Psychotraumatisme complexe : quand les blessures s'accumulent
16/2/2026

Psychotraumatisme complexe : quand les blessures s'accumulent

Imaginez une enfance où chaque jour apporte son lot de peur, d'imprévisibilité, de violence verbale ou de froideur glaciale. Pas un événement unique et dramatique, mais une répétition incessante d'expériences qui blessent, humilient, abandonnent. Le psychotraumatisme complexe ne ressemble pas à un accident de voiture ou une agression ponctuelle. Il s'installe dans la durée, façonne l'identité, altère la capacité à faire confiance et à se sentir en sécurité dans le monde. C'est une blessure qui se construit maille après maille, jusqu'à devenir la trame même de l'existence. Dans cet article, nous explorons ce que signifie vivre avec un trauma complexe, comment il se manifeste dans les relations, le corps, l'estime de soi, et surtout : comment s'en libérer pour enfin habiter sa vie plutôt que de la subir.

Table des matières

Le traumatisme complexe naît de la répétition, pas d'un choc unique. Il se construit souvent dans l'enfance, au cœur des relations d'attachement, et ses symptômes touchent l'identité, les émotions, les relations et le corps. La guérison nécessite une approche thérapeutique progressive et relationnelle, où le lien de confiance devient lui-même un espace de réparation.

Allez, embarquons pour comprendre ce que vivre avec un trauma complexe signifie vraiment.

Quelques chiffres parlants sur le psychotraumatisme complexe

Le traumatisme psychique complexe reste encore largement méconnu, confondu avec le simple TSPT, et insuffisamment diagnostiqué.

Voici quelques données clés pour mieux saisir l'ampleur et la spécificité de cette réalité :

Une origine souvent précoce et relationnelle

Environ 60 % des personnes présentant un TSPT complexe ont subi des traumatismes répétés pendant l'enfance : violences physiques, abus sexuels, négligence émotionnelle, exposition à la violence conjugale, ou carences affectives graves.

En France, les maltraitances infantiles concernent entre 10 et 15 % des enfants, toutes formes confondues, selon les données de l'ONPE. Les violences conjugales, auxquelles sont exposés des milliers d'enfants chaque année, constituent un facteur majeur de traumatisme développemental, même lorsque l'enfant n'est pas directement visé.

Une symptomatologie étendue, au-delà du TSPT classique

Le TSPT complexe, reconnu par la CIM-11 depuis 2018 mais pas encore dans le DSM-5, se distingue par trois dimensions supplémentaires : des perturbations de la régulation émotionnelle (colères explosives, dissociation, honte chronique), une altération du concept de soi (sentiment d'être « brisé », « sale », « indigne »), et des difficultés relationnelles durables (méfiance, isolement, attachement désorganisé).

Ces personnes présentent également un risque accru de développer des troubles de la personnalité, des addictions, de subir une revictimisation, de souffrir de troubles somatiques chroniques comme la fibromyalgie, et d'avoir des conduites suicidaires.

Un diagnostic encore trop rare et tardif

Moins de 20 % des personnes souffrant de traumatisme complexe reçoivent un diagnostic approprié dans les premières années suivant l'émergence des symptômes.

La durée moyenne avant une prise en charge adaptée est de 5 à 10 ans, durant lesquels les personnes errent souvent entre différents diagnostics sans que le lien avec le trauma soit identifié. Le traumatisme complexe reste largement sous-diagnostiqué en France, où la formation des professionnels de santé mentale à cette problématique demeure insuffisante.

Un coût humain majeur

Les personnes ayant subi des maltraitances dans l'enfance ont deux à trois fois plus de risques de développer des troubles dépressifs à l'âge adulte, quatre fois plus de risques de tenter un suicide, et une espérance de vie réduite de 15 à 20 ans en moyenne, liée aux maladies chroniques, aux addictions et aux conduites à risque. Le traumatisme complexe non traité altère profondément la qualité de vie : isolement social, difficulté à maintenir un emploi, relations affectives instables, souffrance psychique chronique.

🧠 Ces chiffres soulignent l'urgence de mieux former les professionnels, de reconnaître le traumatisme complexe comme une entité clinique spécifique, et de développer des approches thérapeutiques adaptées à sa complexité.

Qu'est-ce qu'un psychotraumatisme complexe ?

Le psychotraumatisme complexe ne résulte pas d'un événement unique, mais d'une exposition répétée, prolongée ou cumulative à des situations traumatisantes.

Contrairement au TSPT « simple » qui fait suite à un choc ponctuel, le traumatisme complexe s'inscrit dans la durée et touche souvent les fondations mêmes de la personnalité et de l'attachement.

Pensez à une enfant qui grandit dans un foyer où règne la violence conjugale. Chaque soir, elle entend les cris, parfois les coups. Elle ne sait jamais si papa sera tendre ou terrifiant, si maman sourira ou pleurera. Il n'y a pas eu un événement traumatique : il y a eu des centaines de nuits de peur, des milliers de matins où elle a dû faire semblant que tout allait bien à l'école.

Ce n'est pas un accident qu'on peut dater précisément — c'est une atmosphère, un climat émotionnel toxique qui imprègne le développement même de l'enfant.

Les contextes typiques incluent les maltraitances infantiles répétées, l'exposition chronique à la violence conjugale, les abus émotionnels prolongés (humiliations, dévalorisation systématique, emprise psychologique), les ruptures d'attachement précoces, ou encore les situations de captivité comme les réseaux de traite ou les contextes de guerre prolongée.

Ce qui rend le traumatisme complexe, c'est qu'il survient dans des conditions particulières. D'abord, il se produit souvent dans l'enfance, pendant les périodes critiques du développement psychique et neurologique. Ensuite, il s'inscrit dans des relations de dépendance — l'enfant dépend de ses parents pour sa survie, la personne sous emprise dépend de son agresseur. Il n'y a pas de possibilité de fuite. Et surtout, il y a cette dimension de trahison profonde : celui qui devrait protéger est celui qui blesse.

💡 Le traumatisme complexe ne laisse pas seulement une mémoire traumatique : il façonne la manière dont la personne se perçoit, perçoit les autres, et habite le monde. C'est une blessure qui s'imprime dans l'identité même.

Traumatisme simple vs traumatisme complexe : quelles différences ?

Il est essentiel de distinguer le TSPT simple du TSPT complexe, car les manifestations, les conséquences et les approches thérapeutiques diffèrent significativement.

La nature du traumatisme : un événement ou une histoire

Le TSPT simple résulte d'un événement unique ou limité dans le temps : un accident de voiture, une agression, une catastrophe naturelle, un attentat.

Il y a un avant et un après clairement identifiables. Le traumatisme complexe, lui, naît de traumatismes répétés et prolongés, souvent de nature interpersonnelle : des années de maltraitance, d'abus, de négligence, ou d'exposition à la violence. Ce n'est pas un choc ponctuel, c'est un climat toxique qui s'étire dans le temps.

L'âge où survient le trauma : une différence cruciale

Le TSPT simple peut survenir à n'importe quel moment de la vie.

Un adulte équilibré peut développer un TSPT après un accident grave sans que toute sa personnalité soit remise en cause. Le traumatisme complexe, en revanche, se développe le plus souvent durant l'enfance ou l'adolescence, pendant les périodes critiques de construction psychique. Il s'inscrit dans le développement même de la personnalité.

Le contexte relationnel : impersonnel ou interpersonnel ?

Dans le TSPT simple, le traumatisme est souvent impersonnel.

Un tremblement de terre, un accident de train, une catastrophe naturelle ne visent personne en particulier. Le traumatisme complexe, au contraire, s'inscrit dans un contexte interpersonnel et souvent dans une relation de dépendance : l'enfant maltraité par ses parents, la femme sous emprise conjugale, la personne exploitée par une institution. Il y a quelqu'un qui fait du mal, et ce quelqu'un est souvent celui dont on dépend pour survivre.

Des symptômes de nature différente

Les symptômes du TSPT simple tournent principalement autour de la mémoire traumatique : reviviscences intrusives, flashbacks, cauchemars, évitement des rappels du trauma, hypervigilance.

Ces symptômes sont pénibles mais restent circonscrits à l'événement traumatique lui-même.

Le traumatisme complexe, lui, produit une constellation de symptômes bien plus étendue qui touche l'ensemble du fonctionnement psychique : une dysrégulation émotionnelle chronique (explosions de colère ou engourdissement affectif), des phénomènes dissociatifs récurrents, une honte toxique qui imprègne l'identité, et des difficultés relationnelles majeures qui affectent tous les liens. Ce ne sont plus seulement des symptômes liés à un souvenir — c'est toute la manière d'être au monde qui est altérée.

L'identité : préservée ou fracturée ?

Après un TSPT simple, l'identité reste généralement intacte. La personne sait qui elle est, elle a juste vécu quelque chose de terrible.

Dans le traumatisme complexe, l'identité elle-même est profondément altérée. Les personnes développent des croyances fondamentales sur elles-mêmes : « Je suis brisé(e) », « Je ne vaux rien », « Je suis fondamentalement défectueux(se) ». Ces convictions ne sont pas des pensées passagères — elles constituent le socle même de l'identité.

Les relations : stables ou chaotiques ?

Avec un TSPT simple, les relations interpersonnelles peuvent rester relativement stables. La personne peut avoir du mal à parler de ce qui s'est passé, mais elle sait encore comment être en relation, faire confiance, aimer.

Le traumatisme complexe, surtout quand il touche l'attachement précoce, perturbe profondément la capacité à entrer en relation. Méfiance généralisée, attachement insécure ou désorganisé, alternance entre fusion et rejet, isolement social, difficultés à établir et maintenir des liens — les relations deviennent un terrain miné où se répètent les schémas anciens.

La régulation émotionnelle : temporairement perturbée ou chroniquement instable ?

Après un TSPT simple, une fois le choc initial passé, la personne peut généralement retrouver une certaine capacité à réguler ses émotions, surtout avec un soutien approprié. Dans le traumatisme complexe, la dysrégulation émotionnelle est chronique : les émotions sont soit explosives et incontrôlables, soit totalement engourdies. Le thermostat émotionnel ne fonctionne plus correctement, et cela peut durer des années.

Le temps de guérison : quelques mois ou plusieurs années ?

Un TSPT simple peut souvent être traité efficacement en quelques mois à un an avec des approches comme l'EMDR, la thérapie cognitivo-comportementale, ou l'hypnose. Le traumatisme complexe, en revanche, nécessite généralement plusieurs années de travail thérapeutique, avec une approche progressive et intégrative. Il faut d'abord stabiliser, ensuite explorer, puis reconstruire. On ne peut pas brûler les étapes sans risquer de déstabiliser davantage la personne.

🧠 « Le traumatisme simple fracture le présent. Le traumatisme complexe infiltre le passé, colonise le présent, et hypothèque l'avenir. »

Comment se manifeste le psychotraumatisme complexe ?

Le traumatisme complexe ne se limite pas aux symptômes classiques du TSPT. Il touche l'ensemble de la personnalité et du fonctionnement psychique.

Dysrégulation émotionnelle intense

Imaginez un thermostat déréglé. Tantôt il fait glacial, tantôt une chaleur suffocante, sans moyen terme.

C'est ainsi que beaucoup de personnes ayant vécu un traumatisme complexe vivent leurs émotions. Elles peuvent exploser en colère pour une remarque anodine, puis se sentir totalement vides et incapables de ressentir quoi que ce soit. Cette difficulté à identifier, comprendre et moduler les émotions n'est pas un « manque de contrôle » — c'est une conséquence neurobiologique des traumatismes répétés sur le développement des circuits cérébraux de la régulation émotionnelle.

Une jeune femme me racontait qu'elle se sentait « comme une cocotte-minute ».

Pendant des jours, elle accumule sans rien laisser paraître, puis un détail insignifiant — une porte qui claque, un mot de travers — fait tout exploser. Après, elle s'effondre, épuisée, honteuse, persuadée qu'elle est « folle » ou « invivable ». Ce qu'elle ne savait pas, c'est que son système émotionnel n'a jamais appris à réguler doucement : dans son enfance, soit il fallait tout contenir pour survivre, soit c'était le chaos.

Altération profonde de l'estime de soi

Le traumatisme complexe laisse souvent une empreinte de honte toxique.

Quand un enfant est maltraité de manière répétée, son cerveau immature ne peut pas comprendre que c'est l'adulte qui dysfonctionne. Pour préserver l'illusion que ses parents sont « bons » (car il dépend d'eux), l'enfant intériorise que c'est lui qui est « mauvais ». Cette croyance devient le socle identitaire sur lequel toute l'existence se construit.

« Je suis sale, abîmé, indigne. C'est de ma faute. Je ne mérite pas d'être aimé. Il y a quelque chose de fondamentalement mauvais en moi. » Ces phrases ne sont pas de simples pensées négatives qu'on pourrait balayer d'un coup de pensée positive. Ce sont des convictions profondes, inscrites dans la chair même de l'identité.

Difficultés relationnelles majeures

Quand les premières relations d'attachement ont été sources de danger, de négligence ou de trahison, le monde relationnel devient un terrain miné.

Comment faire confiance quand celui qui devait vous protéger vous a blessé ? Comment s'approcher de l'intimité quand l'intimité rimait avec humiliation ou violence ?

Les personnes ayant un traumatisme complexe oscillent souvent entre deux pôles : soit elles évitent toute proximité, construisant des murs émotionnels pour se protéger, soit elles se jettent dans des relations fusionnelles qui reproduisent paradoxalement les schémas abusifs qu'elles ont connus. Parfois, elles alternent entre les deux, dans une danse épuisante de « viens plus près / va-t'en ». Ce n'est pas de la manipulation — c'est la manifestation d'un attachement désorganisé, où le besoin d'être aimé coexiste avec la terreur de l'abandon ou de la trahison.

« Viens plus près ! va-t'en !»

Dissociation et déconnexion du corps

La dissociation est l'un des mécanismes de défense les plus fascinants et les plus déroutants du psychisme humain.

Face à une situation insupportable dont on ne peut pas s'échapper physiquement, le cerveau trouve une autre issue : s'échapper psychiquement. L'enfant battu « part ailleurs » pendant que les coups pleuvent. La femme violée « sort de son corps » et observe la scène de loin, comme dans un brouillard.

Cette stratégie brillante de survie sauve l'enfant sur le moment. Mais avec le temps, elle devient automatique et envahissante. Des pans entiers de l'enfance disparaissent de la mémoire. Le monde semble irréel, comme un rêve. On se regarde vivre de l'extérieur, sans vraiment habiter son propre corps. Les sensations s'émoussent : ni douleur, ni plaisir, juste un engourdissement général. Ce n'est pas un « problème » — c'est une prison qui coupe progressivement de la vie elle-même.

Hypervigilance et sentiment de danger permanent

Le système nerveux d'une personne ayant vécu un traumatisme complexe reste souvent en état d'alerte constant, comme si le danger pouvait surgir à tout instant.

Elle sursaute au moindre bruit, scrute les visages pour y détecter la moindre menace, ne parvient jamais vraiment à se détendre. Son corps ne sait plus faire la différence entre un environnement sûr et un environnement dangereux — il présume que tout est potentiellement dangereux.

Manifestations somatiques

Le corps n'oublie rien, comme l'écrit Bessel van der Kolk.

Ce que l'esprit oublie ou dissocie, les muscles, les viscères, le système immunitaire s'en souviennent. Les douleurs chroniques sans cause médicale identifiée, les troubles digestifs récurrents, les maux de tête tenaces, les maladies auto-immunes, l'épuisement qui ne passe jamais vraiment — tout cela peut être la trace somatique d'un traumatisme complexe non résolu.

Le rôle central de l'attachement dans le traumatisme complexe

Pourquoi le traumatisme complexe s'ancre-t-il si profondément dans la personnalité ?

Parce qu'il touche les relations d'attachement précoces.

L'attachement, c'est le lien affectif primordial que l'enfant développe avec ses figures de soin. Ce lien structure tout : la capacité à réguler les émotions, la confiance en soi et en autrui, la sécurité intérieure, les modèles relationnels qui se répéteront à l'âge adulte. Un enfant qui grandit dans un environnement sécurisant apprend que le monde est globalement fiable, que ses besoins seront entendus, qu'il a de la valeur. Un enfant maltraité apprend l'inverse.

L'attachement désorganisé : quand la figure de sécurité devient source de danger

Dans les contextes de maltraitance, l'enfant se retrouve dans une situation insoluble.

Son instinct de survie le pousse à chercher refuge auprès de ses parents quand il a peur — c'est câblé dans son cerveau de mammifère. Mais ces mêmes parents sont la source de la terreur. Où aller quand votre refuge est aussi votre danger ?

Ce paradoxe engendre un attachement désorganisé.

L'enfant développe des stratégies contradictoires : s'approcher et fuir en même temps, chercher le réconfort tout en le redoutant. À l'âge adulte, cela se traduit par des relations chaotiques où la personne alterne entre « Je t'aime, ne me quitte jamais » et « Va-t'en, tu me fais peur », sans comprendre elle-même ce qui se joue. Ce n'est pas de l'instabilité capricieuse — c'est l'écho d'un paradoxe précoce jamais résolu.

La trahison de l'attachement : une blessure invisible

Quand celui qui devrait protéger est celui qui blesse, quand celui qui devrait aimer est celui qui humilie, l'enfant intériorise une croyance fondamentale :

« Si mes propres parents ne m'ont pas aimé, c'est que je ne mérite pas d'être aimé. »

Cette croyance devient un schéma de base qui filtre toutes les expériences futures. Même face à des personnes bienveillantes, la méfiance reste, comme un sixième sens qui murmure : « Ça va forcément mal finir. L'amour fait mal. Personne n'est vraiment digne de confiance. »

🧠 « Le trauma d'attachement ne se souvient pas comme un événement. Il se vit comme une vérité sur soi. »

Comment guérir d'un psychotraumatisme complexe ?

La guérison du traumatisme complexe ne peut pas suivre les mêmes voies qu'un TSPT simple. Elle nécessite une approche progressive, intégrative et relationnelle.

On ne guérit pas d'un traumatisme complexe en quelques séances d'EMDR, même si l'EMDR peut être un outil précieux à certaines étapes. Le traumatisme complexe s'est construit dans la durée, dans le contexte des relations — il se répare aussi dans la durée, dans le contexte d'une relation thérapeutique sécurisante.

Étape 1 : Stabilisation et sécurisation

Avant d'explorer quoi que ce soit, il faut d'abord construire un sol sous les pieds.

Beaucoup de personnes ayant vécu un traumatisme complexe vivent dans un chaos émotionnel permanent. Aller directement fouiller dans les souvenirs traumatiques risque de les déstabiliser davantage, voire de les rétraumatiser.

Cette première phase consiste à apprendre à réguler les émotions, à développer des techniques de gestion du stress (respiration, relaxation, pleine conscience), à construire une routine stable, à identifier les déclencheurs, et surtout à établir une relation thérapeutique sécurisante. Cette phase peut durer plusieurs mois, parfois plus d'un an. C'est frustrant pour ceux qui voudraient « régler le problème » rapidement, mais c'est absolument crucial.

Étape 2 : Exploration et intégration des souvenirs traumatiques

Une fois que la personne a suffisamment de ressources internes et de sécurité, il devient possible de revisiter les expériences traumatiques pour les transformer.

La psychanalyse permet d'explorer les liens entre passé et présent, de donner du sens, de symboliser l'innommable. L'EMDR aide à retraiter les mémoires traumatiques pour les désensibiliser. L'hypnose donne accès aux ressources intérieures enfouies et modifie les représentations internes. Les thérapies psychocorporelles permettent de reconnecter avec les sensations du corps et de libérer les mémoires somatiques.

L'objectif n'est jamais d'effacer les souvenirs — c'est impossible et ce ne serait d'ailleurs pas souhaitable. L'objectif est de les intégrer dans une narration cohérente, où le passé reste passé et ne dicte plus le présent. De transformer une mémoire vivante, brûlante, qui envahit le quotidien, en un souvenir classé, apaisé, qui appartient à hier.

Étape 3 : Reconstruction de l'identité et des relations

La phase finale consiste à reconstruire un sens de soi stable et positif, et à apprendre à entrer en relation de manière sécurisée.

Il s'agit de réviser les croyances sur soi (« Je suis indigne » peut progressivement devenir « J'ai de la valeur »), d'expérimenter de nouvelles formes de relations, de développer l'auto-compassion, et de retrouver du sens, des projets, de la joie.

Cette phase est celle où la personne cesse d'être définie par son trauma. Elle redevient — ou devient pour la première fois — auteur de sa propre histoire.

L'importance de la relation thérapeutique

Dans le traumatisme complexe, la relation thérapeutique elle-même est thérapeutique.

Elle offre une expérience corrective : être vu, entendu, respecté. Elle propose un modèle d'attachement sécure. Elle crée un espace de confiance où il devient possible de baisser la garde sans danger.

Le thérapeute devient une base de sécurité à partir de laquelle la personne peut explorer ses blessures sans s'effondrer. Ce n'est pas une relation ordinaire — c'est un laboratoire où s'expérimentent de nouvelles façons d'être en lien.

Approches thérapeutiques recommandées

Le traumatisme complexe nécessite souvent une combinaison de plusieurs approches, adaptées aux besoins spécifiques de chaque personne.

Il n'y a pas de protocole unique. Chaque parcours est singulier. Mais certaines approches ont fait leurs preuves et peuvent être combinées intelligemment.

Psychanalyse et psychothérapie psychodynamique

Ces approches permettent de donner du sens aux symptômes et comportements, d'explorer les schémas relationnels inconscients, de travailler le transfert (cette réactualisation des liens d'attachement dans la relation thérapeutique), et de symboliser l'indicible pour créer une narration cohérente de son histoire. Le cadre analytique offre un espace de parole où ce qui n'a jamais pu être dit trouve enfin une place.

EMDR et IMO

Ces thérapies par mouvements oculaires sont particulièrement efficaces pour retraiter les mémoires traumatiques figées, désensibiliser les flashbacks et cauchemars, et transformer les croyances négatives sur soi. Dans le traumatisme complexe, l'EMDR doit être utilisé avec précaution, après la phase de stabilisation, et de manière progressive. Utilisé trop tôt ou trop intensément, il peut déstabiliser.

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Hypnose thérapeutique

L'hypnose permet d'accéder aux ressources intérieures enfouies, de modifier les représentations mentales traumatiques, d'apaiser le système nerveux, et de renforcer le sentiment de sécurité intérieure. Elle offre un accès direct à l'inconscient, court-circuitant les défenses rationnelles qui parfois empêchent la guérison.

Thérapies psychocorporelles

Le traumatisme complexe s'inscrit dans le corps. Les approches somatiques comme le somatic experiencing ou la sensorimotor psychotherapy aident à reconnecter avec les sensations corporelles, à libérer les mémoires traumatiques somatiques, et à réguler le système nerveux autonome. Pour beaucoup de personnes dissociées, retrouver le corps est une étape essentielle de la guérison.

Thérapie familiale systémique

Quand le traumatisme complexe s'inscrit dans une dynamique familiale, la thérapie systémique permet de comprendre les patterns transgénérationnels, de modifier les interactions familiales dysfonctionnelles, et de restaurer des liens plus sains. Parfois, ce qui semble être un problème individuel est en réalité le symptôme d'un système familial malade.

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Peut-on vraiment guérir d'un traumatisme complexe ?

La question de la guérison est délicate. Il serait malhonnête de promettre que le traumatisme complexe « disparaît » comme par magie.

Mais voici ce qui est possible : les symptômes peuvent diminuer considérablement, voire disparaître. La dysrégulation émotionnelle peut être apprivoisée — on apprend à reconnaître les signes avant-coureurs, à utiliser des outils de régulation, à ne plus être submergé. Les croyances toxiques peuvent être transformées — « Je suis indigne » peut devenir « J'ai traversé l'enfer et j'en suis sorti, ça fait de moi quelqu'un de fort ». Les relations peuvent devenir sources de joie et non de souffrance. Le sens de soi peut se reconstruire sur des bases plus solides et aimantes.

Guérir, ce n'est pas effacer le passé. Les cicatrices restent. Mais ce n'est plus ce qui définit la personne. C'est ne plus être habité par le passé. C'est pouvoir dire : « Oui, cela m'est arrivé. Oui, c'était terrible. Mais ce n'est plus ce que je suis. Je suis bien plus que mes blessures. »

🧠 « La résilience n'est pas l'absence de cicatrices. C'est la capacité à vivre pleinement malgré elles, et parfois grâce à elles. »

FAQ — Vous vous posez peut-être aussi ces questions…

Peut-on souffrir d'un traumatisme complexe sans s'en rendre compte ?

Absolument. Beaucoup de personnes vivent avec un traumatisme complexe sans l'identifier comme tel.

Elles pensent simplement qu'elles sont « trop sensibles », « difficiles », « défectueuses ». Elles attribuent leurs difficultés relationnelles, leur anxiété chronique ou leurs crises émotionnelles à des « défauts de caractère ». Ce n'est souvent qu'en thérapie, ou à l'occasion d'un événement déclencheur, que le lien avec des traumatismes précoces émerge. Reconnaître le traumatisme complexe, c'est déjà le début du chemin vers la guérison.

Est-ce que tous les enfants maltraités développent un traumatisme complexe ?

Non. La résilience existe, et certains enfants parviennent à traverser des situations terribles sans développer de TSPT complexe.

Les facteurs protecteurs font toute la différence : la présence d'au moins une figure d'attachement sécurisante (un grand-parent, un enseignant, un ami proche), des ressources internes (tempérament, intelligence émotionnelle), et la capacité à donner du sens aux événements. Mais il est essentiel de ne jamais juger ceux qui n'ont pas « résisté ». La résilience n'est pas un mérite moral, c'est une configuration de circonstances. Personne ne choisit de développer un traumatisme complexe.

Le traumatisme complexe peut-il se transmettre de génération en génération ?

Oui. On parle de transmission transgénérationnelle du trauma.

Les parents qui ont subi des traumatismes complexes non résolus peuvent, malgré eux, transmettre des schémas relationnels insécures, des mécanismes de survie, ou des croyances toxiques à leurs enfants. Une mère qui a grandi dans la terreur aura du mal à offrir la sécurité qu'elle n'a jamais connue. Un père qui a appris à dissocier ses émotions transmettra cette coupure émotionnelle. Ce n'est pas une fatalité : une prise de conscience et un travail thérapeutique permettent de briser ces chaînes et d'offrir à la génération suivante un attachement plus sécure.

Combien de temps dure une thérapie pour un traumatisme complexe ?

Il n'y a pas de durée standard. Contrairement au TSPT simple qui peut être traité en quelques mois, le traumatisme complexe nécessite souvent plusieurs années de travail thérapeutique.

La phase de stabilisation seule peut prendre six mois à deux ans. L'exploration des traumatismes et la reconstruction identitaire s'étalent ensuite sur une durée variable selon les personnes. Ce qui compte, c'est que le rythme respecte vos besoins et votre capacité d'intégration. La thérapie n'est pas une course — c'est un accompagnement. Certaines personnes ont besoin de trois ans, d'autres de dix. Il n'y a ni honte ni échec à prendre le temps nécessaire.

Peut-on traiter un traumatisme complexe uniquement avec l'EMDR ?

L'EMDR est un outil puissant, mais rarement suffisant seul dans le cas d'un traumatisme complexe.

Le travail nécessite souvent une approche intégrative combinant plusieurs modalités. La psychanalyse ou la psychothérapie apportent le sens et la symbolisation. L'EMDR traite les mémoires traumatiques. Les thérapies psychocorporelles permettent la reconnexion au corps. Et un travail relationnel profond reconstruit l'attachement. L'EMDR peut accélérer certaines étapes, mais il doit s'inscrire dans un cadre thérapeutique plus large, sinon on risque de désensibiliser des souvenirs sans réparer les fondations relationnelles et identitaires brisées.

Les médicaments peuvent-ils aider dans le traumatisme complexe ?

Les médicaments peuvent soulager certains symptômes (anxiété, dépression, troubles du sommeil), mais ils ne traitent pas les causes profondes du traumatisme complexe.

Ils peuvent être utiles dans les phases de crise aiguë ou pour stabiliser suffisamment la personne afin qu'elle puisse s'engager dans une psychothérapie. Mais la guérison véritable passe par un travail psychothérapeutique en profondeur. Les médicaments sont des béquilles temporaires qui soulagent la douleur — pas la solution qui répare l'os cassé.

Peut-on avoir des relations saines après un traumatisme complexe ?

Oui, absolument. Mais cela demande du temps, du courage, et un travail thérapeutique.

Les personnes ayant un traumatisme complexe peuvent apprendre à identifier les schémas relationnels toxiques, à établir des limites saines, à reconnaître les personnes bienveillantes, et à s'autoriser progressivement la confiance et l'intimité. Les relations deviennent alors des espaces de guérison plutôt que de répétition du trauma. C'est possible, et beaucoup y parviennent. Parfois même, ces personnes développent une profondeur relationnelle et une empathie particulières, fruits paradoxaux de leurs blessures transformées.

Comment aider un proche qui souffre de traumatisme complexe ?

Votre rôle n'est pas de « réparer » la personne, mais de créer un espace de sécurité et de bienveillance.

Écoutez sans juger. Respectez les limites et les besoins de distance. Ne forcez pas les confidences. Soyez stable et prévisible — la prévisibilité est un cadeau précieux pour quelqu'un dont l'enfance était chaos. Encouragez la thérapie sans insister. Et prenez soin de vous aussi : accompagner quelqu'un dans cette souffrance peut être épuisant. Votre présence constante et bienveillante peut être un facteur de résilience majeur, mais vous n'êtes pas un thérapeute et vous ne devez pas porter cette responsabilité seul.

Le traumatisme complexe explique-t-il tous mes problèmes ?

Attention à ne pas tomber dans le « tout-traumatisme ».

Si le traumatisme complexe a des conséquences profondes, il ne doit pas devenir une explication totalisante qui enferme dans une identité de victime. Vous êtes bien plus que vos traumatismes. Vous avez aussi des forces, des ressources, des talents, une histoire qui ne se résume pas à la souffrance. Le travail thérapeutique consiste justement à ne plus se réduire au trauma, mais à se réapproprier toute la richesse de son être. Le trauma fait partie de votre histoire, mais il n'est pas toute votre histoire.

Par Frédérique Korzine, psychanalyste à Versailles

Pour un soutien personnel ou professionnel, je vous propose un suivi adapté à vos besoins favorisant bien-être et épanouissement, à Versailles.

Psychanalyse, hypnose, coaching, supervision et thérapies brèves.

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