Psychiatrie sans psychothérapie : que devient l’écoute du patient ?
9/10/2026

Quand la psychiatrie n’a plus le temps d’écouter : la psychothérapie peut-elle disparaître ?

Il arrive qu’une personne sorte d’une consultation avec une ordonnance justifiée et l’impression d’avoir été examinée sans avoir vraiment été rencontrée. Ses nuits ont été comptées, son anxiété évaluée, ses symptômes rangés dans les bonnes cases. Pourtant, quelque chose est resté sur le seuil : un deuil, une relation devenue irrespirable, une enfance qui continue de faire du bruit. Ou cette phrase qu’elle n’a pas eu le temps de prononcer : « Je ne me reconnais plus. » Ce malaise ne signifie pas que le psychiatre aurait mal travaillé. Il dit parfois quelque chose de plus inquiétant : notre système de soins lui demande de faire tenir en quelques minutes ce qui, dans une vie humaine, déborde obstinément des cases et des horloges.

Table des matières

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Vous n’avez pas à rester seul avec ce qui vous arrive.Nous pouvons en parler dans un cadre attentif et confidentiel. Prendre rendez-vous au cabinet psy à Versailles.

« Psychotherapy must remain integral to psychiatry. » John C. Markowitz, psychiatre, The Journal of Clinical Psychiatry, 2026

En septembre 2026, le psychiatre américain John C. Markowitz lance un avertissement : la psychothérapie recule dans la formation, la recherche et la pratique psychiatriques. Ses chiffres ne sont pas directement transposables à la France, mais sa question traverse les frontières : que devient la psychiatrie lorsqu’elle sait de mieux en mieux prescrire et diagnostiquer, mais dispose de moins en moins de temps pour écouter ?

La psychiatrie et la psychothérapie ne soignent pas exactement au même endroit

Les médicaments ne sont pas les ennemis de la parole. La psychothérapie n’est pas davantage une médecine supérieure qui pourrait regarder les traitements de haut. Lorsqu’une personne ne dort presque plus, qu’une dépression sévère l’écrase, qu’un épisode psychotique bouleverse son rapport au réel ou que le risque suicidaire devient préoccupant, une prise en charge médicale peut être indispensable. Elle peut protéger et rendre de nouveau possible une pensée que la souffrance avait submergée.

Il faut parfois diminuer l’incendie avant de pouvoir comprendre comment la maison a pris feu.

Encore faut-il ne pas confondre ces deux gestes. Un traitement peut réduire l’angoisse sans nous apprendre ce qu’elle signale, restaurer le sommeil sans résoudre le conflit qui nous tient éveillés ou atténuer un état dépressif sans décider pour nous de ce qui mérite encore d’être désiré.

Ce n’est pas une faiblesse du médicament : ce n’est simplement pas sa fonction.

« La carte n’est pas le territoire. » Alfred Korzybski

Le diagnostic est une carte. Il permet de reconnaître des dangers et de choisir un traitement. Mais personne ne vit dans une carte : on vit dans une histoire, un corps, une famille et des contradictions. Deux personnes peuvent remplir les mêmes critères sans souffrir de la même manière ni disposer des mêmes ressources.

Derrière le symptôme, il reste quelqu’un

Markowitz défend une idée qui devrait aller de soi : les compétences psychothérapeutiques améliorent aussi la pratique psychiatrique. Écouter la façon dont un patient raconte ce qui lui arrive affine le diagnostic et éclaire ses réticences. Cela aide à distinguer un trouble psychiatrique, un traumatisme, une relation violente, un effondrement professionnel ou une crise existentielle.

Car une personne ne vient pas seulement demander : « Quel trouble ai-je ? » Elle demande aussi, souvent sans pouvoir le dire aussi nettement : « Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi maintenant ? Et comment puis-je reprendre place dans ma propre vie ? »

Ces questions ne sont pas un supplément d’âme. Elles appartiennent au soin.

Le risque d’une psychiatrie privée de pensée psychothérapeutique n’est donc pas uniquement de devenir froide. Il est de devenir moins précise. Une « dépression résistante » peut, bien entendu, être réellement résistante aux traitements prescrits. Mais elle peut aussi se maintenir dans une relation conjugale destructrice, un harcèlement, un deuil compliqué, une honte ancienne ou un psychotraumatisme qui n’a jamais été reconnu. Augmenter ou modifier la prescription peut alors être nécessaire ; croire que cela suffira toujours reviendrait cependant à demander à la chimie de résoudre une histoire.

Quand les soins se séparent, qui tient l’ensemble ?

Il est fréquent qu’un psychiatre assure le suivi médical tandis qu’un autre praticien conduit la psychothérapie.

Cette organisation peut très bien fonctionner. Certaines situations appellent clairement ce travail coordonné : troubles psychotiques, bipolarité, addictions, risque suicidaire ou association entre TSPT et dépression.

La difficulté commence lorsque « travailler à plusieurs » devient « travailler chacun dans son couloir ».

L’un parle de mécanismes biologiques, l’autre de conflits inconscients, un troisième de trauma ; chacun détient un morceau de vérité et la personne concernée doit assurer elle-même la liaison, précisément au moment où elle dispose du moins d’énergie pour le faire. Les professionnels n’ont pas besoin de penser pareil. En revanche, ils doivent pouvoir se parler, reconnaître leurs limites et ne pas transformer le patient en terrain de compétition théorique.

On peut appartenir à des écoles différentes sans demander à la personne qui souffre de porter nos querelles de clocher.

Markowitz privilégie un même psychiatre pour le traitement médical et la psychothérapie. Cela peut présenter des avantages, mais une coopération entre professionnels est également contenante si les rôles sont clairs et le consentement du patient respecté.

Disparaître, vraiment ? Peut-être pas. Se réduire, certainement.

La psychothérapie ne va probablement pas disparaître. La demande reste forte et une vaste synthèse récente montre que certains bénéfices thérapeutiques peuvent persister après la fin des séances.

Ce qui risque de disparaître de la psychiatrie est plus subtil : une certaine culture de l’écoute. La possibilité de supporter un récit qui ne se livre pas immédiatement, d’entendre les silences et les contradictions — tout ce qui ne se laisse pas aisément convertir en score ou en protocole.

Les outils de mesure restent précieux pour suivre une évolution et certains risques. Mais une échelle ne sait pas toujours entendre qu’un patient va « mieux » parce qu’il commence enfin à pouvoir dire non, cesse de protéger celui qui lui a fait du mal ou ne répète plus dans ses relations ce qu’il avait subi autrefois.

La psychanalyse a précisément quelque chose à rappeler ici : le symptôme n’est pas un corps étranger posé sur le sujet. Il a une histoire, parfois une fonction, souvent une adresse. Le faire taire peut être une délivrance ; chercher ce qu’il faisait là peut éviter que toute la personne soit réduite au silence avec lui.

« C’est une joie d’être caché, et une catastrophe de ne pas être trouvé. » Donald W. Winnicott, Jeu et réalité

Nous cachons certaines parts de nous-mêmes parce qu’elles nous font honte ou nous effraient. Et pourtant, ne jamais être rejoint là où nous nous cachons peut devenir une solitude terrible. La rencontre thérapeutique n’arrache pas les masques : elle permet peu à peu à l’indicible de devenir partageable.

Et vous, de quel soin avez-vous besoin ?

Vous n’avez pas à choisir un camp. Consulter un psychiatre ne signifie pas que vous êtes « fou », pas plus qu’entreprendre une psychothérapie ne rend vos symptômes imaginaires. Le psychiatre peut poser un diagnostic médical, évaluer l’urgence et prescrire. Le psychanalyste ou le praticien en psychothérapie ouvre un espace consacré à ce que vous vivez et à ce qui se répète. Cette mise au point peut vous aider à vous repérer.

Un suivi médical peut devenir nécessaire si votre sommeil s’effondre, si vos perceptions se modifient, si votre humeur devient anormalement exaltée ou si sombre que vous craignez de passer à l’acte, ou si vous n’assurez plus les gestes essentiels de la vie quotidienne. Une psychothérapie peut être indiquée lorsque l’apaisement des symptômes ne suffit pas, que la même souffrance revient sous d’autres formes ou que vous avez besoin de donner sens à ce qui vous arrive. Et vous pouvez parfaitement avoir besoin des deux.

Le critère décisif n’est pas de savoir quelle discipline remportera le match, mais de vérifier que vous êtes accueilli comme une personne : votre parole compte, les traitements vous sont expliqués et le professionnel connaît ses limites.

Préserver la psychothérapie, c’est aussi prendre soin de ceux qui soignent

Une culture psychothérapeutique ne se transmet pas uniquement dans les livres. Elle se forme au contact des patients, dans l’étude clinique, le travail personnel et la supervision. Celle-ci aide à penser ce que la relation dépose chez le soignant, afin de ne pas répondre trop vite, se protéger derrière la technique ou confondre son propre ressenti avec une vérité sur le patient.

Markowitz a raison sur un point essentiel : lorsqu’une profession cesse de transmettre un savoir, celui-ci ne demeure pas gentiment en sommeil dans un tiroir. Il s’appauvrit, puis se perd. Si la psychiatrie renonce à former sérieusement à la psychothérapie, elle ne perdra pas seulement une méthode parmi d’autres. Elle risque de perdre une certaine façon de rencontrer la souffrance humaine.

Soigner, ce n’est pas choisir entre la molécule et la parole

La vraie question n’est peut-être donc pas : « La psychothérapie va-t-elle disparaître de la psychiatrie ? » Elle serait plutôt : quelle psychiatrie voulons-nous lorsque la souffrance ne tient pas dans le temps imparti ?

Une psychiatrie humaine ne renonce ni aux médicaments, ni aux neurosciences, ni aux protocoles. Elle refuse simplement d’en faire des réponses totales. Elle sait qu’un cerveau appartient à quelqu’un et qu’un traitement, même efficace, ne dispense pas de rencontrer celui ou celle qui le prend. La psychothérapie, de son côté, a aussi ses limites. Mais elle garde une fonction irremplaçable : offrir du temps là où tout presse et permettre à une personne de ne plus être seulement l’objet des soins qu’elle reçoit, mais le sujet de ce qui peut encore lui arriver.

La psychiatrie peut sans doute survivre sans psychothérapie. Administrativement, techniquement, peut-être même efficacement sur certains symptômes. Reste une question moins confortable : lorsqu’elle n’a plus le temps d’écouter, est-ce encore toute la personne qu’elle soigne ?

Source principale

Markowitz J. C. (2026). Psychotherapy Must Remain an Integral Part of Psychiatry. The Journal of Clinical Psychiatry, 87(4), 26com16688. Publication en ligne le 28 septembre 2026. DOI : 10.4088/JCP.26com16688.

Cet article propose une réflexion psychothérapeutique et psychanalytique. Je ne suis ni médecin ni psychiatre et ne prescris aucun traitement. Toute modification d’un traitement médicamenteux doit être discutée avec le professionnel qui le prescrit. En cas d’urgence ou de risque suicidaire imminent, appelez le 15 ou le 112 ; le 3114 est également accessible gratuitement, 24 heures sur 24, en France.

Questions fréquentes sur la psychiatrie et la psychothérapie

Quelle est la différence entre un psychiatre et un psychothérapeute ?

Le psychiatre et le psychothérapeute peuvent vous aider de manière différente et complémentaire.

Le psychiatre est un médecin spécialisé dans les troubles psychiatriques : il peut établir un diagnostic médical, prescrire un traitement et évaluer une situation aiguë. Le psychothérapeute accompagne davantage l’élaboration de la souffrance psychique, des émotions, des relations et de ce qui se répète parfois à notre insu. Selon votre situation, vous pouvez consulter l’un, l’autre ou les deux. L’essentiel est de trouver des praticiens capables de dialoguer et de vous considérer comme une personne, pas seulement comme un diagnostic.

Les médicaments peuvent-ils remplacer une psychothérapie ?

Un médicament peut vous soulager sans nécessairement répondre à tout ce qui vous fait souffrir.

Les antidépresseurs, anxiolytiques ou autres traitements peuvent être précieux face à certains troubles anxieux, épisodes dépressifs ou troubles mentaux sévères. Ils peuvent diminuer l’intensité des symptômes et rendre la vie quotidienne plus supportable. Une prise en charge psychothérapeutique permet cependant d’explorer votre histoire, vos relations, un éventuel vécu traumatique ou certains conflits psychiques. Il ne s’agit pas d’opposer médicament et parole : pour de nombreuses personnes, leur association constitue justement le soutien le plus ajusté.

Puis-je suivre une psychothérapie tout en consultant un psychiatre ?

Oui, et cette double prise en charge peut être particulièrement soutenante.

Le psychiatre veille aux dimensions médicales, diagnostiques et médicamenteuses, tandis que le thérapeute accompagne votre expérience émotionnelle et relationnelle. Une TCC, une approche psychanalytique, comportementale ou systémique peut ainsi compléter le suivi psychiatrique. Avec votre accord, les deux praticiens peuvent communiquer lorsque cela est utile. Vous ne devriez toutefois pas avoir à devenir leur intermédiaire permanent. Leur coopération doit vous apporter davantage de continuité et de sécurité, sans vous enfermer entre deux discours incompatibles sur votre santé mentale.

Une psychothérapie est-elle possible en cas de psychose ou de schizophrénie ?

Une psychose n’interdit pas toute psychothérapie, mais elle demande un cadre particulièrement prudent.

Les personnes atteintes de schizophrénie, de troubles bipolaires ou connaissant des hallucinations peuvent bénéficier d’un accompagnement psychologique adapté, généralement associé à un suivi psychiatrique. Le travail ne consiste pas nécessairement à contester frontalement ce que vous percevez, mais à diminuer la détresse, soutenir vos repères et comprendre ce qui fragilise votre équilibre psychique. Le rythme, la stabilité actuelle et la relation de confiance comptent beaucoup. En période aiguë, la priorité reste toutefois la sécurité et l’évaluation par un psychiatre.

Comment savoir si j’ai besoin d’un psychiatre, d’un psychologue ou d’un thérapeute ?

Vous n’avez pas besoin de connaître vous-même le nom exact de votre difficulté pour demander de l’aide.

Un psychiatre est indiqué lorsque les symptômes deviennent très envahissants : idées suicidaires, agitation inhabituelle, hallucinations, perte de contact avec la réalité, troubles du comportement ou incapacité à assurer le quotidien. Un psychologue et psychothérapeute, un psychanalyste ou un autre thérapeute formé peut vous aider lorsque vous traversez un mal-être, des difficultés relationnelles ou des répétitions douloureuses. Si vous hésitez, une première consultation peut simplement servir à comprendre votre situation et à vous orienter sans dramatiser ni banaliser.

Votre souffrance mérite d’être entendue avec attention.Nous pouvons prendre le temps d’en comprendre le sens.Je vous reçois sur rendez-vous à Versailles.

Par Frédérique Korzine,
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