Les bénéfices d’une psychothérapie durent-ils après son arrêt ?
30/9/2026

Quand la thérapie est terminée, qu’est-ce qui continue à travailler en nous ?

Il y a une question que l’on pose rarement au début d’une psychothérapie. Elle arrive beaucoup plus tard, lorsque l’on commence justement à aller mieux : qu’est-ce qui se passera quand je n’aurai plus besoin de venir ? La question est moins anodine qu’elle en a l’air. Car si l’amélioration dépend entièrement de la présence du psychothérapeute, de la séance du mardi, de cette heure pendant laquelle quelqu’un nous aide à penser ce qui nous arrive, que devient-elle lorsque cette présence disparaît ?

Table des matières

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Parfois, revenir en thérapie ne signifie pas recommencer de zéro, mais reprendre le travail là où la vie vient de nouveau nous bousculer. Vous pouvez alors prendre rendez-vous à Versailles.

Une immense méta-analyse publiée en 2026 apporte aujourd’hui un élément de réponse assez encourageant. En réunissant 191 études et près de 34 000 adultes souffrant de dépression, les chercheurs constatent que les bénéfices obtenus après une psychothérapie diminuent un peu avec le temps, puis semblent, pour une part, se maintenir. Autrement dit, la thérapie s’arrête, mais son effet ne s’arrête pas nécessairement avec elle.

Et c’est précisément là que les choses deviennent intéressantes.

Qu’est-ce qui continue lorsque le psychothérapeute n’est plus là ?

Les statistiques peuvent constater qu’une personne présente moins de symptômes dépressifs plusieurs mois après sa psychothérapie.

Elles ne peut pas toujours nous raconter ce qui s’est passé en elle. Or, pour la personne concernée, c’est probablement là que se trouve la question essentielle.

Peut-être a-t-elle appris à reconnaître plus tôt qu’elle va mal. Peut-être ne vit-elle plus une séparation comme la preuve qu’elle ne vaut rien. Peut-être comprend-elle enfin pourquoi l’indifférence de quelqu’un la précipite dans une détresse disproportionnée, ou pourquoi la peur de l’abandon prend parfois tant de place. Peut-être reconnaît-elle maintenant cette vieille petite mécanique intérieure qui lui souffle, à la moindre difficulté : « Tu vois bien, tu rates toujours tout. »

Et surtout, elle n’est plus forcément obligée de croire tout ce qu’elle pense.

Voilà une drôle de chose que les questionnaires mesurent assez mal. Une thérapie individuelle cherche bien sûr à soulager la souffrance et les symptômes, mais ce soulagement peut s’accompagner de changements plus discrets : dans notre manière de comprendre ce qui nous arrive, de reconnaître certaines situations, de réagir lorsque nous vacillons.

Aller mieux et avoir changé, est-ce vraiment la même chose ?

Nous avons pris l’habitude, dans la recherche en psychothérapie, de mesurer les symptômes. Lorsqu’une personne souffre de dépression, savoir si elle dort mieux, retrouve de l’énergie, du plaisir, de l’intérêt pour les autres ou une capacité à agir compte évidemment.

Mais que devient cette amélioration lorsque la vie recommence à cogner ?

Parce qu’elle recommence. Un deuil survient, une relation se brise, le travail vacille, une maladie apparaît, un enfant quitte la maison. Un traumatisme ancien peut se réveiller précisément au moment où nous pensions l’avoir définitivement rangé au grenier.

Et nous voilà de nouveau mal, avec parfois cette pensée terrible : « Tout ce travail n’a servi à rien. »

Mais est-ce vraiment vrai ?

Rechuter n’est pas nécessairement revenir à la case départ

Imaginons une personne qui a déjà connu plusieurs épisodes dépressifs.

Quelques années après sa thérapie, elle traverse une séparation et sent revenir ce qu’elle connaît trop bien : l’envie de disparaître sous la couette, le désespoir, le retrait, cette conviction que plus rien n’a de sens. Elle pourrait légitimement penser que tout recommence.

Pourtant, peut-être a-t-elle reconnu ce qui lui arrivait au bout de trois jours au lieu de trois mois.

Peut-être n’a-t-elle pas coupé tous les liens autour d’elle. Peut-être a-t-elle demandé de l’aide avant de toucher le fond. Peut-être sait-elle désormais que cette conviction que « rien ne changera jamais » fait précisément partie de ce qui lui arrive lorsqu’elle déprime.

Elle souffre de nouveau, certes, mais elle ne souffre peut-être plus exactement de la même manière. Et surtout, elle n’est peut-être plus aussi seule ni aussi démunie devant sa propre souffrance. C’est une différence considérable.

La vie, cette mal élevée, ne signe aucun contrat de non-agression à la fin d’une psychothérapie. La question n’est donc peut-être pas seulement : « Est-ce que je souffre encore ? », mais plutôt : « Qu’est-ce que je fais aujourd’hui de ce qui me fait souffrir ? »

« Je croyais pourtant avoir réglé ça. »

Cette phrase, on l’entend souvent. Elle dit quelque chose de notre représentation de la guérison : nous aimerions que les problèmes psychiques puissent être réglés comme on règle une facture. Payée, classée, affaire suivante. Malheureusement, nous sommes un peu moins bien rangés que cela.

Une situation nouvelle peut réactiver quelque chose d’ancien. Une angoisse que l’on pensait disparue peut revenir. Une période de vulnérabilité peut rendre à nouveau douloureux ce qui ne l’était plus depuis longtemps. Cela ne signifie pas nécessairement que l’on repart de zéro.

Lorsque la thérapie semble ne pas avancer, nous regardons spontanément ce qui ne va toujours pas, beaucoup moins ce qui ne se passe déjà plus comme avant. Or le changement psychique n’arrive pas toujours avec tambours et trompettes. Il peut se trouver dans une dispute qui ne finit plus en catastrophe, dans le fait d’avoir osé dire non et de commencer à s’affirmer, dans cette soirée où l’on a appelé quelqu’un plutôt que de disparaître, dans la capacité à reconnaître « là, je ne vais pas bien » avant que tout s’effondre.

Parfois, c’est seulement en retrouvant une difficulté ancienne que l’on découvre que l’on n’est plus tout à fait la personne que l’on était la première fois.

Certaines choses continuent-elles à se travailler après la psychothérapie ?

Il existe une expérience assez étrange que connaissent beaucoup de personnes ayant fait un travail thérapeutique.

Des mois après la fin des séances, une phrase entendue autrefois revient. Sur le moment, elle n’avait pas fait grand-chose. Et puis, dans une situation nouvelle, elle prend soudain sens.

On peut aussi se surprendre à reconnaître quelque chose que l’on n’aurait même pas aperçu auparavant : « Tiens, je suis encore en train d’essayer de convaincre quelqu’un de m’aimer. » Ou : « Je suis en train de dire oui alors que tout en moi dit non. » Ou encore : « Je connais ce moment, c’est celui où je commence à m’isoler parce que je vais mal. »

C’est peut-être aussi cela qu’une thérapie laisse derrière elle. Pas nécessairement des réponses toutes faites, plutôt une capacité nouvelle à reconnaître certaines questions. Ce qui était autrefois vécu comme une évidence devient observable. La peur de l’abandon n’est plus forcément la preuve que l’autre va partir. La conviction d’être incapable n’est plus nécessairement un verdict. L’envie de s’isoler peut devenir le signal que quelque chose ne va pas. Une estime de soi longtemps malmenée peut aussi commencer à moins dépendre du moindre regard extérieur.

Le problème n’a pas magiquement disparu. Mais entre éprouver quelque chose et être entièrement emporté par ce que l’on éprouve, un espace s’est parfois créé. Et dans cet espace, quelque chose devient possible : attendre, réfléchir, parler, demander de l’aide, faire autrement.

Mais l’étude de 2026 ne prouve pas tout cela

C’est important de le préciser. L’étude dirigée par Pim Cuijpers ne nous dit pas ce qui s’est transformé intérieurement chez les personnes suivies. Elle ne mesure pas leur connaissance d’elles-mêmes, leur manière d’affronter une séparation ou ce qu’elles font désormais lorsqu’elles sentent qu’elles commencent à aller mal.

Elle constate quelque chose de plus précis : l’amélioration de la dépression associée à une psychothérapie ne disparaît pas nécessairement lorsque le traitement s’arrête.

Les chercheurs ont rassemblé 191 essais randomisés portant sur 33 691 adultes souffrant de dépression. Les psychothérapies étudiées étaient variées, même si un peu plus de la moitié des comparaisons concernaient des thérapies cognitivo-comportementales. On trouvait également des thérapies interpersonnelles, de l’activation comportementale, des thérapies de troisième vague, de la résolution de problèmes et d’autres approches. Les traitements étaient plutôt courts, avec en moyenne une dizaine de séances.

Dans les premiers mois, les personnes ayant bénéficié d’une psychothérapie vont globalement mieux que celles des groupes de comparaison. Cet avantage diminue progressivement au cours de la première année, puis semble se stabiliser. Certaines analyses retrouvent encore une différence plusieurs années plus tard.

Il faut néanmoins garder la tête froide : plus on avance dans le temps, moins les chercheurs disposent d’études permettant de suivre les personnes. Les résultats à cinq ou huit ans sont donc beaucoup plus fragiles que ceux observés pendant la première année. Cette étude ne dit absolument pas : « Faites dix séances de psychothérapie et vous serez tranquille pendant huit ans. » Ce serait formidable. Et faux.

Elle dit quelque chose de plus modeste et de beaucoup plus sérieux : une partie des bénéfices associés à une psychothérapie peut persister bien après la fin des séances.

Alors, qu’est-ce qui permet au mieux de durer ?

Voilà précisément ce que cette étude ne peut pas entièrement nous dire, et peut-être faut-il accepter cette limite.

La recherche peut mesurer qu’un bénéfice persiste, comparer des milliers de personnes et nous aider à distinguer une impression clinique d’un effet que l’on retrouve réellement dans les études. Mais derrière les moyennes, il y a toujours des personnes.

Certaines auront appris à repérer les signes annonciateurs d’une dépression. D’autres auront modifié certaines habitudes. Certaines auront trouvé davantage de soutien autour d’elles. D’autres auront changé leur manière de comprendre leur propre souffrance. Et certaines rechuteront, car persistance d’un bénéfice ne signifie pas absence de vulnérabilité.

C’est peut-être même l’un des enseignements les plus intéressants de cette recherche : nous pouvons cesser d’opposer deux possibilités trop simples, « la thérapie a marché » ou « la thérapie a échoué ». Entre les deux, il y a toute une vie.

Une psychothérapie n’a peut-être pas vocation à nous rendre invulnérables

Il y a parfois, derrière la demande de guérison, un rêve parfaitement humain : ne plus jamais ressentir cela. Ne plus jamais être aussi triste, ne plus jamais paniquer, ne plus jamais s’effondrer, ne plus jamais avoir besoin de quelqu’un.

Je comprends ce désir. Mais la santé psychique consiste-t-elle réellement à devenir imperméable à ce qui nous arrive ?

Peut-être pouvons-nous poser la question autrement : pouvoir être quitté sans être anéanti, échouer sans conclure que nous sommes un échec, traverser une mauvaise période sans penser immédiatement qu’elle durera toujours, reconnaître que nous commençons à aller mal et demander de l’aide avant d’être au bout du rouleau. Et parfois reprendre une psychothérapie, parce que certaines périodes de la vie demandent à nouveau de ne pas rester seul avec ce qui nous arrive.

Alors, qu’est-ce qui reste d’une psychothérapie lorsqu’elle est terminée ? L’étude de Cuijpers nous permet de répondre avec une certaine confiance : une partie de l’amélioration peut durer bien au-delà des séances.

Pour le reste, une question beaucoup plus personnelle peut peut-être nous aider à mesurer le chemin parcouru :

‍si la même épreuve m’arrivait aujourd’hui, serais-je obligé d’y répondre exactement comme autrefois ?

Si la réponse est non, même un peu, alors quelque chose a probablement changé. Pas au point que plus rien ne puisse nous atteindre, mais suffisamment, peut-être, pour que ce qui nous arrive ne nous fasse plus toujours la même chose.

Une période de vulnérabilité peut aussi être le moment de revenir parler de ce qui se rejoue. Vous pouvez prendre rendez-vous au cabinet psy à Versailles.

Questions fréquentes sur les effets d’une psychothérapie dans le temps

Les effets d’une psychothérapie peuvent-ils vraiment durer après son arrêt ?

Oui, une partie du mieux-être obtenu pendant une psychothérapie peut persister après la fin des séances.

Cela ne signifie pas que vous ne traverserez plus jamais de période difficile. Une séparation, un deuil, un épuisement ou un événement traumatique peuvent à nouveau fragiliser votre santé mentale. Mais quelque chose peut avoir changé dans votre manière de reconnaître votre mal-être, de comprendre vos réactions ou de demander de l’aide. La thérapie ne nous rend pas invulnérables : elle peut nous permettre de ne plus être aussi démunis lorsque la vie recommence à secouer.

Comment savoir si ma thérapie a vraiment fonctionné ?

Le changement psychologique ne se mesure pas seulement à la disparition des symptômes.

Bien sûr, dormir de nouveau, ressentir moins d’angoisse ou sortir d’un état dépressif compte énormément. Mais regardez aussi ce qui se passe autrement dans votre vie : posez-vous davantage vos limites ? Repérez-vous plus vite ce qui vous fait du mal ? Une situation affective autrefois catastrophique est-elle devenue supportable ? Comprenez-vous mieux certaines réactions émotionnelles ? Une thérapie peut avoir fonctionné sans avoir fait disparaître toutes vos fragilités. Parfois, le changement apparaît justement lorsqu’une ancienne difficulté revient.

Est-ce normal d’aller de nouveau mal après avoir terminé une thérapie ?

Oui, et cela ne signifie pas que votre thérapie a échoué.

On peut connaître de nouveau une période anxieuse, une insomnie, une dépression ou un profond mal-être après plusieurs mois ou plusieurs années de mieux-être. Nous restons sensibles aux événements de notre vie, et certaines expériences peuvent réveiller d’anciennes blessures. La vraie question est alors de regarder comment vous traversez aujourd’hui cette difficulté. Si vous la reconnaissez plus tôt, si vous vous isolez moins ou demandez de l’aide plus rapidement, vous n’êtes peut-être pas revenu exactement au même endroit.

Reprendre une thérapie signifie-t-il que la première n’a servi à rien ?

Absolument pas : avoir de nouveau besoin d’un thérapeute n’efface pas le chemin déjà parcouru.

Nous changeons, mais notre vie change elle aussi. Un deuil, une rupture, une difficulté affective, une addiction, un traumatisme ou un épuisement peuvent faire surgir des questions nouvelles. Il arrive également qu’un travail ancien prenne un autre sens plusieurs années plus tard. Reprendre une thérapie n’est donc pas nécessairement « tout recommencer ». Cela peut être poursuivre à partir de ce que vous avez déjà compris, avec les ressources acquises et la personne que vous êtes devenue entre-temps.

Comment savoir si je peux arrêter ma psychothérapie ?

La fin d’une thérapie ne correspond pas forcément au moment où plus rien ne vous fait souffrir.

Vous pouvez commencer à y penser lorsque votre mal-être s’est suffisamment apaisé, que vous comprenez mieux ce qui vous arrive et que vous vous sentez davantage capable de traverser seul certaines difficultés. Parlez-en avec votre thérapeute plutôt que de chercher un critère parfait. Une fin de thérapie peut elle-même être intéressante à travailler : ce que signifie se séparer, devenir plus autonome, éprouver éventuellement de la culpabilité ou craindre de perdre les bénéfices du travail accompli.

Pourquoi certaines angoisses reviennent-elles alors que je pensais en être débarrassé ?

Le retour d’une angoisse ne signifie pas nécessairement un retour à la case départ.

Les troubles anxieux sont sensibles au stress, aux bouleversements affectifs, à l’épuisement et parfois à des situations qui réactivent une expérience ancienne. Notre fonctionnement psychologique n’est pas un fichier que l’on efface définitivement. En revanche, ce qui revient peut ne plus avoir le même pouvoir sur nous. Vous pouvez reconnaître plus rapidement ce qui se passe, comprendre ce qui déclenche votre réaction anxieuse et ne plus interpréter automatiquement cette émotion comme la preuve qu’une catastrophe est imminente.

Psychothérapie ou antidépresseurs : les bénéfices sont-ils les mêmes à long terme ?

Psychothérapie et traitement médicamenteux n’agissent pas de la même manière et leur indication dépend de chaque situation.

Pour certaines personnes souffrant de dépression ou d’autres troubles psychiques, des antidépresseurs peuvent être indiqués seuls ou associés à une psychothérapie ; cette décision relève d’un médecin ou d’un psychiatre. La psychothérapie travaille, selon l’approche utilisée, sur les pensées, les émotions, les comportements, les relations ou certains mécanismes moins conscients. Il ne s’agit donc pas d’opposer traitement psychologique et traitement médicamenteux. Dans certaines situations psychiatriques, leur association peut au contraire être particulièrement importante.

Est-ce que je dois attendre d’aller vraiment mal pour reprendre rendez-vous ?

Non, vous n’avez pas besoin d’attendre que votre souffrance devienne insupportable pour demander de l’aide.

On consulte parfois lorsqu’on commence simplement à reconnaître une ancienne pente : l’isolement qui revient, une anxiété inhabituelle, une insomnie persistante, une irritabilité, une fatigue émotionnelle ou cette sensation familière de ne plus parvenir à faire face. Revenir voir un praticien à ce moment-là peut permettre de comprendre ce qui se joue avant que le mal-être ne prenne toute la place. Demander de l’aide plus tôt peut d’ailleurs être, en soi, l’un des changements laissés par le premier travail thérapeutique.

Source scientifique

Cuijpers P., Miguel C., Kaya Aglio E., van Straten A., Karyotaki E. & Harrer M. (2026). Long-term effects of psychotherapies for depression: an advanced meta-analysis. World Psychiatry, 25(2), 287-294. DOI : 10.1002/wps.70065.

Par Frédérique Korzine,
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psychanalyste à Versailles
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