est tout l’enjeu du travail thérapeutique : permettre au psychisme d’élaborer une nouvelle structure au lieu d’être contraint d’abandonner l’ancienne.
« L’être humain préfère souvent la souffrance qu’il connaît à l’angoisse qu’il ne connaît pas. » Sigmund Freud
Selon l’enquête “Trajectoires psychiques et changement” (Inserm, 2021) :
Ces données valident ce que la clinique psychanalytique observe depuis toujours : la résistance n’est pas un refus, mais un mécanisme de protection.
En consultation, les bénéfices secondaires ne se repèrent pas dans les discours les plus bruyants, mais souvent dans les détails : une hésitation, un « oui mais… », un récit qui se répète invariablement d’année en année. Derrière ces répétitions, on découvre non pas un manque d’effort, mais une organisation psychique qui tient debout grâce au symptôme.
Car dans la réalité clinique, les bénéfices secondaires n’apparaissent jamais comme des avantages visibles. Ils sont subtils, presque silencieux, regroupés en trois grandes familles : la fonction psychique, la fonction relationnelle, et la fonction identitaire du symptôme.
Certaines personnes gardent un symptôme : crise d’angoisse, compulsions, dépendance affective, comportements d’échec répétés... parce qu’il représente leur manière de gérer une intensité émotionnelle qu’elles ne peuvent canaliser autrement.
Dans ce cas, le bénéfice secondaire est une forme de stabilité interne, même coûteuse. Le symptôme agit comme une soupape, un barrage contre des affects plus archaïques : colère, peur de l’abandon, honte, pulsions agressives, angoisse de séparation.
Le sujet souffre… mais il évite une souffrance perçue comme encore plus menaçante.
– rester « la personne qui a besoin d’aide » garantit un soutien familial ;
– l’angoisse ou la plainte maintient une relation qui sinon se distendrait ;
– un échec professionnel récurrent évite de dépasser un parent ou de trahir une loyauté familiale ;
– la souffrance donne un rôle dans le groupe, un moyen d’être visible.
Dans ces situations, changer reviendrait à rebattre les cartes relationnelles. Et ce bouleversement peut sembler plus dangereux que la souffrance actuelle.
Certaines personnes se reconnaissent dans leur symptôme :
– « je suis celui qui se bat toujours » ;
– « je suis celle qui n’a besoin de personne » ;
– « je suis celle qui contrôle tout » ;
– « je suis celui qui survit toujours ».
Le symptôme devient un élément de leur identité.
Le perdre serait perdre une partie d’elles-mêmes, un repère, une manière de se sentir cohérente.
C’est pourquoi, d’un point de vue psychanalytique, on ne combat pas le symptôme : on comprend ce qu’il soutient.
Pauline, 27 ans, consulte pour des crises d’angoisse qui surviennent « sans raison ». Au fil des séances, elle réalise que ces crises apparaissent systématiquement lorsqu’elle pense s’éloigner de sa mère.
L’angoisse, ici, n’est pas un dysfonctionnement.
Elle est un signal d’alerte relationnel : tant qu’elle panique, elle reste dans un lien fusionnel appris dès l’enfance.
Le bénéfice secondaire n’est donc pas la crise elle-même, mais ce qu’elle garantit : un lien qui, autrement, serait perçu comme menacé.
« Ce que nous appelons symptôme est souvent la meilleure solution que le sujet a trouvé pour ne pas se désorganiser. » Pierre Aulagnier
Une étude menée par le CIRCEE (2023) sur les comportements répétitifs indique :
Ces chiffres soulignent un point central : le bénéfice secondaire n’est pas une opportunité, mais une structure d’équilibre.
Dans la clinique du couple et de la relation, les bénéfices secondaires sont peut-être les plus complexes à identifier, car ils se cachent derrière les affects les plus intimes : l'attachement, la peur de perdre, la fidélité inconsciente, la honte, la culpabilité, la dette symbolique.
Lorsque quelqu’un dit : « Je sais que cette relation me détruit, mais je n’arrive pas à partir », ce n’est jamais un manque de force. C’est la manifestation d’un conflit psychique entre ce qui fait souffrir et ce qui sécurise.
Car le couple, même dysfonctionnel, peut offrir :
– un cadre connu ;
– une routine qui apaise ;
– une présence, même instable ;
– une forme de reconnaissance ;
– un rôle (« celle qui soutient », « celle qui répare », « celle qui endure ») ;
– un lien qui protège du vide intérieur ;
– un sentiment d’être utile, indispensable, aimée à travers la souffrance.
Ce sont ces éléments-là qui constituent les bénéfices secondaires. Ils sont profonds, archaïques, rarement conscients — mais extraordinairement puissants.
Dans certains couples, le conflit, la jalousie, la répétition, les séparations à répétition ou l’absence de communication deviennent des repères identitaires.
La relation n’est plus un lieu de croissance mais un système d’équilibre émotionnel.
Partir n’est pas seulement renoncer à une personne, c’est renoncer à :
– une manière de se sentir exister ;
– une histoire qu’on rejoue depuis l’enfance ;
– une loyauté familiale ;
– un rôle dans le psychisme de l’autre ;
– une version de soi devenue familière ;
– un roman interne où la souffrance tient lieu de lien.
D’un point de vue psychanalytique, rester dans une relation douloureuse revient souvent à être fidèle à une scène intérieure : une relation première, un attachement insécure, un parent à sauver, une dette symbolique à payer, une place à conserver.
Sophie, 38 ans, arrive en consultation totalement épuisée. « Il me fait du mal, mais je n’arrive pas à couper », dit-elle.
Le travail analytique révèle que ce qui la retient n’est pas l’amour, mais la peur archaïque d’être abandonnée, issue d’un père abscons, imprévisible, disparu par intermittence.
Avec son conjoint actuel, les colères, les silences, les rapprochements brusques reproduisent cette dynamique infantile.
Ce qui semble la détruire la rassure en réalité : tant que la relation reste instable, elle reste familière.
Le bénéfice secondaire n’est donc pas le couple, mais la cohérence interne qu’il assure.
De nombreux patients expriment une angoisse massive à l’idée de la séparation : non pas l’angoisse de perdre l’autre, mais celle de se retrouver face à eux-mêmes.
Le bénéfice secondaire, dans ce cas, est la protection contre :
– le silence intérieur ;
– des émotions non symbolisées ;
– le risque de dépression post-séparation ;
– l’effondrement narcissique ;
– la nécessité de redéfinir son identité.
Ainsi, l’attachement douloureux n’est pas irrationnel. Il est l’expression d’un équilibre psychique fragile.
« L’on ne quitte jamais une personne. On quitte surtout un lieu intérieur que l’on n’est pas encore prêt à traverser seul. » Boris Cyrulnik
Selon une étude IPSOS / Observatoire des ruptures affectives (2023) :
Ces données confirment ce que la psychothérapie et la psychanalyse observent : la souffrance n'est jamais dénuée de sens, elle est organisée, elle soutient un équilibre interne.
Thérapie de couple à Versailles
Il est un compromis : la rencontre entre un désir inavoué, une interdiction interne (souvent issue du Surmoi), un conflit psychique ancien, et une réalité émotionnelle impossible à symboliser autrement.
Le symptôme surgit lorsque le psychisme n’a pas trouvé d’autre voie pour gérer une tension. Il devient le résultat d’une négociation silencieuse entre différentes instances du sujet.
Ce compromis permet de maintenir la cohérence interne, au prix d’une souffrance externe. Le symptôme “coûte”, mais il sauve quelque chose : un lien, une représentation de soi, une défense, une fidélité inconsciente.
La formation du symptôme prend racine dans :
– les premiers attachements,
– le climat émotionnel familial,
– les injonctions explicites et implicites,
– les identifications,
– les traumas non symbolisés,
– les loyautés invisibles,
– le refoulement et ses retours.
Le symptôme est donc une réponse créative, parfois archaïque, mais créative, du psychisme.
Il naît pour maintenir une continuité d’existence là où l’environnement a été insuffisant, intrusif ou incohérent.
D’où cette phrase fondamentale en psychanalyse :
un symptôme n’apparaît jamais sans raison, mais sa raison n’est jamais consciente.
Beaucoup de discours actuels promettent des solutions spectaculaires : “3 séances pour effacer les blocages”, “reset émotionnel”, “guérison immédiate”.
La psychanalyse rappelle qu’un symptôme ne disparaît durablement que lorsqu’on a compris et déplacé la fonction psychique qu’il assumait.
Si on l’arrache trop vite, par suggestion, protocole ou injonction, le sujet risque un effondrement, une angoisse, ou l’apparition d’un symptôme substitutif.
C’est ce phénomène que Freud décrivait lorsqu’il affirmait que le symptôme est “monté sur ressort” : si on le comprime, il resurgit ailleurs.
Certaines personnes ont construit leur identité autour d’un symptôme :
– anxiété chronique,
– perfectionnisme,
– auto-sabotage,
– dépendance affective,
– hyper-responsabilité,
– inhibition,
– contrôle permanent,
– dévotion excessive.
Le symptôme devient une boussole identitaire.
Le compromis n’est donc pas uniquement intrapsychique : il structure la manière d’être au monde.
Le bénéfice secondaire est ici maximal : il donne une forme, une place, une logique, un rôle.
« Le symptôme est une tentative de solution, pas un problème en soi. » Jacques Lacan
Découvrir ses bénéfices secondaires n’a rien d’intuitif : ce sont des mécanismes inconscients, donc invisibles pour le sujet. On ne les identifie ni par rationalisation, ni par introspection autonome.
Ils se révèlent dans l’analyse, à travers les répétitions, les contradictions, les évitements, les émotions disproportionnées, les lapsus, les hésitations.
La question n’est pas : « Pourquoi je souffre ? »
mais plutôt : « Qu’est-ce que cette souffrance me permet d’éviter ? De maintenir ? De ne pas perdre ? »
L’identification des bénéfices secondaires suppose un cheminement progressif : accepter que la difficulté n’est pas un échec personnel, mais une forme d’organisation psychique.
Elles révèlent ce que le psychisme cherche à stabiliser.
– toujours les mêmes partenaires ;
– toujours les mêmes difficultés ;
– toujours les mêmes ruptures ou conflits ;
– toujours la même angoisse face aux mêmes événements ;
– toujours le même blocage au moment d’agir.
La répétition n’est pas un hasard : elle protège un noyau psychique.
Le bénéfice secondaire se cache souvent là où l’on s’épuise le plus.
Elle fait surgir des bénéfices secondaires que la personne n’avait jamais envisagés :
– « Si j’allais mieux, je n’aurais plus d’excuse pour quitter mon travail. »
– « Si je n’étais plus anxieuse, je devrais dire non. »
– « Si je n’étais plus en hyper-contrôle, j’aurais peur que tout s’effondre. »
– « Si je ne vivais plus ce chaos, je ne saurais plus qui je suis. »
– « Si je quittais cette relation, je me retrouverais face au vide. »
À travers ces phrases, on voit apparaître la fonction relationnelle, identitaire ou psychique du symptôme.
– être pris en charge,
– être reconnu dans sa souffrance,
– éviter une décision,
– conserver un lien,
– maintenir une image de soi,
– éviter un risque,
– fuir un traumatisme enfoui,
– rester fidèle à l’histoire familiale.
Il n’y a rien de honteux là-dedans : le psychisme se débrouille comme il peut.
Demandez-vous :
« Qu’est-ce qui me fait peur dans le fait d’aller mieux ? »
Les réponses, parfois surprenantes, contiennent souvent la fonction réelle du symptôme :
– peur d’être abandonné ;
– peur de perdre une identité ;
– peur de ne plus être protégé ;
– peur de la liberté ;
– peur de la responsabilité ;
– peur d’affronter le passé ;
– peur de réussir.
Lorsque quelqu’un arrive systématiquement en retard en séance, oublie un document important, annule au moment où l’on approche d’un point sensible, ou dévie la conversation dès que l’on touche à un enjeu clé, ce n’est pas un hasard.
La résistance est la signature du bénéfice secondaire.
Ce que le sujet évite révèle ce qu’il cherche à préserver.
L’inconscient ne répond ni à la volonté, ni à la pression, ni aux injonctions. Il répond à la compréhension, à la symbolisation, et à la réorganisation interne.
Se libérer d’un bénéfice secondaire signifie : rendre le symptôme inutile. Ce n’est possible que si une autre forme de stabilité, plus douce et plus vivante, devient disponible.
Le travail thérapeutique consiste donc à déplacer la fonction du symptôme, à élaborer ce qu’il protégeait et à créer un nouvel espace psychique où le sujet peut exister autrement.
C’est le premier mouvement thérapeutique.
Connaître un symptôme sur le plan conscient ne suffit pas ; il faut comprendre sa fonction inconsciente.
Le patient découvre alors que son anxiété, son évitement, sa jalousie, son auto-sabotage ou sa dépendance affective n’est pas un défaut personnel, mais une réponse organisée à une menace psychique ancienne.
Savoir cela change tout : on passe du jugement de soi à la compréhension de soi.
Aucune transformation n’est possible tant que le sujet n’a pas reconnu la loyauté de son propre psychisme.
Le symptôme a protégé :
– une vulnérabilité,
– une peur archaïque,
– une blessure,
– un manque parental,
– un traumatisme non symbolisé,
– une angoisse de séparation,
– un effondrement possible.
Dans bien des cas, il a été la seule solution disponible.
Le reconnaître, c’est déjà commencer à s’en libérer.
Se libérer d’un bénéfice secondaire, c’est perdre :
– un rôle ;
– une identité ;
– un mode de défense ;
– une façon d’être utile ;
– une fidélité familiale ;
– une habitude relationnelle ;
– un équilibre interne ;
– une manière de survivre.
C’est l’étape la plus douloureuse. C’est aussi la plus noble.
Le changement psychique est toujours un travail de deuil.
Le symptôme ne disparaît pas avant qu’une autre manière d’être lui succède.
Cette alternative peut être :
– une nouvelle relation à soi ;
– un autre mode de régulation émotionnelle ;
– une meilleure capacité à dire non ;
– une confiance intérieure qui s’étaye ;
– une nouvelle représentation de soi ;
– un espace symbolique où l’on peut penser, sentir, élaborer.
Le rôle de la psychanalyse ou de la psychothérapie est précisément de construire cette alternative, doucement, patiemment, solidement.
Lorsque le symptôme devient inutile, il tombe de lui-même.
Non par suppression, mais par désaffection.
Le sujet commence alors à vivre autrement, avec moins de défense, moins d’angoisse, moins de compulsion, plus de liberté.
C’est ce que Winnicott décrivait comme “la naissance du vrai self”.
Elle ouvre un espace où le sujet peut déplier les contradictions qui l’habitent : vouloir changer tout en résistant, souffrir tout en se sentant étrangement “tenu” par ce qui fait mal. Là où d’autres méthodes se focalisent sur le comportement à corriger, la psychanalyse s’intéresse à la logique invisible qui soutient ce comportement, à ce qu’il protège, à ce qu’il évite, à ce qu’il maintient d’identitaire ou de relationnel.
L’analyse explore le langage, les rêves, les lapsus, les répétitions, les mouvements du transfert : tout ce qui révèle la structure inconsciente du symptôme. Ce n’est pas un travail de volonté, mais un travail de transformation intérieure. En s’autorisant à dire librement, le sujet découvre que son symptôme n’est pas un échec personnel, mais une tentative d’organisation face à quelque chose d’autrement insupportable. Cette lente mise au jour rend possible une réorganisation psychique qui, seule, permet la disparition durable du symptôme.
L’inconscient ne se presse pas, ne négocie pas sous injonction, et ne se laisse jamais forcer. Il se modifie lorsque sa fonction devient inutile, lorsque le sujet a trouvé une autre manière d’exister. La psychanalyse ne promet donc pas de “résultats immédiats”, mais une compréhension profonde capable de soutenir une véritable transformation. Elle ne retire rien : elle accompagne le patient vers un espace où ce qui pesait devient superflu.
Dans la cure, ce n’est pas le symptôme que l’on arrache : c’est le sujet que l’on aide à s’émanciper de ce qu’il croyait indispensable.
On le découvre lorsque le symptôme résiste, même avec une forte motivation à changer.
Les cliniciens observent souvent que des comportements anxieux, obsessionnels ou relationnels servent à apaiser un conflit affectif, à stabiliser une ancienne névrose, ou à éviter un malaise plus profond. Ce n’est pas pathologique en soi : c’est un mécanisme de défense destiné à préserver l’équilibre psychique. Les neurosciences confirment que nos neurones privilégient l’habitude plutôt que l’inconnu. Un travail psychothérapeutique aide à éclairer ces zones refoulées.
L’auto-sabotage semble volontaire ; les bénéfices secondaires, eux, opèrent en dehors du champ conscient. Ils fonctionnent comme des mécanismes de défense, formés pour éviter une souffrance affective, cognitive ou même corporelle. Un praticien en psychothérapie ou un psychiatre reconnaît facilement cette organisation lorsqu’un patient répète un comportement qui lui nuit tout en lui évitant une angoisse plus archaïque. Cela peut concerner des schémas amoureux, une addiction, une inhibition ou un retrait social. Ce n’est pas un défaut de volonté, mais un compromis entre survie psychique et désir de changement.
Tant que le symptôme remplit une fonction protectrice, éviter une douleur ancienne, maintenir un lien, contenir une agressivité refoulée ou empêcher une remontée traumatique, le psychisme considère qu’il est utile.
Le patient peut vouloir « guérir », mais une partie de lui redoute ce que le changement pourrait réactiver. En thérapie psycho ou psychanalytique, on observe que le symptôme tombe quand sa fonction devient obsolète. Cela demande un travail patient, parfois systémique, pour permettre une nouvelle organisation interne.
Avoir des bénéfices secondaires n’implique ni psychose, ni trouble psychiatrique, ni pathologie lourde. C’est un fonctionnement universel du psychisme humain. Même une personne sans trouble mentaux peut maintenir un comportement blessant ou bloquant simplement parce qu’il apaise une tension interne.
En revanche, lorsqu’un symptôme devient trop envahissant ou prend une dimension psychosomatique, corporelle ou comportementale (phobies, crises, retrait), il est utile de consulter un clinicien ou un thérapeute qualifié. Le but n’est pas de supprimer le symptôme de force, mais de comprendre ce qu’il soutient.
Cela n’a rien à voir avec un défaut de motivation.
Le psychisme cherche avant tout la sécurité, pas le confort. Un changement trop rapide pourrait réveiller des émotions refoulées, des souvenirs somatiques, ou un trauma ancien. C’est pour cela que certaines approches cognitives, comportementales ou analytiques doivent être adaptées au cas par cas. Votre cerveau neurobiologique privilégie la répétition parce qu’elle est prévisible ; l’inconscient, lui, maintient ce qui évite une menace symbolique.
Un burn-out peut offrir, paradoxalement, un espace où le corps dit stop quand la personne ne peut plus verbaliser son malaise psychologique. Le bénéfice secondaire peut être d’éviter un conflit, un changement professionnel, une confrontation à la colère, ou même d’obtenir une reconnaissance longtemps refusée.
Ce n’est pas une démarche intentionnelle mais un signal physiologique, parfois somatique, où l’épuisement protège le sujet d’un effondrement encore plus grave. Une prise en charge psychothérapeutique ou psychiatrique peut aider à comprendre cette dynamique.
Dans certains cas, la dépression sert d’amortisseur émotionnel, permettant d’éteindre une agressivité interne ou une douleur affective trop violente. L’angoisse, elle, peut fonctionner comme un système d’alerte extrêmement raffiné. On le voit dans les approches psychodynamiques, mais aussi dans les neurosciences, qui montrent comment certaines zones du cerveau s’activent pour maintenir un état de vigilance lorsque la sécurité interne vacille. Le symptôme protège autant qu’il fait souffrir.
On peut sentir une contradiction, un blocage, un évitement, une fatigue constante, une forme de libido inhibée, mais on ne voit pas spontanément ce que cela protège. C’est pourquoi l’accompagnement par un clinicien, un psychothérapeute ou un psychiatre est précieux : il aide à entendre ce que le symptôme raconte et ce qu’il tente d’équilibrer. Le travail thérapeutique dévoile progressivement ces opérations silencieuses en reliant le psychique, le corporel, les émotions et l’histoire personnelle.