Particularité de la psychanalyse par rapport aux autres psychothérapies
10/7/2024

Quelle est la particularité de la psychanalyse par rapport aux autres psychothérapies ?

Vous connaissez peut-être cette scène. Pour la troisième fois, vous vous retrouvez dans une relation où vous donnez tout et demandez très peu. Vous aviez pourtant juré que cette fois, ce serait différent. Vous avez compris le mécanisme, vous savez même le raconter avec une belle lucidité. Et vous voilà, un dimanche soir, à attendre un message qui ne vient pas.« Je sais, mais je recommence. » Voilà une phrase que j’entends souvent au cabinet. Elle dit quelque chose de la psychanalyse : comprendre avec sa tête ne suffit pas toujours à défaire ce qui se répète dans sa vie.Alors, qu’apporte cette approche parmi les autres psychothérapies ? Et, concrètement, que fait-on pendant une séance ?

Table des matières

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La psychanalyse se distingue nettement des autres formes de psychothérapie. Pour mieux comprendre cette différence, examinons trois concepts théoriques clés qui la définissent : l’existence de l’inconscient, le transfert et la sexualité.

En psychanalyse, on part de ce qui vous arrive, même quand cela semble illogique

On peut venir parce qu’on dort mal, parce qu’une rupture vous met à terre, parce qu’une angoisse revient sans prévenir. On peut aussi venir avec une question moins facile à nommer : « J’ai tout pour aller bien. Pourquoi est-ce que je me sens si mal ? »

Un travail analytique commence là où vous en êtes. Nous parlons de vos symptômes, bien sûr, et nous nous intéressons aussi à la façon dont ils prennent place dans votre histoire. Depuis quand cette peur apparaît-elle ? Que se passe-t-il juste avant ? À quoi vous fait-elle penser, même si le rapprochement vous semble saugrenu ?

La psychanalyse appelle inconscient cette part de notre vie psychique qui agit sans se présenter clairement à notre conscience. Cela ne signifie pas que chaque oubli cache un secret spectaculaire. Parfois, on remarque simplement qu’une même situation nous bouleverse davantage qu’on ne l’aurait imaginé. La question devient alors : qu’est-ce que cela touche chez moi ?

Si vous vous demandez surtout à qui vous adresser, j’explique aussi les différences entre psychiatre, psychologue et psychanalyste. Les titres professionnels et les façons de travailler méritent qu’on les distingue clairement.

« Je le sais déjà » : pourquoi est-ce que cela ne change rien ?

Imaginez quelqu’un qui sait parfaitement qu’il n’a pas à mériter l’affection de ses proches. Pourtant, dès que son partenaire se montre distant, il panique, s’excuse pour des choses qu’il n’a pas faites et fait des pieds et des mains pour rétablir le contact. Il ne manque pas d’informations. Quelque chose, dans cette distance, réveille une expérience plus ancienne et une façon de réagir devenue familière.

Dans la séance, on prend le temps d’écouter comment cette histoire se raconte. ‍

Les souvenirs comptent, mais aussi les mots choisis, les silences, les contradictions, les moments où l’on rit alors que ce qu’on raconte fait mal. Il arrive qu’une phrase prononcée presque en passant ouvre une piste plus intéressante qu’une heure d’explications très bien ordonnées.

Freud a proposé d’associer librement : dire ce qui vient, même si cela semble hors sujet ou peu présentable. Ce n’est ni un examen ni une obligation de tout dévoiler. On avance à un rythme qui permet de penser. Une parole qu’on n’avait jamais osé formuler peut changer la façon dont on se comprend.

Il faut toutefois se garder d’une idée séduisante et trop simple : tout symptôme n’est pas un message à déchiffrer. Une douleur, une fatigue intense ou un trouble du sommeil peuvent nécessiter une évaluation médicale. Le travail psychique peut prendre sa place aux côtés d’autres soins, selon la situation.

La relation avec le psychanalyste fait aussi partie du travail

Un jour, vous avez l’impression que votre psychanalyste vous juge, alors qu’il vient seulement de vous demander de préciser un mot. Une autre fois, vous vous surprenez à vouloir être « un bon patient ». Vous pourriez même être agacé qu’il se souvienne d’un détail que, vous, vous auriez préféré oublier.

Ces réactions méritent d’être accueillies et examinées. Elles ne disent pas forcément ce que pense réellement le praticien. Elles peuvent éclairer une attente, une peur ou une manière d’entrer en relation qui se rejoue ailleurs dans votre vie. C’est ce que l’on appelle le transfert.

Le transfert existe dans bien des relations de soin. La psychanalyse lui accorde une attention particulière : ce qui se passe entre nous peut devenir une occasion de comprendre ce qui se répète avec les autres. Cela suppose un cadre clair, une écoute attentive et la possibilité de dire aussi ce qui déplaît dans la séance. Oui, même au psychanalyste. Surtout si c’est lui que cela concerne.

On peut parfois remarquer que des émotions difficiles à mettre en mots se font sentir dans le corps. J’en parle davantage dans cet article sur la somatisation et les émotions refoulées, sans oublier qu’un symptôme physique doit être considéré sur le plan médical lorsque c’est nécessaire.

Freud parlait beaucoup de sexualité. Faut-il s’attendre à parler de cela tout le temps ?

Non.

La place donnée par Freud à la sexualité surprend encore, parce que le mot évoque aujourd’hui surtout les rapports sexuels. Dans sa théorie, il recouvre aussi le désir, les sensations, l’attachement, les interdits, le plaisir et la façon dont on se construit dans le lien aux autres.

Cela ne signifie pas qu’on va ramener chaque difficulté à une scène de l’enfance ou vous imposer une interprétation sexuelle. Si vous venez parler de votre travail, de votre mère, d’une séparation ou de la colère qui vous gagne au volant, nous partons de ce que vous apportez. La vie affective et le désir peuvent apparaître dans ce travail, sans grille de lecture plaquée d’avance.

Quant à l’enfance, elle compte parce que nous y avons appris beaucoup de choses sur la confiance, la peur, la place à prendre ou à laisser. Elle ne condamne personne à rejouer éternellement le même scénario. Et tout ne vient pas d’elle : ce que vous vivez aujourd’hui, votre environnement, vos relations et les événements récents ont aussi leur poids.

Et Lacan dans tout ça ?

Lacan a donné une place majeure au langage.

Il s’intéressait à la façon dont une personne parle de sa vie, aux mots qu’elle répète, à ceux qu’elle emprunte à sa famille, à ceux qui semblent lui coller à la peau.

‍« Chez nous, on ne se plaint pas. » « Je suis trop sensible. » « Je suis toujours celui qui gâche tout. »

Quand une formule nous accompagne depuis des années, elle finit parfois par ressembler à une vérité définitive.

En séance, nous pouvons nous arrêter sur une de ces phrases. Qui vous l’a dite en premier ? Est-ce bien ainsi que vous vous voyez ? Que se passerait-il si elle cessait de décider à votre place ? Voilà des questions très concrètes derrière une théorie qui peut paraître intimidante.

Le stade du miroir, le réel, le symbolique, l’imaginaire : ces notions ont leur intérêt pour qui veut approfondir Lacan. Elles n’ont pas besoin de défiler toutes ensemble dans un premier article destiné à quelqu’un qui se demande s’il va oser prendre rendez-vous. Si le sujet vous intrigue, vous pouvez lire cet article consacré à Lacan et à la psychanalyse.

Certaines pratiques lacaniennes utilisent des séances à durée variable. Ce choix ne définit pas à lui seul la psychanalyse et mérite d’être expliqué par le praticien qui le propose. J’aborde plus précisément la durée variable et la scansion des séances dans un autre article.

En quoi cela diffère-t-il des autres psychothérapies ?

Une thérapie cognitivo-comportementale peut proposer des exercices pour travailler une peur, modifier certains comportements ou apprendre à répondre autrement à des pensées envahissantes. Une approche systémique regarde les interactions au sein d’un couple ou d’une famille. D’autres thérapies s’appuient sur le corps, les émotions ou le vécu traumatique. Selon ce que vous traversez, ces méthodes peuvent être précieuses.

La psychanalyse porte une attention particulière à votre histoire singulière, à votre manière de parler et aux répétitions qui vous échappent. Elle laisse une place importante à ce qui surgit en séance sans avoir été prévu. Ses outils ne prennent pas forcément la forme d’exercices à faire entre deux rendez-vous. Cela ne veut pas dire que les autres approches se désintéressent de votre histoire, ni que la psychanalyse serait la bonne réponse à toutes les difficultés.

Dans ma pratique, je peux articuler une écoute psychanalytique à d’autres approches lorsque la situation le demande. Si une personne est submergée par un traumatisme, par exemple, l’aider à retrouver de la sécurité et évaluer ce dont elle a besoin passent avant l’envie d’interpréter. Le choix d’une méthode se discute avec la personne concernée ; il ne se décrète pas depuis un manuel.

Faut-il s’allonger sur un divan et venir pendant dix ans ?

Le divan existe (il commence à être un peu défoncé, je l'admets, mais on peut aussi travailler en face à face. Ce dispositif peut aider certaines personnes à parler plus librement ; d’autres préfèrent garder le regard de leur interlocuteur. Nous en parlons ensemble.

La durée du travail, elle non plus, ne se fixe pas en regardant une boule de cristal (j'en ai une jolie aussi). Elle dépend de votre demande, de votre situation, de ce qui se passe au fil des séances et de ce que vous souhaitez poursuivre. Vous avez le droit de demander comment travaille le praticien, à quelle fréquence il propose de vous voir et comment vous ferez le point.

La psychanalyse ne promet ni révélation spectaculaire à chaque rendez-vous ni transformation automatique. Il y a des séances où l’on avance à peine, d’autres où une petite phrase continue de travailler plusieurs jours. Puis, un jour, vous vous rendez compte que vous avez répondu autrement à quelqu’un. Ce n’est peut-être pas spectaculaire vu de l’extérieur. Pour vous, c’est parfois immense.

Alors, est-ce que la psychanalyse pourrait vous convenir ?

Peut-être si vous avez envie de comprendre pourquoi certaines situations vous atteignent autant, si vous retrouvez les mêmes impasses malgré vos efforts, ou si vous cherchez un espace où parler sans devoir présenter une version impeccable de vous-même.

Vous pouvez aussi souhaiter des outils très concrets, une aide médicale ou une autre forme de psychothérapie. Ce souhait mérite d’être entendu. Le premier rendez-vous sert justement à dire ce qui vous arrive et à voir quel travail pourrait vous être utile.

Et si vous commencez par « Je ne sais pas trop pourquoi je suis là », rassurez-vous : c’est déjà une façon tout à fait valable de commencer.

La psychanalyse, avec ses exigences et ses méthodes uniques, reste une approche puissante pour ceux qui cherchent à aller au-delà des symptômes pour découvrir les causes profondes de leurs troubles et se réconcilier avec leur propre histoire intérieure.

Par Frédérique Korzine,
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