EMDR et addictions... Quand le manque est un symptôme du trauma
26/11/2025

EMDR et addictions... Quand le manque est un symptôme du trauma

Une addiction n’est jamais un caprice ni un manque de volonté. C’est souvent une stratégie de survie mise en place face à une douleur émotionnelle, un trauma ancien ou une tension interne impossible à apaiser autrement. Le craving, cette urgence qui déborde tout, n’est pas un désir mais un SOS neurologique. L’EMDR agit précisément à cet endroit : elle apaise la mémoire traumatique, réduit la charge émotionnelle et fait chuter l’intensité du manque. Quand le système nerveux n’est plus en alerte, le comportement perd sa fonction et le choix redevient possible.

Table des matières

Pour un accompagnement en EMDR à Versailles...

Lorsque j’ai reçu M., 42 ans, militaire de carrière, il m’a serré la main avec cette assurance un peu trop solide de ceux qui ne s’autorisent jamais à vaciller. À peine assis, il m’a lancé : « J’arrête. Cette fois, c’est la dernière. » Il répétait cette phrase comme un serment, presque un engagement militaire. Et pourtant, à chaque séance, il revenait avec le même regard déçu et la même phrase en boucle : « Mon dealer m’a rappelé… j’ai pas pu résister. Je comprends pas. » Beaucoup auraient parlé d’un manque de volonté. Moi, je voyais autre chose. Chez M., la cocaïne n’était pas un plaisir, ni une “fête”. C’était un moyen de rassembler les morceaux d’un système nerveux toujours trop tendu, trop seul, trop chargé. Un moyen de retrouver une forme de cohésion interne, de tenir debout sans s’effondrer.
En explorant son histoire, quelque chose a émergé très vite : M. s’était construit sans père. Pas un père absent ponctuellement, mais un père carrément inexistant, remplacé par un silence épais dans lequel il avait appris à grandir en autodidacte. Pas de cadre. Pas de repère. Pas de limites contenantes qui apprennent à se sentir en sécurité. Pas de figure solide sur laquelle s’appuyer, contre laquelle se confronter, auprès de laquelle se déposer. Enfant, M. avait dû inventer seul sa façon d’être un homme. Il n’avait jamais connu ce que c’est que d’être protégé, retenu, limité, régulé par un adulte fiable. Son système nerveux avait grandi comme une maison sans fondations : debout, mais fragile. La seule règle qu’il avait intégrée était celle qu’il s’était fabriquée lui-même : tenir, toujours tenir. Puis il était entré dans l’armée. Et l’armée avait renforcé ce qu’il savait déjà faire : serrer les dents, avancer, se taire. On l’avait félicité pour ça. On avait salué sa résistance. Mais à l’intérieur, aucune structure affective n’avait jamais été construite. Aucune boussole émotionnelle. Aucune limite protectrice. Alors quand la tension montait après une opération difficile, après un conflit hiérarchique, après un soir trop silencieux, son corps cherchait désespérément quelque chose qui ressemblerait à un contenant. La cocaïne devenait ce contenant improvisé, brutal mais efficace : un moyen de s’auto-réguler en l’absence de toute régulation externe intériorisée.
Lors des premières séances d’EMDR, à ma grande surprise, ce n’étaient pas ses années de terrain qui revenaient. C’étaient des images d’enfance : ce salon vide où il attendait un père qui ne viendrait jamais, cette mère dépassée qui n’avait pas les mots ni l’énergie, ces soirées où il se promettait déjà, à huit ans, “d’être fort”. M. a eu cette phrase bouleversante : « J’ai passé ma vie sans personne au-dessus de moi pour m’apprendre à me tenir. La coke… c’était la seule chose qui me donnait une structure. » Au fil des séances, à mesure que nous apaisions ces mémoires-là -les vraies, les premières- son rapport à la cocaïne s’est transformé. Il disait : « C’est comme si j’avais enfin une colonne vertébrale. » Les appels du dealer perdaient de leur emprise. Le craving devenait plus lointain, plus faible, plus maîtrisable. « Je sens que j’ai le choix maintenant. Je l’ai jamais senti avant », a-t-il murmuré un jour, presque surpris.
L’EMDR n’a pas “vaincu” la cocaïne.
Elle a offert à M. ce qu’il n’avait jamais eu : un contenant interne.
Un espace où se poser, une limite qui tient, une présence intérieure qui remplace enfin l’absence de son père.

EMDR et addictions... quand le manque est un symptôme du trauma

Il y a quelque chose que je vois très souvent dans mon cabinet : des personnes brillantes, sensibles, lucides, qui me disent :

« Je ne comprends pas pourquoi je fais ça… je sais que ça me détruit, mais j’y retourne. »

Et ma première réponse est toujours la même : vous ne faites pas ça parce que vous êtes faible. Vous faites ça parce qu’un jour, vous avez eu besoin de survivre.

Les addictions ne sont pas des caprices. Ni des défauts de volonté. Ni une « mauvaise gestion » des émotions. Ce sont des réponses. Des tentatives, parfois désespérées, pour calmer quelque chose qui brûle à l’intérieur. Lorsque l’on parle d’addiction, on parle donc toujours, en creux, d’un passé qui n’a pas été entendu, d’une douleur qui n’a pas été accompagnée, d’une émotion qui n’a pas trouvé sa place.

Et c’est précisément pour cela que l’EMDR peut transformer la relation que l’on entretient avec ces conduites.
Parce qu’elle ne se contente pas de « corriger » un comportement : elle vient apaiser la blessure qui l’a rendu nécessaire.

Pourquoi parler d’addiction quand on parle de trauma ?

Pendant longtemps, on a décrit les addictions comme des problèmes de « consommation », de dopamine ou d’impulsivité.

Mais aujourd’hui, les neurosciences, la psychologie du trauma et la clinique convergent : l’un des facteurs prédictifs les plus puissants d’une addiction n’est pas la substance… mais l’histoire de vie.
En particulier : l’histoire émotionnelle et relationnelle.

Très souvent, l’addiction apparaît quand le système nerveux a été exposé, tôt ou tard, à quelque chose qu’il n’a pas pu intégrer seul :

  • une enfance sans soutien émotionnel,
  • un parent instable, violent ou défaillant,
  • des humiliations répétées,
  • un divorce conflictuel,
  • un harcèlement scolaire,
  • une relation toxique,
  • un deuil qui a tout bouleversé,
  • ou, plus simplement, des années à devoir « tenir bon » sans jamais pouvoir déposer ce qu’on ressentait.

Dans ces contextes, le corps fait ce qu’il peut. Il cherche un moyen, n’importe lequel, pour apaiser les tensions internes. Un verre, un joint, une rencontre sexuelle, un achat impulsif… et soudain, quelques minutes de répit. Le cerveau enregistre la scène : « Ça, ça m’a aidé. »

Et la stratégie s’installe. Une stratégie de survie, pas un choix délibéré.

Voilà pourquoi je ne demande jamais : « Pourquoi vous faites ça ? »
La vraie question est : « De quoi ce comportement a-t-il essayé de vous protéger ? »

Qu’est-ce que le craving ?

Le langage d’un système nerveux débordé

On confond souvent le craving avec une envie, mais la différence est immense. Une envie, c’est quelque chose que l’on peut différer, négocier, repousser. Un craving, lui, ne demande rien : il exige. C’est une déferlante interne, une montée d’urgence qui semble prendre le contrôle du corps avant même que la pensée ne comprenne ce qui se passe. Cela peut ressembler à un nœud dans la gorge, une agitation nerveuse impossible à canaliser, un vide qui aspire et donne la sensation de tomber, une montée d’angoisse, une honte soudaine, ou simplement l’impression que tout devient trop intense, trop rapide, trop fort pour être contenu.

« Le trauma n’est pas l’événement lui-même, mais la manière dont il continue de vivre dans le corps et dans le système nerveux. » Bessel van der Kolk

Le craving n’a rien d’un désir. C’est un SOS neurologique, un message envoyé par un système nerveux saturé qui dit en substance : « Tu es en train de revivre quelque chose de trop douloureux, trop vite. Fais quelque chose maintenant, ou tu vas t’effondrer. » Et le cerveau, fidèle à ce qu’il a appris, parfois il y a des années, parfois dès l’enfance, se précipite vers la stratégie qui apaise le plus vite : consommer, acheter, contrôler, fuir, dissocier.

Ce n’est ni un manque de volonté ni un échec moral. C’est un automatisme de survie, une tentative maladroite mais efficace d’éteindre une douleur intérieure qui ne trouve pas d’autre voie pour s’exprimer. Le vrai problème, ce n’est donc pas le craving lui-même : c’est ce qu’il cherche désespérément à calmer. Et c’est précisément à cet endroit, là où l’émotion déborde et où le passé envahit le présent, que l’EMDR intervient avec une précision et une douceur qui changent tout.

Addictions et trauma, un lien intime, souvent invisible

« L’addiction n’est jamais la quête d’un plaisir : c’est la quête d’un soulagement. La seule question qui compte n’est pas “pourquoi l’addiction ?”, mais “pourquoi la douleur ?”. » Dr Gabor Maté

Lorsqu’une personne m’explique son parcours, ce qui m’est décrit ressemble rarement à un “grand traumatisme” unique. Ce sont souvent des blessures discrètes, répétées, un climat insécurisant : un parent imprévisible, une enfance sans écoute, une mère envahie par sa propre douleur, un père absent, une rupture violente, des humiliations scolaires, un amour toxique, un silence trop lourd dans une famille où on ne parle pas.

Chacune de ces expériences, individuellement, pourrait sembler “gérable”. Mais mises ensemble, elles créent un terrain émotionnel fragile : un corps en vigilance constante, un esprit qui anticipe le danger, des émotions incontrôlables ou trop refoulées.

L’addiction arrive alors comme une sorte de régulateur externe.
Un moyen d’éteindre ce que le corps n’arrive pas à contenir.
Pas un choix. Pas un caprice. Une stratégie.

Et comme toute stratégie de survie, elle persiste tant que le danger intérieur n’a pas été apaisé. L’erreur serait de se battre contre la stratégie au lieu de comprendre d’où vient le danger.

C’est exactement ce que permet l’EMDR : retrouver la racine, afin de rendre la stratégie inutile.

Quelques statistiques

Ce que disent vraiment les chiffres sur trauma et addiction

On imagine souvent que les addictions touchent “quelques personnes fragiles”. Les chiffres racontent autre chose.

En France, plus de 41 000 décès par an sont liés à l’alcool, et près d’un adulte sur cinq déclare consommer pour calmer l’angoisse, trouver le sommeil ou apaiser une tension interne qui ne dit pas son nom. Le cannabis reste la substance illicite la plus courante : environ 900 000 personnes auraient un usage problématique, souvent centré sur la gestion du stress ou la surcharge émotionnelle. Quant à la cocaïne, sa consommation a pratiquement doublé en dix ans, avec près de 600 000 usagers annuels. Une augmentation qui n’a rien d’un phénomène festif mais reflète, bien souvent, un besoin de tenir debout malgré des émotions envahissantes.

Du côté du trauma, les données sont tout aussi éclairantes :

70 % de la population vivra au moins un événement potentiellement traumatique au cours de sa vie, et parmi eux, 20 à 30 % développeront des symptômes persistants (intrusions, anxiété, hypervigilance, dissociation… et bien sûr, conduites addictives). Chez les patients présentant une addiction, on retrouve des antécédents traumatiques dans deux cas sur trois, et ce chiffre grimpe de 70 à 90 % pour les usagers problématiques de cocaïne. Autrement dit : derrière une addiction, il y a presque toujours une histoire de survie psychique.

L’efficacité de l’EMDR prend tout son sens à la lumière de ces données.

Les méta-analyses montrent qu’environ 85 % des personnes présentant un trauma voient une amélioration significative après un protocole EMDR complet. Et lorsque le trauma est traité, la fréquence et l’intensité du craving chutent en moyenne de 30 à 60 %. Non pas parce qu’on interdit ou qu’on moralise, mais parce que le système nerveux retrouve enfin une forme de sécurité intérieure.

Ces chiffres confirment ce que j’observe chaque jour : l’addiction n’est presque jamais le problème. Elle est la conséquence. Et lorsque l’on soigne la cause (la blessure, la peur, l’abandon, la mémoire émotionnelle), la conduite addictive perd naturellement son pouvoir.

Si vous traversez une période difficile liée à une addiction, vous pouvez prendre contact ici : addictions

Comment l’EMDR agit réellement sur les addictions ?

L’EMDR intervient à l’endroit même où l’addiction prend racine :

dans la mémoire émotionnelle, dans les circuits de peur, dans les traces corporelles du trauma.

Contrairement à une thérapie qui se concentre sur le “comportement”, l’EMDR s’adresse au souvenir, à l’émotion bloquée, au réflexe qui s’est inscrit dans le corps. En stimulant le cerveau de manière alternée, elle l’aide à retraiter des événements restés figés, afin qu’ils cessent de déclencher cette alarme interne qui nourrit l’addiction.

Trois choses se passent alors :

1. La charge émotionnelle diminue réellement.

Le souvenir n’a plus la même intensité. Le système nerveux ne panique plus.

2. Le craving perd de sa force.

Il ne disparaît pas d’un coup, mais il devient moins violent, moins tyrannique, moins urgent.

3. Les déclencheurs se désamorcent.

Une dispute, une solitude, un silence, un regard, un rejet, une journée vide…
Tout ce qui déclenchait auparavant une montée compulsive perd de son pouvoir.

Résultat :
La personne n’a plus besoin de lutter.
Elle n’a plus besoin de “tenir bon”.
Elle n’a plus besoin d’être parfaite.

Elle peut juste… respirer. Et choisir.

Alcool, cocaïne, cannabis, sexe, achats compulsifs...

Des histoires différentes, une logique commune

Toutes les addictions ne se ressemblent pas.

Chaque conduite a sa fonction, sa logique, son utilité psychique. Et c’est en comprenant ce rôle, ce qu’elle apaise, ce qu’elle compense, ce qu’elle évite, que le travail devient précis, profond et véritablement transformateur.

L’alcool pour anesthésier ce qui brûle trop fort

L’alcool reste l’anxiolytique le plus socialement validé.

Beaucoup de personnes boivent pour “se détendre”, faire taire une agitation intérieure, calmer des émotions trop bruyantes ou retrouver un semblant de sommeil. Souvent, l’enjeu n’est pas la dépendance mais la surcharge émotionnelle : un passé lourd, un présent trop exigeant, un système nerveux épuisé. L’EMDR vient travailler ce qui brûle en dessous, et non le geste qui tente de l’éteindre.

La cocaïne pour se sentir debout quand tout vacille

La cocaïne n’apporte pas tant de l’euphorie qu’une sensation de cohésion interne, de puissance provisoire, de contrôle retrouvé.

Beaucoup l’utilisent pour “tenir”, compenser une fatigue extrême, calmer une angoisse sous-jacente ou fuir une solitude devenue insupportable. En EMDR, on découvre souvent que cette “montée” sert surtout à masquer une vieille chute intérieure.

Le cannabis ou comment mettre le monde sur pause

Le cannabis vient amortir l’hyperstimulation : pensées rapides, hypersensibilité, charge mentale écrasante.

Il offre un voile apaisant mais coupe aussi la présence à soi, les nuances émotionnelles, la sensibilité fine. L’EMDR aide à apaiser le trop-plein sans dissoudre la conscience, pour que le calme ne soit plus synonyme d’absence.

La sexualité compulsive et fuir le corps pour ne pas ressentir

Contrairement aux préjugés, il ne s’agit pas de plaisir mais de dissociation. C’est une manière de quitter son corps, d’échapper quelques minutes à la honte, à la solitude, au vide. En EMDR, on rencontre souvent des blessures d’attachement, des humiliations précoces, des vécus corporels blessés ou non sécurisés.

Les achats compulsifs : chercher une minute de respiration

L’achat compulsif n’a rien à voir avec une passion pour les objets. C’est une micro-décharge, une petite étincelle de vie dans un quotidien trop lourd. Le soulagement ne dure qu’une minute, mais cette minute semble parfois essentielle. L’EMDR permet de comprendre le vide qu’on tente de remplir, de lui donner une forme, puis une réparation durable.

Dans tous les cas, l’addiction n’est jamais un écart volontaire. C’est une tentative d’apaisement. Et le travail thérapeutique n’est pas de contraindre ou d’interdire : il est d’apaiser ce qui, en vous, réclame de l’aide depuis longtemps.

Pourquoi l’EMDR transforme profondément la relation à l’addiction

L’EMDR ne cherche jamais l’abstinence comme objectif premier, car ce serait une forme de violence envers quelqu’un qui, à un moment de sa vie, n’a eu que cette stratégie pour survivre. L’enjeu est bien plus profond : l’EMDR restaure la capacité à ressentir sans s’effondrer, à traverser une émotion sans devoir l’anesthésier, à exister sans devoir fuir. Lorsque le trauma s’apaise, le craving perd de son intensité et de sa fréquence ; il devient moins envahissant, moins tyrannique. La honte recule, la culpabilité se dénoue, et un espace nouveau apparaît : celui de la liberté.

Dans cet espace, on peut choisir. Choisir de consommer ou non. Choisir de se respecter. Choisir de dire “pas aujourd’hui”, ou même “plus jamais”, non pas par force morale ou par autodiscipline, mais parce qu’on n’en a simplement plus besoin. Lorsque l’addiction cesse d’être la seule porte de sortie, quelque chose devient possible : la véritable autonomie intérieure. C’est cela, la vraie sortie de l’addiction — non pas l’interdiction, mais la liberté retrouvée.

Conclusion... lorsque le manque raconte votre histoire

Si vous vivez une addiction, vous n’êtes ni fautif, ni cassé, ni faible. Vous êtes quelqu’un qui a traversé des choses trop grandes sans aide, quelqu’un qui a trouvé un moyen de survivre, quelqu’un dont le corps a tenté, comme il a pu, de vous protéger.

L’EMDR n’efface pas le passé.
Elle permet de le remettre à sa place.
Et quand ce passé cesse de déclencher des alarmes dans votre corps, vous découvrez que vous pouvez à nouveau respirer, ressentir, décider, vous respecter — sans béquille, sans fuite, sans honte.

L’addiction n’est pas une fatalité.
C’est une souffrance.
Et une souffrance peut toujours, toujours être apaisée.

FAQ EMDR et addictions : les questions les plus fréquentes

L’EMDR peut-elle vraiment aider à guérir une addiction ?

Oui, l’EMDR peut aider à transformer en profondeur une addiction, car elle s’attaque à ce qui l’alimente : les blessures émotionnelles non traitées, les stimuli traumatisants et les mécanismes de survie psychiques.

En apaisant la mémoire post-traumatique, le craving diminue de façon notable et la personne n’a plus besoin de lutter. L’EMDR ne “remplace” pas la volonté : elle restaure la capacité à ressentir sans s’effondrer. C’est une approche thérapeutique reconnue par les praticiens spécialisés dans la santé mentale, les addictions et le stress post traumatique.

Pourquoi ai-je des cravings alors que je veux arrêter ?

Le craving n’est pas un manque de volonté : c’est un automatisme neuro-émotionnel lié à des expériences traumatisantes ou à un état de stress post-traumatique.

Le corps réagit à des stimuli internes — anxiété, solitude, irritabilité, émotions négatives — comme s’il vivait une menace. Ce réflexe d’évitement est courant chez les personnes souffrant de troubles anxieux ou d’anciennes névroses. Tant que la mémoire psychologique n’est pas apaisée, le craving revient. L’EMDR aide précisément à guérir cette boucle en profondeur.

Addiction et dépression sont-elles liées ?

Oui, et bien plus qu’on ne le croit.

La prévalence de la dépression est élevée chez les personnes souffrant d’addictions, car la consommation sert souvent à atténuer des états psychiques douloureux : vide intérieur, souffrance émotionnelle, stress post-traumatique, pensées anxieuses ou irritabilité. Certaines personnes utilisent alcool, cannabis ou cocaïne comme “auto-traitement” psychologique. L’EMDR, associée parfois à un psychiatre ou à un psychothérapeute, peut aider à apaiser les racines émotionnelles des deux problématiques, sans se limiter aux symptômes comportementaux.

Faut-il arrêter de consommer avant de commencer l’EMDR ?

Non, pas nécessairement.

L’objectif n’est pas d’imposer une abstinence immédiate, mais de travailler sur ce qui rend la consommation indispensable. Exiger l’arrêt complet peut être contre-productif, surtout chez les patients souffrant de stress post-traumatique ou d’émotions négatives très intenses. Le thérapeute explore d’abord l’histoire, les blessures psychologiques et les mécanismes d’évitement. Au fil du travail EMDR, la consommation diminue souvent naturellement, car le besoin s’apaise. C’est une approche thérapeutique respectueuse, adaptée aux troubles mentaux et émotionnels.

Quelle est la différence entre TCC et EMDR pour les addictions ?

Les TCC (thérapies comportementales et cognitives) aident surtout à modifier les comportements, gérer les envies, identifier les pensées automatiques et mettre en place des stratégies d’adaptation.

L’EMDR, elle, agit plus profondément : elle cible les mémoires traumatiques, les stimuli déclencheurs et les émotions négatives à l’origine de la conduite addictive. Les deux approches sont complémentaires. Beaucoup de praticiens en santé mentale utilisent d’ailleurs un modèle intégratif combinant TCC, EMDR et travail émotionnel pour une guérison durable des troubles anxieux ou post-traumatiques.

L’EMDR fonctionne-t-elle aussi pour la cocaïne ?

Oui.

La cocaïne présente une dynamique spécifique : montée rapide, sentiment de contrôle puis chute brutale, souvent liée à des blessures psychiques anciennes. L’EMDR est particulièrement efficace pour désactiver les souvenirs traumatisants, l’état de stress interne et les stimuli émotionnels qui déclenchent le craving. En travaillant les racines — attachement insécure, stress post traumatique, conflits internes — la dépendance perd son pouvoir. Ce n’est pas une méthode “miracle”, mais un processus thérapeutique qui restaure progressivement la capacité à se réguler sans produit.

Peut-on faire une rechute malgré l’EMDR ?

Oui, une rechute peut survenir, surtout si l’environnement reste difficile ou si des émotions négatives intenses réapparaissent.

Cela ne signifie pas que la thérapie échoue : la guérison n’est jamais linéaire. Une rechute est souvent l’indicateur qu’un souvenir traumatique, des mécanismes d’évitement ou des blessures psychologiques profondes demandent encore du soin. Le thérapeute explore alors ce qui a été réactivé. L’EMDR aide à stabiliser durablement le système nerveux, ce qui réduit la fréquence et l’intensité des rechutes à long terme.

L’EMDR suffit-elle seule ou faut-il voir un psychiatre ?

Pour certaines personnes, l’EMDR suffit.

Pour d’autres, un accompagnement avec un psychiatre peut être utile, notamment en cas de dépression sévère, de trouble de stress post-traumatique complexe ou d’anxiété chronique. Parfois, un traitement d’appoint (comme des antidépresseurs) stabilise suffisamment l’état psychique pour permettre un travail EMDR efficace. Tout dépend de la souffrance, de la prévalence des symptômes et du fonctionnement émotionnel. L’important est de construire un accompagnement cohérent, sans culpabilité, avec les bons praticiens.

Comment savoir si mon addiction vient d’un trauma ?

On le pressent souvent : comportements répétitifs, évitement émotionnel, irritabilité, crises anxieuses, sensation de “perdre le contrôle”, vécu d’un vide interne ou besoin urgent de calmer quelque chose.

Les addictions liées au trauma surgissent généralement en réponse à des stimuli émotionnels : solitude, rejet, conflit, stress post traumatique ou souvenirs enfouis. Si la consommation soulage brièvement mais revient toujours, c’est un signe fort d’un mécanisme post-traumatique. Un thérapeute formé à l’EMDR ou aux approches psychologiques du trauma pourra vous aider à clarifier ce lien.

L’EMDR est-elle efficace pour les traumas anciens de l’enfance ?

Oui. Même très anciens, les traumas infantiles laissent des traces psychiques et émotionnelles durables : troubles anxieux, névrose, irritabilité, phobie, difficulté à réguler les émotions ou comportements addictifs.

L’EMDR est particulièrement adaptée à ces mémoires précoces, car elle agit sur le système neuro-émotionnel et non uniquement sur la pensée cognitive. En retraitant les souvenirs traumatisants, l’EMDR apaise les états de stress post-traumatique, restaure une forme de sécurité interne et diminue les conduites d’évitement ou les addictions associées.

Pour entamer un travail autour d’un trauma émotionnel, je vous invite à m’écrire ici

Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
Pour un soutien personnel ou professionnel, je vous propose un suivi adapté à vos besoins favorisant bien-être et épanouissement, à Versailles.

Psychanalyse, hypnose, coaching, supervision et thérapies brèves.

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