TSPT complexe : un traitement intensif sans longue stabilisation préalable
15/9/2026

TSPT complexe : un traitement intensif sans longue stabilisation préalable ?

Faut-il être parfaitement « stabilisé » avant de traiter un TSPT complexe ? Une étude récente bouscule cette idée : certaines personnes peuvent bénéficier d’un travail intensif centré sur le trauma, sans longue attente préalable. À condition, toujours, que la sécurité, le consentement et le rythme de chacun demeurent au cœur de tout soin psychique.

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« Je voudrais enfin travailler sur ce qui s’est passé. Mais dès que je m’en approche, je sens que tout peut s’écrouler. »

Cette phrase résume l’une des difficultés les plus douloureuses du traumatisme complexe. Vous voulez aller mieux. Pourtant, au moment d’aborder les souvenirs, votre corps se met en alerte, les images reviennent, la honte vous envahit ou, au contraire, vous ne sentez plus rien. Comme si une partie de vous réclamait d’avancer pendant qu’une autre tirait le frein à main.

Dans cette situation, beaucoup entendent qu’ils ne sont « pas encore prêts ». Il faudrait d’abord se calmer, mieux dormir, réguler ses émotions. Cette prudence a une raison clinique : personne ne souhaite qu’un traitement aggrave la souffrance. Mais à quel moment la préparation protège-t-elle, et à quel moment devient-elle une salle d’attente sans fin ?

Une petite étude norvégienne publiée le 9 septembre 2026 vient bousculer ce débat. Ses résultats sont encourageants, parfois impressionnants. Ils demandent aussi à être lus sans emballement. Car traiter rapidement n’est pas traiter brutalement, et renoncer à une longue phase préalable ne signifie pas retirer au patient ce dont il a besoin pour se sentir en sécurité.

Pourquoi parle-t-on de TSPT « complexe » ?

Le trouble de stress post-traumatique est souvent associé aux flashbacks, aux cauchemars, à l’évitement et à cette impression persistante qu’un danger peut surgir à tout moment. Dans le TSPT complexe, le traumatisme a également atteint la manière de se vivre soi-même et d’entrer en relation.

Aux symptômes classiques s’ajoutent des difficultés durables de régulation émotionnelle, une image de soi marquée par la honte ou le sentiment d’être irrémédiablement abîmé, ainsi que des relations traversées par la méfiance, la dépendance ou la peur de l’abandon. Elles apparaissent fréquemment après des violences répétées, des abus, une négligence grave ou une situation d’emprise.

Pour un psychanalyste, le mot « complexe » prend ici tout son sens. Le trauma a pu s’inscrire dans l’attachement, le rapport au corps, la confiance accordée à l’autre et parfois le sentiment même d’exister. Il a pu survenir dans la relation avec ceux qui auraient dû protéger. Comment travailler le souvenir sans tenir compte du lien dans lequel ce travail devient possible ?

La stabilisation, une protection devenue parfois un préalable interminable

Les approches dites « phase-orientées » proposent généralement trois temps. Le premier vise la sécurité, la compréhension des symptômes et l’acquisition de ressources de régulation. Le deuxième aborde plus directement les souvenirs traumatiques. Le troisième consolide les changements et accompagne le retour à une vie moins organisée autour du danger.

Cette progression reste pertinente pour de nombreuses personnes. Elle permet d’évaluer le risque suicidaire, les addictions, la dissociation et la sécurité actuelle. Elle donne aussi le temps de construire une alliance. Quand le traumatisme a été infligé dans une relation, faire l’expérience d’un psychothérapeute fiable et respectueux du consentement appartient déjà au soin.

La difficulté apparaît lorsque la stabilisation devient une condition indéfiniment repoussée. Le patient devrait ne plus paniquer avant de parler de ce qui nourrit sa panique, ne plus dissocier avant d’approcher ce qui déclenche la dissociation. Certaines recherches comparant une préparation structurée suivie d’EMDR à un EMDR commencé plus directement n’ont pas montré de bénéfice clair de la phase préalable pour tous. La préparation gagne donc à être pensée comme une intervention ajustée, avec un objectif et une durée.

Huit journées pour traiter des histoires traumatiques multiples

L’étude de Julie Horgen Evensen et de ses collègues a été menée dans une clinique psychiatrique publique d’Oslo qui n’était pas spécialisée dans le psychotraumatisme. Dix-huit femmes âgées de 19 à 45 ans ont participé au programme. Toutes avaient vécu plusieurs traumatismes, présentaient des symptômes depuis plus de six mois et avaient déjà suivi au moins une psychothérapie de plus de trois mois.

Quatorze répondaient aux critères du TSPT complexe et quatre à ceux du TSPT. Leurs histoires comprenaient notamment des violences sexuelles ou physiques, des violences conjugales, des négligences parentales sévères ou l’exposition à des violences graves. Plus de la moitié présentaient un autre diagnostic psychiatrique et la moitié prenaient un antidépresseur.

Le traitement s’étendait sur deux semaines, à raison de quatre journées complètes par semaine. Chaque journée associait exposition prolongée, EMDR, psychoéducation en groupe et activité physique. Les thérapeutes changeaient d’une séance à l’autre. L’équipe se réunissait chaque jour sous la supervision de professionnels qualifiés, puis chaque patiente retrouvait son thérapeute habituel une semaine après le programme.

Ce détail change beaucoup de choses. Il ne s’agissait pas de huit journées d’exposition lâchées dans la nature. Le travail mnésique était intensif, mais inscrit dans un environnement hospitalier, soutenu par une équipe, une supervision, un groupe et une continuité de soins organisée. La préparation n’avait pas disparu. Elle avait, en quelque sorte, changé d’adresse : au lieu d’occuper de longs mois avant le traitement, la sécurité était construite autour du traitement et réévaluée au fil des journées.

Des résultats qui donnent envie d’espérer, sans crier au miracle

Toutes les participantes ont terminé le programme.

À six mois, quinze sur dix-huit présentaient une diminution considérée comme cliniquement fiable des symptômes post-traumatiques. Les quatre femmes initialement diagnostiquées avec un TSPT simple ne dépassaient plus le seuil diagnostique. Parmi les quatorze présentant un TSPT complexe, sept ne remplissaient plus les critères correspondants.

Les symptômes ont nettement diminué, tout comme les croyances liées au traumatisme : « c’est ma faute », « je ne peux faire confiance à personne », « je suis définitivement abîmée ». Pour beaucoup, l’apaisement touche aussi la place que l’événement a prise dans l’identité. Se dégager de la culpabilité et retrouver une représentation de soi moins ravagée sont des changements qui parlent pleinement à la clinique psychanalytique.

Aucune participante n’a présenté d’aggravation globale sur la mesure principale, et aucun événement indésirable grave n’a été rapporté. La satisfaction était élevée, notamment pour l’EMDR et l’exposition en imagination. Après le programme, les professionnels se disaient moins effrayés à l’idée d’aborder le trauma, même en présence de comorbidités.

Ce que cette étude ne permet pas d’affirmer

Dix-huit participantes, c’est très peu.

L’étude ne comportait aucun groupe témoin. Nous ne pouvons donc pas savoir quelle part de l’amélioration revient à l’EMDR, à l’exposition prolongée, à leur succession, au groupe, à l’activité physique, à l’hospitalisation, au soutien intensif de l’équipe ou à la combinaison de tous ces éléments. Une amélioration observée après un programme ne prouve pas, à elle seule, que le programme en est entièrement la cause.

Toutes les participantes étaient des femmes, en majorité d’origine européenne. Les résultats ne se généralisent pas aux hommes, aux adolescents ou à une pratique ambulatoire ordinaire. De plus, les effets indésirables n’ont pas été recherchés systématiquement après la sortie.

La sélection compte également. Étaient exclues les personnes présentant un trouble psychotique ou bipolaire, une consommation active problématique, un danger actuel, des violences toujours en cours ou une tentative de suicide grave récente. Plusieurs personnes orientées ont renoncé en raison de contraintes concrètes ; l’une ne se sentait pas prête. Il ne s’agit donc pas d’un feu vert universel.

« Sans longue stabilisation » ne veut pas dire « sans préparation »

Lorsqu’une personne redoute le travail du trauma, lui répondre que la recherche prouve qu’elle peut le supporter serait une violence supplémentaire.

Son hésitation a un sens. Elle peut traduire une peur réaliste de l’effondrement, une expérience précédente trop brutale, un environnement actuel instable ou une défense qui lui a permis de survivre. En psychanalyse, nous savons combien une résistance peut protéger avant de pouvoir être entendue et assouplie. La forcer revient parfois à retirer trop vite un appui sans savoir ce qu’il soutenait.

Inversement, attendre que toute peur ait disparu peut confirmer au patient que ses souvenirs sont effectivement trop dangereux pour être approchés. Le thérapeute risque alors de partager, malgré lui, l’évitement traumatique. La bonne question n’est peut-être pas : « Êtes-vous enfin stabilisé ? », mais plutôt : « De quoi avez-vous besoin pour pouvoir vous approcher de cette expérience sans être laissé seul avec ce qu’elle réveille ? »

La réponse peut inclure quelques séances de préparation, un apprentissage de l’ancrage, une évaluation de la dissociation, une consultation psychiatrique ou un aménagement concret des jours suivant les séances. Le consentement doit rester vivant : le patient peut ralentir, questionner le protocole et dire qu’une limite est atteinte. Si vous vous sentez systématiquement mal après une séance de psychothérapie, parlez-en plutôt que de conclure en silence que vous êtes incapable d’être aidé.

Le cadre contient autant que la technique

Pour une lecture psychanalytique, l’un des aspects les plus intéressants de ce programme réside dans ce qui entoure les protocoles. Le groupe offre une expérience de reconnaissance : d’autres connaissent la honte, l’évitement, la fatigue d’être sans cesse en alerte. L’équipe partage la responsabilité. Les réunions quotidiennes transforment une succession d’actes techniques en dispositif pensé. La continuité après la sortie évite que le patient ne soit abandonné au moment où le programme s’achève.

La rotation des thérapeutes mérite réflexion. Elle peut sembler opposée à la continuité transférentielle, si précieuse dans un travail analytique. Elle peut pourtant faire éprouver que plusieurs adultes restent fiables face au récit traumatique. Pour une personne marquée par les ruptures ou l’inconstance, elle peut aussi être déstabilisante. Le même dispositif n’a jamais une signification identique pour tous.

La contenance ne se confond pas avec la lenteur. Une thérapie hebdomadaire peut laisser le patient activé et seul pendant six jours. Un programme intensif peut être davantage contenant si les réactions sont reprises le jour même et si l’après-traitement est préparé. Le temps psychique dépend aussi de la qualité de présence et de la possibilité de donner un sens à ce qui survient.

Un traitement intensif serait-il adapté pour vous ?

Vous n’avez pas à répondre seul à cette question.

Un traitement intensif suppose d’évaluer la sécurité actuelle, le risque suicidaire, les consommations, la dissociation, l’état somatique, le soutien disponible et la récupération après les séances. Il faut aussi penser au quotidien : qui s’occupera des enfants, où se reposer, qui appeler si une difficulté apparaît ?

Certaines personnes préfèrent un travail concentré ; d’autres ont besoin d’une relation stable et d’un rythme progressif. Un accompagnement du psychotraumatisme peut intégrer plusieurs approches sans suivre un programme hospitalier intensif. Le bon rythme permet de travailler vraiment, avec suffisamment de sécurité pour rester présent à soi et suffisamment de mouvement pour ne pas tourner indéfiniment autour du trauma.

Avancer plus tôt, mais jamais seul

Cette étude ouvre une possibilité précieuse : un TSPT complexe ne signifie pas automatiquement qu’il faudra attendre très longtemps avant d’aborder les souvenirs. Des personnes ayant vécu des traumatismes multiples, parfois depuis l’enfance, peuvent tolérer un traitement direct et intensif et en retirer un bénéfice important.

Elle ne nous invite pas à brusquer les défenses ni à transformer l’intensité en nouvelle norme. Elle nous encourage à mieux distinguer la prudence qui protège de la prudence qui immobilise. Surtout, elle déplace notre regard. La sécurité n’est pas un état parfait que le patient devrait atteindre avant que le « vrai » traitement commence. Elle se construit dans une relation, un cadre et une attention constante à ce qui devient possible.

Si vous avez longtemps cru que vous étiez trop fragile, trop dissocié ou trop abîmé pour travailler votre histoire, retenez ceci : votre complexité ne vous rend pas inaccessible au soin. Elle demande un thérapeute capable de penser avec vous le rythme, les risques, les appuis et le sens de ce qui se rejoue. Le trauma a souvent été vécu dans la solitude et l’impuissance. Son traitement, intensif ou progressif, ne devrait jamais les reproduire.

Questions fréquentes sur le traitement intensif du TSPT complexe

Faut-il être stabilisé avant de commencer à traiter les souvenirs traumatiques ?

Une préparation est nécessaire, mais elle ne doit pas toujours durer plusieurs mois.

Le psychothérapeute évalue votre sécurité actuelle, la dissociation, les troubles du sommeil, les conduites addictives et votre capacité à revenir au présent après des stimuli traumatisants. L’objectif n’est pas d’attendre que toute souffrance psychologique ait disparu. Ce serait parfois attendre indéfiniment. Certaines personnes souffrant de TSPT complexe peuvent commencer plus tôt un travail centré sur le trauma, à condition de comprendre la démarche, d’y consentir librement et de pouvoir demander à ralentir à tout moment.

Comment savoir si je suis prêt à commencer un traitement centré sur le trauma ?

Vous n’avez pas besoin de vous sentir parfaitement prêt pour pouvoir commencer.

Une certaine appréhension est naturelle face à un travail qui touche des souvenirs douloureux. La question est plutôt de savoir si vous vous sentez suffisamment en sécurité avec votre thérapeute, si vous pouvez exprimer vos limites et si vous disposez de quelques appuis pour retrouver votre équilibre émotionnel après une séance. Une dépression sévère, un danger actuel ou une grande désorganisation mentale peuvent demander des soins préalables. Cette décision se construit avec vous, elle ne devrait jamais vous être imposée.

Un traitement intensif peut-il aggraver les symptômes du TSPT complexe ?

Une activation émotionnelle temporaire peut survenir, mais une aggravation durable ne doit jamais être banalisée.

Après certaines séances, vous pouvez vous sentir plus anxieux, fatigué ou irritable, avoir des rêves plus présents ou réagir davantage à certains stimuli. Cela ne prouve ni que le traitement fonctionne, ni qu’il échoue. En revanche, une dissociation croissante, une forte agitation, des idées suicidaires ou une altération prolongée du quotidien doivent être signalées immédiatement. Le protocole pourra être ralenti, adapté ou interrompu, et un avis psychiatrique recherché si votre sécurité l’exige.

L’EMDR est-il efficace pour les personnes atteintes de TSPT complexe ?

L’EMDR peut aider, mais il doit être ajusté à votre histoire et à vos capacités actuelles.

Chez les personnes atteintes de traumatismes répétés, le travail ne consiste pas toujours à appliquer mécaniquement un protocole standard. Le choix des souvenirs, la durée des séquences, la gestion des réactions corporelles et la qualité du lien thérapeutique demandent une attention particulière. Une dépression, des troubles anxieux, une phobie, une addiction ou des troubles psychiques associés ne constituent pas automatiquement des contre-indications. Ils nécessitent toutefois une évaluation clinique sérieuse et, parfois, une coordination avec la psychiatrie.

Combien de temps dure le traitement d’un TSPT complexe ?

Il n’existe pas de durée valable pour toutes les personnes souffrant de traumatismes complexes.

Un programme intensif peut concentrer plusieurs séances sur quelques jours ou quelques semaines, mais « intensif » ne signifie pas précipité. La durée dépend du nombre d’événements traumatisants, de leur ancienneté, de la symptomatologie, des ressources émotionnelles et des éventuels troubles mentaux associés. Certaines personnes connaissent rapidement un soulagement ; d’autres ont besoin d’un accompagnement plus long. La guérison ne se mesure pas à votre vitesse, mais à la liberté progressivement retrouvée dans votre vie.

Références

Evensen J. H., Engeset J., Jakobsen M., Malkomsen A. & Vaage-Kowalzik V. (2026). Intensive trauma-focused treatment for PTSD and Complex PTSD in a public clinic: A feasibility study. Frontiers in Psychology, 17, 1869412.

Van Vliet N. I. et al. (2021). Phase-based treatment versus immediate trauma-focused treatment for post-traumatic stress disorder due to childhood abuse: randomised clinical trial. BJPsych Open, 7(6), e211.

National Institute for Health and Care Excellence. Post-traumatic stress disorder: recommendations. Guideline NG116.

Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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