Qu'est-ce que le transfert en psychanalyse et comment se manifeste-t-il ?
11/8/2024

Qu'est-ce que le transfert en psychanalyse et comment se manifeste-t-il ?

En psychanalyse, les notions de transfert, de projection et de contre-transfert décrivent trois processus psychiques majeurs. Ces mouvements inconscients constituent la base même du travail psychanalytique, car ils éclairent la manière dont le psychisme rejoue le passé au présent et comment le patient utilise ses mécanismes de défense pour préserver son équilibre affectif et sa santé mentale. Ces phénomènes, connus de tout thérapeute, qu’il soit psychanalyste, psychothérapeute, praticien en approche humaniste, systémique ou comportementale, permettent de comprendre la dynamique relationnelle qui se déploie dans le cadre thérapeutique. Explorons ensemble ces mécanismes essentiels.

Table des matières

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En psychanalyse, le transfert, la projection et le contre-transfert sont des concepts qui décrivent des processus psychologiques différents, mais complémentaires, chacun jouant un rôle important dans la dynamique thérapeutique.

Qu'est-ce que le Transfert en Psychanalyse ?

Le transfert est le concept le plus fondamental de la théorie psychanalytique, introduit par Sigmund Freud au début de son œuvre.

Il ne s'agit pas d'un simple sentiment passager envers le thérapeute, mais d'un processus psychique inconscient et répétitif par lequel le patient revit et projette sur la personne de l'analyste les modèles de relations et les affects (désirs, peurs, attentes, conflits) qu'il a développés dans son passé, principalement avec les figures d'attachement de son enfance (parents, frères et sœurs, etc.).

En d'autres termes, le patient ne réagit pas à l'analyste en tant qu'individu neutre, mais comme s'il était la réactivation d'une personne significative de son histoire.

Pourquoi le transfert est essentiel ?

  • Répétition du passé au présent : Le transfert met en scène, dans la relation thérapeutique, les schémas relationnels et les conflits névrotiques non résolus du patient. Il ne fait pas que parler de son passé, le patient le rejoue.
  • Matériau d'analyse : Pour le psychanalyste, le transfert n'est pas un obstacle, mais la matière première même du travail. Il permet d'observer en direct les défenses, les angoisses et les modalités d'attachement du patient.
  • Lien thérapeutique : Un transfert dit "positif" (confiance, admiration) est nécessaire pour établir l'alliance thérapeutique, qui est le socle sur lequel le travail d'introspection peut s'effectuer.

En psychanalyse, on distingue souvent des transferts positifs et négatifs. Par exemple, vous pourriez ressentir de l’affection et de l’admiration (transfert positif) ou de la colère, de la haine ou encore de la frustration (transfert négatif) envers votre psychanalyste, des sentiments qui reflètent ceux que vous avez eus envers vos parents ou d’autres figures d’autorité. Le transfert offre une excellente opportunité au psychanalyste d’observer et de comprendre vos schémas relationnels. En revisitant ces émotions dans un cadre sécurisé, vous pouvez revivre et résoudre des conflits passés.

Que faire si la première rencontre avec un psychanalyste se passe mal ?

Si vous souhaitez commencer une psychanalyse et rencontrez un psychanalyste, mais que cette première rencontre s'est mal passée pour vous, il est possible que la relation transférentielle se soit mise en place de façon instantanée et que celui-ci ait déclenché en vous des sentiments intenses, positifs ou négatifs.

Par exemple, vous pourriez ressentir une colère ou une frustration inexplicable envers le psychanalyste, ou au contraire, une affection ou une admiration soudaine. Ces réactions sont souvent des indices que des émotions et des attentes anciennes, liées à des figures importantes de votre passé, ont été transférées sur le psychanalyste.

Ce phénomène est normal et même attendu en psychanalyse.

Le transfert permet au psychanalyste d'explorer comment vos relations passées influencent vos sentiments et comportements actuels. C'est une opportunité pour comprendre et résoudre des conflits émotionnels non résolus. Parfois, une première rencontre difficile peut être un signe que des sujets importants et des émotions profondes ont été activés.

Si les sentiments ressentis ont été très forts, c'est probablement parce que le psychanalyste a touché juste. Malgré le rejet que vous pouvez éprouver, il pourrait être intéressant de creuser avec lui la dynamique en jeu. Si vous vous sentez à l'aise, il peut être utile de discuter de ces sentiments avec votre psychanalyste lors de votre prochaine séance. Cela peut ouvrir la voie à une exploration plus approfondie de vos émotions et des relations passées qui les sous-tendent. Le psychanalyste est formé pour gérer ces dynamiques transférentielles et peut vous aider à naviguer à travers ces sentiments complexes.

En fin de compte, même une première rencontre difficile peut être le point de départ d'un travail thérapeutique significatif et enrichissant.

Comment la projection fonctionne-t-elle en tant que mécanisme de défense ?

La projection, quant à elle, est un mécanisme de défense par lequel une personne attribue inconsciemment ses propres pensées, sentiments ou désirs inacceptables à une autre personne. Cela permet à l'individu de se protéger de sentiments ou pensées jugés inacceptables ou menaçants.

Par exemple, une personne qui éprouve de la jalousie peut accuser son partenaire d'être jaloux, même si ce n'est pas le cas. C'est une manière inconsciente de se protéger de sentiments que l'on ne veut pas admettre. La projection permet de réduire l'anxiété en évitant de confronter directement ces sentiments difficiles. Cela aide à maintenir une image positive de soi-même en attribuant ces émotions négatives à quelqu'un d'autre.

Qu'est-ce que le contre-transfert et comment affecte-t-il la thérapie ?

Le contre-transfert, c’est ce qui se passe du côté du psychanalyste.

C'est lorsqu'il commence à ressentir des émotions en réponse aux transferts du patient. Ces émotions peuvent être conscientes ou inconscientes et peuvent inclure des sentiments de sympathie, d'irritation, ou même des souvenirs personnels qui sont évoqués par les récits du patient.

Le contre-transfert peut offrir des informations précieuses sur le patient, mais il est important que le psychanalyste soit conscient de ces sentiments et les gère de manière appropriée pour ne pas interférer avec le processus thérapeutique. En étant attentif à son propre contre-transfert, le psychanalyste peut mieux comprendre les dynamiques du patient et ajuster sa propre réponse de manière constructive.

Comment le transfert, la projection et le contre-transfert enrichissent-ils l'analyse ?

En psychanalyse, le transfert, la projection et le contre-transfert jouent des rôles complémentaires.

Le transfert permet de revisiter et de comprendre les relations passées en les projetant sur le psychanalyste, offrant ainsi un espace pour résoudre des conflits anciens. La projection révèle les mécanismes de défense que vous utilisez pour gérer des sentiments inacceptables. Le contre-transfert, de son côté, informe le psychanalyste sur les dynamiques du patient tout en lui demandant une gestion attentive de ses propres émotions.

Ainsi, le transfert concerne les émotions et attentes liées à des relations passées redirigées vers une personne présente, souvent le psychanalyste. En analyse, on explore activement ce phénomène pour comprendre les dynamiques relationnelles du patient. La projection implique d'attribuer des sentiments internes inacceptables à une autre personne, servant principalement à protéger l'ego en externalisant ces sentiments. Le contre-transfert, quant à lui, reflète les réactions émotionnelles du psychanalyste envers le patient, fournissant des indices supplémentaires pour l’analyse.

Ensemble, ces concepts permettent d’approfondir la compréhension de soi et d’améliorer la santé émotionnelle.

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FAQ – Vos questions les plus fréquentes sur ce thème

Pourquoi est-ce que je ressens des émotions aussi intenses envers mon psychanalyste ?

Il est très courant de ressentir des émotions fortes : tendresse, colère, rejet, admiration ou confusion.

Votre psyché réactive souvent des expériences anciennes, parfois traumatiques, parfois liées à des besoins affectifs non satisfaits. Ce phénomène, appelé transfert, n’a rien d’anormal : il est même central dans le travail psychanalytique. Un clinicien formé à la psychologie clinique sait accueillir ces mouvements avec délicatesse et empathie et peut vous aider à comprendre leur sens profond, sans jugement ni culpabilisation.

Est-ce normal d’avoir envie d’arrêter la thérapie quand les émotions deviennent trop fortes ?

Oui.

Quand des souvenirs refoulés, des blessures relationnelles ou des zones sensibles de votre histoire se réveillent, votre psychisme peut vouloir fuir pour se protéger de la souffrance psychique. Cela ne signifie pas que la thérapie ne fonctionne pas : au contraire, c’est souvent le signe que le travail commence à toucher des zones importantes. Parlez-en à votre praticien, qu’il soit psychanalyste, psychothérapeute ou analyste systémique : il pourra vous aider à traverser cette étape sans violence et à retrouver un sentiment de sécurité.

Comment savoir si je projette mes sentiments ou si l’autre est réellement en cause ?

La projection est un mécanisme de défense subtil : on attribue à l’autre ce qui nous appartient.

Le sentir demande du temps, de la douceur et un regard extérieur bienveillant. En thérapie, votre thérapeute vous accompagnera pour distinguer ce qui relève de votre histoire psychique, de vos peurs ou de vos fantasmes, et ce qui provient réellement de la situation. Ce travail n’a rien de culpabilisant : c’est une exploration précieuse pour mieux comprendre vos réactions affectives et apaiser votre monde intérieur.

Que se passe-t-il si je n’aime pas mon thérapeute ? Est-ce un échec ?

Non, ce n’est pas un échec.

Le rejet, la colère, l’agacement ou la méfiance font partie des réactions possibles dans un cadre psychothérapique. Ces émotions n’ont souvent rien à voir avec la personne du thérapeute, qu’il soit psychiatre, psychologue ou psychanalyste, mais elles racontent quelque chose de votre histoire relationnelle. Les évoquer ouvre parfois la voie à une guérison profonde. Le plus important est d’oser en parler : un bon praticien saura vous accompagner avec respect.

Pourquoi mon thérapeute semble parfois touché ou ému par ce que je raconte ?

Les réactions émotionnelles du thérapeute s’appellent le contre-transfert.

Elles ne sont pas un problème : elles font partie intégrante du processus. Elles peuvent révéler des aspects de votre souffrance, de votre traumatisme ou de vos conflits internes. Un thérapeute expérimenté reconnaît ces mouvements et les utilise pour affiner son écoute et mieux comprendre ce que vous traversez. C’est un outil clinique, pas un débordement personnel.

Peut-on guérir grâce au travail du transfert ?

Oui, lorsque le transfert est travaillé dans un cadre stable, soutenant et éthique, il devient un véritable levier de guérison psychique.

Vous rejouez des scénarios anciens, mais avec un analyste qui n’a pas les réactions blessantes de votre passé. Dans cet espace sécurisé, les blessures se remettent en mouvement : on peut les comprendre, les symboliser et les transformer. C’est l’une des forces majeures de la thérapie psychanalytique.

Comment distinguer transfert amoureux et véritables sentiments ?

Un transfert amoureux peut être bouleversant : attirance, idéalisation, besoins forts de reconnaissance.

Ces mouvements sont légitimes. Ils ne disent pas que vos sentiments sont « faux », mais qu’ils sont enracinés dans votre histoire affective et narcissique. Votre psychothérapeute vous aidera à explorer ce qui se rejoue sans vous blesser ni vous juger. La relation thérapeutique n’est pas une relation ordinaire : elle est un espace d’élaboration, pas un terrain d’engagement amoureux.

Puis-je dire à mon thérapeute que je me sens en colère contre lui ?

Oui, et c’est même souhaitable si vous vous en sentez capable.

La colère, la frustration ou la déception sont des émotions précieuses dans le travail psychothérapeutique. Elles révèlent des enjeux relationnels, des conflits de névrose, des blessures anciennes ou parfois de la culpabilité. Un praticien bien formé accueillera vos émotions avec respect et vous aidera à les comprendre sans jamais vous dévaloriser.

Est-ce que tout le monde fait du transfert en thérapie ?

Le transfert est un phénomène universel.

Même dans les approches humanistes, systémiques, comportementales ou psychiatriques, il apparaît dès qu’un lien de confiance ou de dépendance s’établit. L’approche psychanalytique en fait simplement son terrain privilégié d’exploration. Le transfert ne dépend pas de votre volonté : il surgit parce qu’il fait partie de la manière dont le psychisme se construit.

Comment savoir si mon thérapeute gère bien son contre-transfert ?

Vous ne pouvez pas tout savoir, mais vous pouvez le sentir.

Un bon thérapeute - psychanalyste, psychothérapeute, psychologue ou psychiatre - reste centré sur vous, ne vous impose pas son monde affectif, ne vous manipule pas et n’utilise jamais la relation pour ses besoins personnels. Il s’appuie sur son expérience, sa supervision et sa formation en psychopathologie pour faire de ses réactions un outil au service de votre guérison et non un obstacle.

Que faire si je me sens confus, perdu ou bouleversé après une séance ?

C’est très fréquent.

Une séance peut réveiller des couches profondes de votre histoire, des schémas relationnels, des blessures traumatiques ou des émotions refoulées. Il n’y a rien de pathologique là-dedans. Laissez-vous du temps, respirez, écrivez si cela vous aide. Et parlez-en à votre analyste lors de la séance suivante. La confusion fait partie du mouvement du psychisme vers plus de clarté.

Dois-je changer de thérapeute si la relation me semble trop intense ou trop douloureuse ?

Pas forcément.

L’intensité est souvent un indice que le travail touche une zone essentielle - un conflit narcissique, un traumatisme ancien, un besoin affectif non reconnu. Cela dit, votre sécurité émotionnelle reste prioritaire. Parlez-en franchement : un professionnel, quel que soit son courant (psychanalytique, systémique, psychothérapeutique, humaniste, etc.), respectera votre rythme et votre besoin de protection.

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Par Frédérique Korzine,
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