
Vous venez de vivre un événement qui vous a profondément ébranlé. Peut-être un accident, une agression, un deuil brutal, ou une situation qui a fait basculer votre vie en quelques secondes. Les jours passent, et vous sentez que quelque chose ne "revient pas" comme avant. Vous dormez mal, des images reviennent sans cesse, vous évitez certains lieux ou conversations. Vous vous demandez : "Est-ce normal ? Dois-je consulter maintenant, ou est-il trop tôt ?" Cette question, de nombreuses personnes se la posent dans les semaines qui suivent un traumatisme. Entre l'urgence immédiate et la thérapie du traumatisme installé, il existe un temps particulier, souvent méconnu, où une intervention psychothérapeutique peut faire toute la différence : c'est l'intervention psychothérapeutique post-immédiate, ou IPPI.
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Heureusement, être exposé à un événement traumatique ne signifie pas nécessairement développer un trouble de stress post-traumatique. La prévalence du TSPT en France se situe entre 0,7% pour le mois écoulé et environ 2,9% sur la vie entière. Autrement dit, face à un événement potentiellement traumatisant, notre psychisme dispose de capacités naturelles de résilience qui permettent à la majorité des personnes de s'en remettre sans développer de pathologie chronique.
Cependant, ces chiffres masquent d'importantes disparités selon les populations. Chez les personnes détenues, la prévalence sur la vie entière grimpe à 17,8% chez les hommes et 40,1% chez les femmes. Les militaires ayant participé à une guerre sont également particulièrement touchés, avec près d'un quart d'entre eux concernés par ces troubles. Les migrants sans titre de séjour présentent aussi une prévalence très élevée, avec une personne sur six souffrant de TSPT.
Ces statistiques révèlent une réalité importante : le traumatisme psychologique n'est pas un phénomène rare ou exceptionnel. C'est une réalité de santé publique qui touche des millions de personnes en France. Et c'est précisément parce que le traumatisme est fréquent que l'intervention précoce prend tout son sens.
La recherche nous apprend également quelque chose de crucial : pour les personnes signalant des symptômes de stress traumatique, les interventions précoces comme les thérapies cognitivo-comportementales axées sur les traumatismes et l'EMDR montrent des bénéfices cliniquement importants. Les différences sont particulièrement marquées chez les personnes diagnostiquées avec un trouble de stress aigu. En d'autres termes, intervenir au bon moment, avec les bonnes approches, peut réellement faire la différence entre une évolution vers la chronicité et une résolution du traumatisme.
Une comorbidité psychiatrique très importante est retrouvée chez les personnes présentant un TSPT, en particulier avec les troubles de l'humeur, les autres troubles anxieux et les conduites addictives. Le lien avec le risque suicidaire est également clairement établi, avec 15 fois plus de tentatives de suicide dans le mois écoulé chez les personnes présentant un TSPT. Ces données soulignent combien il est important de ne pas laisser un traumatisme s'installer, car les conséquences dépassent largement les symptômes post-traumatiques eux-mêmes.
C'est ce moment où la sidération initiale commence à se dissiper, où vous réalisez progressivement l'impact de ce qui s'est passé. Des symptômes émergent : cauchemars, pensées intrusives, évitements. Votre entourage vous dit parfois "ça va passer", mais vous sentez que ce n'est pas si simple. Vous oscillez entre le désir de "tourner la page" et l'impossibilité d'y arriver.
C'est précisément dans cette période que votre psychisme est en train de "décider" comment intégrer cet événement. Va-t-il trouver sa place dans votre histoire, ou va-t-il rester comme un corps étranger, non digéré, qui continuera à vous hanter ?
Avec le traumatisme psychique, c'est similaire. L'IPPI intervient au moment où la "cicatrisation psychique" se met en place. C'est le moment où vos défenses naturelles se structurent pour faire face à ce qui s'est passé. Parfois, ces défenses sont adaptées et l'événement pourra progressivement s'intégrer à votre histoire. Mais parfois, elles se rigidifient de manière excessive, créant des symptômes durables.
L'accompagnement thérapeutique à ce stade peut aider votre psychisme à trouver les voies d'une intégration saine, sans forcer ni brusquer, en respectant votre rythme.
Sur le plan du sommeil et des pensées, vous faites peut-être des cauchemars liés à l'événement, des images reviennent sans cesse dans votre tête, vous avez du mal à vous concentrer sur autre chose, comme si une partie de vous restait "coincée" là-bas. Dans votre quotidien, vous remarquez que vous évitez des lieux, des personnes, des conversations qui vous rappellent ce qui s'est passé, que vous "faites des détours" pour ne pas être confronté à certaines situations.
Votre corps aussi parle : vous êtes constamment sur le qui-vive, vous sursautez facilement, votre cœur s'emballe parfois sans raison apparente, vous portez des tensions musculaires persistantes. Au niveau émotionnel, vous oscillez peut-être entre détachement et submersion, vous sentant parfois regarder votre vie de l'extérieur, ou au contraire emporté par des vagues émotionnelles intenses. Vous avez l'impression de ne plus être tout à fait vous-même.
Et puis il y a ce rapport au monde qui a changé : certaines croyances fondamentales ont été ébranlées. Vous ne vous sentez plus en sécurité comme avant, vous avez perdu confiance en certaines choses qui vous semblaient acquises, vous portez peut-être une culpabilité ou une honte sans raison objective.
Ces réactions sont normales après un événement traumatique. Elles ne signifient pas que vous êtes "fragile" ou que quelque chose ne va pas chez vous. Elles témoignent simplement que votre psychisme a été profondément affecté et qu'il cherche encore comment gérer ce qui s'est passé.
L'approche sera probablement différente selon le thérapeute et votre situation particulière, mais certains éléments sont communs.
Cette phase comprend souvent de la psychoéducation : comprendre ce qui se passe en vous est déjà en soi apaisant. Savoir que vos réactions sont normales, comprendre les mécanismes du traumatisme, cela permet de se sentir moins "fou" ou "anormal". Vous apprendrez également des outils de régulation pour calmer votre système nerveux quand il s'emballe, que ce soit par la respiration, des exercices d'ancrage dans le présent, ou des techniques d'auto-apaisement. L'idée est de vous redonner un sentiment de contrôle sur ce qui se passe dans votre corps. Parfois, le psychothérapeute vous aidera aussi à construire un "lieu sûr" en imagination, un espace où vous pouvez vous ressourcer quand tout devient trop intense.
Il s'agit plutôt de vous aider à construire progressivement un récit cohérent de ce qui s'est passé. Pourquoi ? Parce que le traumatisme fragmente l'expérience : il y a des images, des sensations, des émotions, mais tout est éclaté, dissocié. Vous avez du mal à mettre des mots, à relier les morceaux.
Petit à petit, avec l'aide du thérapeute, vous allez pouvoir identifier les moments clés, les "points de bascule", mettre des mots sur ce qui était indicible, relier ce qui était fragmenté, et comprendre ce qui, dans cet événement, vous a particulièrement atteint.
Cette construction narrative n'est pas qu'intellectuelle. Elle permet à votre cerveau de "ranger" l'événement dans votre histoire, au lieu qu'il reste comme un bloc de mémoire brute, non traitée, qui se réactive sans cesse.
Peut-être pensiez-vous que le monde était globalement sûr, et cet événement a détruit cette croyance. Peut-être aviez-vous confiance en votre capacité à gérer les situations, et vous vous sentez maintenant vulnérable. Peut-être aviez-vous certaines valeurs, et vous découvrez que vous avez agi d'une manière qui les contredit, créant une blessure morale profonde.
L'IPPI est aussi un temps pour identifier ces croyances ébranlées, comprendre ce qui a été attaqué en vous, et commencer à reconstruire du sens, sans nier la réalité de ce qui s'est passé.
Ce travail de reconstruction du sens est particulièrement important quand le traumatisme implique une trahison, une injustice, ou quand vous vous sentez coupable d'avoir "failli" à vos propres valeurs.
L'EMDR précoce peut parfois être utile si vous avez des images très intrusives et ciblées. Cependant, dans la phase post-immédiate, on sera particulièrement prudent, en s'assurant d'abord que vous êtes suffisamment stabilisé.
L'hypnose peut aider à accéder à vos ressources internes, à moduler l'intensité émotionnelle, à travailler sur les mémoires sensorielles de manière douce.
Les approches corporelles sont précieuses parce que le traumatisme s'inscrit dans le corps autant que dans l'esprit. Apprendre à écouter les signaux de votre corps, à relâcher les tensions figées, c'est souvent une clé importante.
L'approche narrative et psychanalytique permet de comprendre comment cet événement vient résonner avec votre histoire singulière, d'identifier ce qui se réactive d'ancien, de donner du sens à ce qui se passe.
L'approche systémique est importante quand le traumatisme affecte tout votre système relationnel, quand il faut aussi prendre en compte l'impact sur votre couple, votre famille, vos proches.
L'essentiel n'est pas tant la technique utilisée que la qualité de la relation thérapeutique et l'adaptation à votre situation particulière.
Il n'y a pas "un" traumatisme, mais des expériences traumatiques très différentes qui appellent des réponses adaptées.
Les agressions sexuelles, les violences conjugales, les agressions physiques ont ceci de particulier qu'elles impliquent une intention de nuire. Ce n'est pas le hasard, c'est un autre humain qui a choisi de vous faire du mal.
Cela complique souvent la cicatrisation parce que la confiance en l'autre humain est profondément atteinte, que la honte et la culpabilité sont fréquentes (même si totalement injustifiées), qu'il peut y avoir un lien antérieur avec l'agresseur créant une confusion émotionnelle intense, et que des questions de justice et de reconnaissance viennent s'ajouter à la souffrance psychique.
L'IPPI dans ces situations travaillera particulièrement sur la restauration de la confiance, sur la déconstruction de la culpabilité, sur la distinction entre ce qui vous appartient et ce qui appartient à l'autre.
Ici, c'est souvent le sentiment de fragilité existentielle qui frappe brutalement : vous réalisez que tout peut basculer en une seconde. Les questions de responsabilité surgissent aussi, et même quand objectivement vous n'y êtes pour rien, la culpabilité peut être présente avec ses "et si j'avais..." et ses "j'aurais dû...". Il y a également cette confrontation inédite à votre mortalité, à celle de vos proches.
Il peut y avoir une reconnaissance sociale de l'événement qui aide, mais aussi une tendance à généraliser avec des discours du type "tous les rescapés ressentent...", alors que votre expérience reste unique. Des rituels collectifs peuvent se mettre en place, qui parfois aident et parfois au contraire empêchent votre propre élaboration personnelle.
L'IPPI veillera à honorer à la fois la dimension collective et votre expérience singulière.
Pour clarifier, l'IPPI ce n'est pas un débriefing standardisé où on vous ferait raconter tout dans un ordre précis, ni une obligation de "tout dire tout de suite", ni une garantie que "ça passera vite". Ce n'est pas non plus une thérapie qui force l'exposition alors que vous n'êtes pas prêt, ni un jugement sur votre façon de réagir.
L'IPPI, c'est un accompagnement respectueux de votre rythme, de vos défenses, de ce que vous pouvez supporter à ce moment-là. Le thérapeute est là pour vous soutenir, pas pour vous bousculer.
Toutes les personnes qui vivent un événement traumatique n'ont pas besoin d'une intervention thérapeutique. Beaucoup s'en remettent naturellement, avec le temps et le soutien de leurs proches.
Cependant, certains signaux méritent attention : si les symptômes s'aggravent au lieu de diminuer avec le temps, si vous commencez à éviter de plus en plus de choses, si votre fonctionnement quotidien est significativement altéré au point que vous n'arrivez plus à travailler, à voir vos amis, à faire ce qui vous était important. L'apparition de conduites à risque comme l'alcool, les substances ou la prise de risques excessive, un isolement croissant, ou des pensées suicidaires sont autant de signaux qui ne doivent pas être ignorés.
Pour une IPPI, vous avez besoin d'un thérapeute qui a une formation spécifique en psychotraumatologie (tous les psychologues ou psychothérapeutes n'ont pas cette spécialisation), qui maîtrise plusieurs approches car il n'y a pas "une" technique miracle, qui sait adapter son intervention à votre situation particulière, qui crée une relation de confiance sans jugement, et qui respecte votre rythme et vos limites.
N'hésitez pas à poser des questions lors du premier contact : quelle est sa formation ? son expérience avec ce type de situation ? comment envisage-t-il l'accompagnement ?
La relation thérapeutique est fondamentale dans le travail post-traumatique. Si vous ne vous sentez pas en confiance, si quelque chose ne va pas, c'est peut-être que ce n'est pas le bon thérapeute pour vous, et ce n'est pas grave : continuez à chercher.
Je voudrais terminer en vous disant quelque chose d'important :
la guérison après un traumatisme ne signifie pas "redevenir exactement comme avant".
C'est impossible, et ce n'est d'ailleurs pas forcément souhaitable.
Un événement traumatique change quelque chose en nous. Il nous confronte à des réalités de l'existence que nous préférions ignorer : la fragilité, l'imprévisibilité, parfois la cruauté du monde ou des humains.
Guérir, c'est plutôt arriver à intégrer cet événement dans votre histoire de sorte qu'il fasse partie de vous sans vous définir entièrement. C'est retrouver une capacité à vivre au présent sans être constamment ramené au passé. C'est aussi reconstruire du sens : même si ce qui s'est passé reste terrible, vous pouvez retrouver un sens à votre vie. Guérir, c'est reconnecter avec ce qui vous importe, les personnes, les activités, les valeurs qui comptent pour vous. Et parfois même, c'est découvrir des forces en vous que vous ne soupçonniez pas.
Le travail thérapeutique post-immédiat n'est qu'une étape de ce chemin. Pour certains, quelques séances suffiront. Pour d'autres, cela ouvrira vers un travail thérapeutique plus long. Et pour d'autres encore, cela permettra simplement de mieux comprendre ce qui se passe et de mobiliser leurs propres ressources.
Si vous lisez cet article parce que vous venez de vivre un événement difficile, je veux que vous sachiez ceci : ce que vous ressentez est légitime. Vous n'êtes ni fou/folle, ni faible, ni anormal. Vous êtes un être humain confronté à quelque chose de profondément perturbant, et votre psychisme fait ce qu'il peut pour gérer cela.
Demander de l'aide n'est pas un signe de faiblesse, c'est un acte de courage et de lucidité. C'est reconnaître que vous avez besoin d'un soutien pour traverser cette épreuve, et c'est prendre soin de vous.
L'IPPI est là pour cela : vous accompagner dans ce moment si particulier où tout pourrait basculer, pour favoriser une évolution vers la guérison plutôt que vers la chronicité.
Vous n'avez pas à traverser cela seul.
Frédérique Korzine est psychanalyste et thérapeute spécialisée en psychotraumatologie, EMDR et hypnose. Elle reçoit en consultation au Cabinet Psy Coach Versailles. Si vous souhaitez échanger sur votre situation ou prendre rendez-vous, n'hésitez pas à la contacter.
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