
Un homme de cinquante ans s'assoit dans le fauteuil. Tout va bien dans sa vie, dit-il, et c'est justement le problème. La maison est payée, les enfants ont grandi, le métier tourne. Reste une question qu'il n'ose formuler qu'à voix basse, comme une honte : et si tout cela ne menait nulle part. Cette interrogation, la psychothérapie existentielle ne cherche pas à la faire taire. Elle l'accueille comme la porte d'entrée vers ce qui compte vraiment.
La mort, la liberté, l'isolement, la quête de sens. Ces quatre réalités traversent chaque existence, le plus souvent à bas bruit, sous la surface des préoccupations quotidiennes. Nous déployons une énergie considérable à les tenir à distance. Elles reviennent pourtant, au détour d'un deuil, d'une rupture, d'une nuit sans sommeil, et leur retour est d'autant plus brutal qu'on les avait longtemps ignorées. La psychothérapie existentielle propose un autre chemin, celui de les regarder en face, non pour les résoudre, ce qui serait illusoire, mais pour en faire des alliées d'une vie plus pleine.
Là où d'autres méthodes traquent un symptôme à réduire, elle s'intéresse aux questions que partage l'humanité tout entière. Le psychiatre Irvin Yalom, qui en est l'une des grandes voix, résumait notre condition d'une formule saisissante. Nous sommes des créatures en quête de sens, jetées dans un univers qui n'en possède aucun, et toute notre tâche consiste à lui en prêter un assez solide pour rendre la vie habitable.
Cette orientation a quelque chose de déroutant au premier abord. Pourquoi remuer ce qui dérange, alors que tant de patients viennent justement chercher l'apaisement. La réponse tient à une observation clinique constante. Ce que nous refoulons ne disparaît pas, cela travaille dans l'inconscient et resurgit sous des formes déguisées, anxiété diffuse, agitation, sentiment de vide que rien ne comble, parfois une véritable souffrance psychique. Le travail psychologique ne consiste pas à supprimer ces signaux, mais à en comprendre la racine. Regarder ces réalités, même brièvement, allège souvent davantage que les fuir.
Abraham Maslow, dont on réduit trop souvent la pensée à une pyramide qu'il n'a jamais dessinée, a exploré ces territoires avec finesse. Il décrivait cinq prises de conscience qui jalonnent le chemin vers une vie plus autonome, plus fidèle à soi.
La première consiste à reconnaître que la vie peut être injuste. Cette injustice, chacun la rencontre un jour, sous la forme d'une maladie imméritée, d'un effort sans récompense, d'une perte sans raison. L'accepter ne revient pas à se résigner, mais à cesser d'épuiser ses forces dans le déni d'une réalité qui ne cédera pas.
La deuxième touche à la souffrance, qu'aucune existence n'évite. La perte, l'échec, le rejet, la mort de ceux qu'on aime et la perspective de la sienne font partie du contrat. Vouloir s'y soustraire à tout prix, c'est souvent ajouter à la douleur première une seconde souffrance, celle de la lutte épuisante contre l'inévitable.
La troisième concerne notre solitude irréductible. Aussi profonds que soient nos liens, nul ne peut décider, souffrir ni mourir à notre place. Cette solitude effraie, et pourtant elle fonde notre liberté. C'est parce que je suis seul à vivre ma vie qu'il m'appartient de lui donner forme.
La quatrième invite à affronter avec honnêteté les enjeux de la vie et de la mort. Vivre en pleine conscience de sa finitude, loin d'assombrir l'existence, en ravive souvent la saveur. Bien des personnes témoignent, après un diagnostic grave, d'une intensité retrouvée, comme si l'ombre de la fin redonnait au présent tout son prix.
La cinquième, enfin, porte sur la responsabilité. On peut écouter les conseils, s'appuyer sur les autres, chercher du soutien. La décision dernière, elle, ne revient qu'à soi. Capitaine de son propre navire, chacun choisit le cap, et porte le poids comme la liberté de ce choix.
La société moderne nous y aide, dissimulant la fin derrière les euphémismes, les institutions, les rituels qui la tiennent à l'écart du quotidien. Yalom observait que cette conscience de la mort agit comme une ombre permanente sur nos vies. L'ombre inquiète, mais elle révèle aussi le relief des choses.
Un patient confronté à la maladie raconte souvent un curieux retournement. Les futilités qui l'encombraient tombent, les priorités se réordonnent, le temps reprend de la valeur. Yalom liait directement cette intensité à la conscience de la finitude, et notait que la peur de mourir se révèle la plus vive chez ceux qui ont le sentiment de ne pas avoir pleinement vécu. Kierkegaard, l'un des premiers penseurs existentialistes, voyait déjà dans l'angoisse de la mort non un poison, mais l'aiguillon d'une existence plus authentique.
Sartre l'a résumé d'une formule restée célèbre, l'homme est condamné à être libre. La condamnation surprend, car on attendait une bonne nouvelle. Être libre, c'est devoir répondre de ses décisions, sans pouvoir en reporter le poids sur autrui.
Cette responsabilité dérange, parce qu'elle ferme la porte aux justifications commodes. Tant qu'on accuse les circonstances, les autres, le passé, on reste spectateur de sa propre vie. Reconnaître sa part d'agentivité, même partielle, même au cœur de situations subies, ouvre au contraire un espace d'action. La psychothérapie existentielle invite à habiter cette liberté plutôt qu'à la fuir, car c'est là, dans l'assomption du choix, que se loge l'authenticité.
Cette solitude fondamentale peut accabler, surtout lorsqu'elle surgit en pleine foule, entouré de ceux qu'on aime. Elle dit une vérité de notre condition, chacun porte seul son propre fardeau existentiel.
Yalom refusait pourtant d'en faire une malédiction. Frankl, rescapé des camps, avait montré que même dans les circonstances les plus extrêmes, l'homme garde la liberté de donner un sens à ce qu'il vit. Accepter sa solitude, c'est cesser d'attendre de l'autre qu'il nous sauve, et donc pouvoir enfin le rencontrer pour ce qu'il est. Le lien le plus vrai naît de deux solitudes qui se reconnaissent, non d'une fusion qui nierait la singularité de chacun.
Frankl plaçait la quête de sens au centre de l'expérience humaine, convaincu que l'homme peut trouver une signification même à sa souffrance. Yalom nuance et déplace l'accent. Pour lui, le sens ne se découvre pas comme un trésor caché, il se construit par l'engagement dans la vie. Il défendait d'ailleurs une approche oblique, le sens découle d'une activité qui en a, et plus on le poursuit frontalement, moins on a de chances de le trouver. Combler le vide par les possessions ou les distractions ne fait que masquer la question. L'explorer, la traverser, s'investir dans une relation, une création, une cause, voilà ce qui laisse le sens advenir, presque sans qu'on s'en aperçoive.
La psychothérapie existentielle ne propose pas de la supprimer, ce qui serait une promesse mensongère, mais de changer de rapport à elle. Dans certaines douleurs se cachent les questions les plus décisives d'une vie, celles qu'on n'aurait jamais osé poser sans elles.
Camus écrivait que l'homme est la seule créature qui refuse d'être ce qu'elle est. Ce refus fait notre tourment, et pourtant il fait aussi notre grandeur, car il nous pousse à nous dépasser, à chercher, à devenir. Accompagner quelqu'un dans cette traversée ne consiste pas à le consoler trop vite, mais à tenir à ses côtés pendant qu'il transforme son épreuve en chemin.
Aucune méthode ne détient à elle seule la clé de la guérison.
Un praticien d'orientation analytique y mêlera l'écoute de l'inconscient, héritée de la psychanalyse. Un autre, formé aux approches humanistes comme la Gestalt ou l'analyse transactionnelle, insistera sur l'expérience du moment présent et les scénarios relationnels. D'autres encore croisent la thérapie comportementale, les TCC, lorsque l'angoisse se cristallise en symptômes précis.
Cette souplesse n'a rien d'un flou. Elle répond à une conviction simple, aucune méthode ne détient à elle seule la clé de la guérison. Pour un mal-être anxieux installé, un travail émotionnel ou corporel peut soulager là où la parole seule peinerait. Pour une blessure ancienne, l'hypnose ericksonienne ou l'EMDR, issue des recherches en neurosciences, ouvre parfois des portes que l'analyse n'atteignait pas. Le sens existentiel ne s'oppose à aucune de ces voies, il leur donne une profondeur et un horizon.
Reste la question du praticien lui-même. En France, le titre de psychothérapeute est réglementé, distinct de celui de psychanalyste, et chacun, qu'il soit psychiatre, psychologue ou thérapeute, relève d'un cadre et d'une déontologie précis. Au-delà des intitulés, ce qui soigne tient à la rigueur clinique, à la connaissance de la psychopathologie, et surtout à la qualité du lien. Yalom l'avait compris mieux que personne, c'est dans la rencontre, plus que dans la technique, que se joue l'essentiel d'une thérapie.
Ce n'est pas seulement la fin physique qui effraie, mais l'idée de perdre le contrôle, de ne plus exister. Beaucoup la repoussent par la distraction, et elle continue d'agir en sourdine. Se confronter à elle, paradoxalement, ravive le goût de vivre. C'est souvent en mesurant que le temps est compté que l'on commence à habiter pleinement chaque journée.
Le sens ne se trouve pas comme un objet égaré, il se construit, à travers nos engagements, nos liens, notre manière de traverser les épreuves. Yalom conseillait de le chercher de biais, en s'investissant dans une activité qui en a, plutôt que de l'interroger frontalement. Ce qui compte est qu'il soit le vôtre, élaboré par vous et non emprunté à d'autres.
Elle s'accompagne souvent d'anxiété, de confusion, d'une baisse de motivation. Loin d'être seulement une épreuve, elle peut devenir un passage. Elle pousse à explorer des parts de soi restées dans l'ombre, et bien des personnes en ressortent plus accordées à ce qu'elles sont vraiment.
La dépression se reconnaît à des symptômes plus installés, tristesse persistante, perte d'énergie, d'élan, de plaisir, relevant parfois de la psychiatrie. Les deux peuvent coexister, et il est parfois délicat de les distinguer seul. Un psychologue ou un psychothérapeute aide à y voir clair. La crise, bien accompagnée, peut devenir un temps de transformation, là où la dépression demande un soin attentif et adapté.
Elle se combine volontiers avec d'autres approches psychothérapeutiques, qu'elles soient humanistes, systémiques, comportementales ou analytiques, selon ce que chacun traverse. Un premier entretien permet d'évaluer ensemble si cette orientation vous convient, ou si un autre type d'accompagnement répondrait mieux à votre situation. L'essentiel est de poser des mots sur ce qui se joue, sans engagement préalable.
Consulter ne suppose pas de traverser une crise grave. Beaucoup viennent simplement parce qu'un mal-être diffus les empêche d'avancer. Un premier rendez-vous, à Versailles, permet de comprendre ensemble ce qui se joue et d'envisager le chemin le plus juste pour vous.
Au cabinet de Versailles, près du Chesnay, j'accueille les personnes que ces questions traversent, en croisant l'écoute psychanalytique, l'approche existentielle, l'hypnose et l'EMDR. Le premier rendez-vous se déroule en présence, pour prendre le temps de comprendre ce que vous vivez.
Frédérique Korzine, psychanalyste et thérapeute de couple.
Références
Camus, A. (1942). Le Mythe de Sisyphe. Gallimard.
Frankl, V. E. (1946). Découvrir un sens à sa vie. Beacon Press.
Sartre, J.-P. (1943). L'Être et le Néant. Gallimard.
Yalom, I. D. (1980). Thérapie existentielle. Basic Books.
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