
Vous entendez parfois des voix que les autres n'entendent pas. Il vous arrive de vous sentir observé, menacé, ou de ne plus savoir si ce que vous percevez appartient à la réalité. Vous avez peut-être reçu un diagnostic de schizophrénie ou d'un autre trouble psychotique. Et puis, il y a ce qui vous est arrivé avant. Les violences, les humiliations, les agressions. Des souvenirs qui reviennent la nuit, des images qui surgissent sans prévenir, une peur qui vous saisit alors que vous êtes pourtant en sécurité.Vous aimeriez que cela s'arrête. Mais lorsque vous évoquez la possibilité de travailler sur vos traumatismes, on vous répond parfois qu'il vaut mieux attendre. Que votre état est trop fragile. Qu'une thérapie EMDR pourrait provoquer une décompensation. Alors vous attendez. Les mois passent, parfois les années, et vos traumatismes continuent de vous faire souffrir.
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« On m'a dit que reparler de mes traumatismes risquait d'aggraver ma psychose. Alors j'ai appris à vivre avec mes souvenirs. Mais ils ne me laissent jamais tranquille. »
Imaginez une personne qui a subi des violences pendant son enfance. Elle a grandi dans la peur, avec cette impression qu'à tout moment, quelque chose de terrible pouvait arriver. Des années plus tard, elle développe un trouble psychotique. Elle entend parfois des voix menaçantes et se sent persécutée.
Les traumatismes peuvent influencer la manière dont une personne perçoit son environnement et interprète les intentions d'autrui. Ils ne suffisent pas à expliquer l'ensemble des troubles psychotiques, dont les causes sont multiples.
Mais lorsqu'un état de stress post-traumatique (TSPT) s'ajoute à une psychose, il peut considérablement alourdir la souffrance psychique.
Derrière les hallucinations et les idées délirantes, il y a parfois une personne qui continue de revivre, chaque jour, ce qu'elle a subi des années auparavant.
Une méta-analyse publiée en 2026 dans Schizophrenia Research a examiné dix essais randomisés consacrés aux thérapies centrées sur le traumatisme chez des personnes présentant des troubles psychotiques. Les chercheurs se sont notamment intéressés à l'EMDR, à l'exposition prolongée et aux thérapies cognitives.
Les résultats sont encourageants : l'EMDR permet une réduction significative des symptômes de stress post-traumatique, avec des bénéfices encore observables six mois après le traitement. Les interventions étudiées apparaissent globalement acceptables et bien tolérées chez les participants.
Une autre étude britannique, publiée dans The Lancet Psychiatry, a également montré les bénéfices d'une thérapie cognitivo-comportementale intégrant le travail traumatique chez des personnes présentant simultanément un TSPT et un trouble psychotique.
Ces résultats ne garantissent pas que l'EMDR convient à toutes les situations. Ils remettent néanmoins en question l'idée selon laquelle un diagnostic de psychose devrait automatiquement conduire à écarter toute thérapie centrée sur le traumatisme.
Lorsqu'on a déjà vécu des épisodes psychotiques, l'idée de se confronter à un souvenir traumatique peut être terrifiante. On peut redouter de ne plus parvenir à distinguer le passé du présent ou de voir réapparaître des hallucinations.
Une thérapie EMDR nécessite une évaluation préalable, une préparation adaptée et une attention constante à la manière dont le patient traverse chaque étape du travail. Dans certaines situations, il sera nécessaire de consacrer davantage de temps à la sécurité psychique. Dans d'autres, le travail sur les souvenirs pourra être envisagé plus rapidement.
Les recherches sur le TSPT complexe et la stabilisation préalable invitent également à réfléchir à cette question, sans que leurs conclusions puissent être automatiquement transposées aux troubles psychotiques.
Il faut considérer l'intensité des symptômes, le risque de crise et les ressources dont dispose la personne.
Vous avez le droit d'avoir peur de commencer une thérapie. Vous avez aussi le droit que vos traumatismes soient pris au sérieux.
Les résultats concernant les symptômes psychotiques eux-mêmes sont plus nuancés.
Une méta-analyse publiée en 2026 suggère une amélioration possible de certaines idées délirantes, sans démontrer de bénéfice significatif sur les hallucinations dans les comparaisons contrôlées.
L'EMDR ne doit donc pas être présenté comme un traitement permettant de faire disparaître la schizophrénie.
Une personne peut continuer à entendre des voix tout en souffrant beaucoup moins de ses souvenirs traumatiques. Elle peut retrouver un sommeil plus paisible, se sentir moins constamment menacée et reprendre certaines activités qu'elle évitait depuis des années.
La prise en charge psychiatrique et les traitements médicamenteux, lorsqu'ils sont indiqués, conservent toute leur place.
Son diagnostic fait partie des éléments à prendre en compte, mais il ne raconte pas toute son histoire.
Dans une approche psychothérapeutique intégrative, différents outils peuvent être associés selon les besoins de chacun. Le choix entre les thérapies EMDR et IMO doit notamment tenir compte de la situation clinique et des données scientifiques disponibles pour chaque méthode.
Lorsqu'un trouble psychotique est présent, la coordination avec le psychiatre ou l'équipe de soins peut contribuer à sécuriser l'accompagnement. Certaines situations nécessitent cependant de différer le travail traumatique, notamment lorsqu'une crise psychotique aiguë ou un risque suicidaire important impose une prise en charge prioritaire.
Peut-être vous a-t-on répété que vous étiez trop fragile pour parler de ce qui vous était arrivé. Peut-être avez-vous fini par le croire.
Elles montrent qu'il est possible, pour certaines personnes, de traiter un état de stress post-traumatique sans provoquer l'aggravation systématique des symptômes psychotiques longtemps redoutée. Vous n'avez pas à choisir entre être accompagné pour votre trouble psychotique et être aidé pour les événements douloureux que vous avez traversés.
Ce qui vous est arrivé mérite d'être entendu et votre diagnostic ne devrait pas, à lui seul, vous priver de la possibilité d'aller mieux.
Si vous souffrez de souvenirs traumatiques qui continuent de vous faire souffrir, nous pouvons prendre le temps d'échanger sur votre situation et d'envisager ensemble l'accompagnement qui pourrait vous convenir. Vous pouvez me contacter pour prendre rendez-vous à mon cabinet de Versailles.
Vous souffrez d'un trouble psychotique et vous vous demandez si une psychothérapie pourrait vous aider à surmonter vos traumatismes ? Vous avez peut-être peur d'aggraver vos symptômes, de perdre pied pendant une séance ou de ne pas trouver un thérapeute qui comprenne ce que vous traversez. Voici les réponses aux questions que vous pouvez vous poser, pour vous aider à mieux comprendre les possibilités d'accompagnement.
Votre diagnostic ne constitue pas, à lui seul, une contre-indication. Le psychothérapeute doit cependant évaluer votre état clinique, vos symptômes actuels et les ressources dont vous disposez. Une coordination avec votre psychiatre peut être nécessaire pour sécuriser le travail thérapeutique. L'objectif est de vous aider à traiter vos souvenirs traumatiques sans vous exposer à une déstabilisation que votre situation actuelle ne vous permettrait pas de supporter.
Les études disponibles n'ont pas mis en évidence d'aggravation systématique des symptômes psychotiques chez les personnes ayant bénéficié d'une thérapie centrée sur le traumatisme. Cela ne signifie pas qu'il n'existe aucun risque individuel. Votre état psychique doit être évalué avant de commencer et suivi pendant la thérapie. Si vos hallucinations s'intensifient ou si vous vous sentez déstabilisé, parlez-en rapidement à votre thérapeute et à votre psychiatre.
Certaines psychothérapies peuvent même être proposées pendant une phase aiguë, dans un cadre de soins adapté. En revanche, le travail direct sur les souvenirs traumatiques nécessite une évaluation particulière. Si vous traversez une crise psychotique importante, la priorité sera de vous aider à retrouver suffisamment de sécurité. Votre psychothérapeute et votre psychiatre pourront ensuite déterminer avec vous à quel moment et dans quelles conditions commencer le travail traumatique.
Une personne souffrant de stress post-traumatique peut éprouver une peur intense, revivre des événements douloureux ou avoir l'impression que le danger est toujours présent. Certaines expériences peuvent ressembler à des symptômes psychotiques, et les deux troubles peuvent également coexister. Un psychiatre ou un professionnel de santé mentale formé à ces problématiques pourra vous aider à comprendre ce que vous traversez. Vous n'avez pas à trouver seul une explication à des expériences qui vous inquiètent.
Les recherches montrent que certaines personnes bénéficient durablement des thérapies centrées sur le traumatisme, notamment de l'EMDR. Cela ne signifie pas que la schizophrénie disparaîtra, ni que tous les souvenirs douloureux seront effacés. Vous pouvez cependant apprendre à les vivre autrement, retrouver un sentiment de sécurité et diminuer leur emprise sur votre quotidien. Votre parcours de guérison sera personnel, et chaque progrès mérite d'être reconnu.
L'EMDR et certaines thérapies cognitivo-comportementales (TCC) centrées sur le traumatisme disposent de données encourageantes chez les personnes présentant un trouble psychotique. Une psychothérapie intégrative peut également vous aider à travailler sur vos difficultés émotionnelles, votre histoire et vos relations. Le choix dépend de vos symptômes, de vos attentes et de votre état clinique. L'important est de trouver un professionnel formé au psychotraumatisme, capable de prendre en compte votre trouble psychotique et de travailler en lien avec votre psychiatre lorsque cela est nécessaire.
Certaines personnes peuvent travailler sur un événement traumatique relativement circonscrit, tandis que d'autres ont traversé des violences répétées ou présentent plusieurs difficultés psychiques associées. Le temps nécessaire dépend de votre histoire, de vos symptômes et de votre capacité à aborder progressivement les souvenirs douloureux. Votre thérapeute pourra vous proposer un accompagnement adapté et réévaluer régulièrement son déroulement avec vous.
Les médicaments prescrits par votre psychiatre peuvent jouer un rôle important dans la prise en charge de votre trouble psychotique. Les arrêter brutalement ou modifier leur dosage sans avis médical peut vous exposer à une rechute ou à une aggravation de vos symptômes. La psychothérapie peut s'inscrire dans un accompagnement complémentaire à votre suivi psychiatrique. Si vous souhaitez réduire votre traitement ou si vous supportez mal certains effets secondaires, parlez-en à votre médecin afin d'envisager ensemble les possibilités adaptées à votre situation.
Lors du premier rendez-vous, n'hésitez pas à lui demander comment il envisage la prise en charge de votre situation et la coordination avec votre suivi psychiatrique. Vous devez pouvoir parler de vos inquiétudes sans craindre d'être jugé. Une relation thérapeutique sécurisante se construit progressivement, dans le respect de votre histoire, de vos besoins et de votre rythme.
Mason A., Logeswaran Y., Opper F., Khan H. et Johns L. (2026). The effectiveness and tolerability of trauma-focused interventions for trauma symptoms in individuals who have psychosis: A systematic review and meta-analysis. Schizophrenia Research, 295, 187-201. Consulter la méta-analyse .
Peters E. et coll. (2026). Trauma-focused therapy integrated with cognitive behavioural therapy for psychosis for people with post-traumatic stress disorder and psychosis (the STAR trial). The Lancet Psychiatry, 13(7), 549-566. Consulter l'étude .
Toutountzidis D., Ricketts E. et Laws K. R. (2026). Trauma-focused psychological interventions for psychosis: Meta-analytic evidence of differential effects on delusions and hallucinations. Psychological Medicine, 56, e11. Consulter la méta-analyse .
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