
Il arrive que, sans qu’aucune rupture ait été prononcée ni qu’aucun événement puisse être tenu pour responsable, on ne se sente plus vraiment aimé. Certes, la vie commune se poursuit et l’attachement demeure ; pourtant, à mesure que les échanges se réduisent à ce qu’il faut prévoir, acheter ou organiser, disparaît peu à peu cette attention particulière grâce à laquelle chacun se sentait autrefois singulier aux yeux de l’autre. Ce qui fait alors souffrir n’est pas toujours l’absence d’amour, mais la difficulté croissante à en reconnaître encore l’adresse.
Par Frédérique Korzine, psychanalyste et thérapeute de couple à Versailles
Cette phrase, parce qu’elle semble contenir sa propre contradiction, est souvent prononcée avec embarras. Comment reprocher à l’autre de ne plus nous aimer lorsque sa présence, sa fidélité et tout ce qu’il accomplit au quotidien semblent prouver le contraire ?
Votre partenaire est là. Les responsabilités sont, tant bien que mal, assumées. Les projets n’ont pas nécessairement disparu et, lorsque survient une difficulté, vous savez peut-être encore pouvoir compter sur la personne qui partage votre vie. Rien ne s’est donc véritablement effondré ; néanmoins, une solitude s’est installée, d’autant plus douloureuse qu’elle se vit auprès de celui ou celle dont on attendait précisément qu’il nous en protège.
Ce qui manque n’est pas toujours spectaculaire. Il s’agit plutôt d’une succession de presque rien : une question posée sans que la réponse soit véritablement attendue, un récit interrompu, une fatigue qui passe inaperçue, un regard qui ne se lève plus. Aucun de ces moments, pris séparément, ne semble assez important pour justifier une crise ; ajoutés les uns aux autres, ils finissent pourtant par produire l’impression que l’on existe encore dans la vie de son partenaire, mais plus tout à fait dans son monde intérieur.
On continue alors à partager un quotidien, tandis que ce qui faisait de ce quotidien une rencontre s’amenuise. Le lien demeure, certes, mais on ne sait plus très bien quelle place on y occupe.
On peut être aimé et souffrir néanmoins de ne plus se sentir présent dans le désir de l’autre.
Or, au sein d’un couple, ce qui est donné et ce qui est reçu ne coïncident jamais parfaitement. Nous aimons avec notre histoire, nos habitudes et notre propre manière de reconnaître l’affection. Pour certains, aimer revient à être fiable, à résoudre les problèmes ou à assurer matériellement la sécurité du foyer. Pour d’autres, l’amour se laisse davantage percevoir dans une parole, un geste, une disponibilité ou une curiosité sincère à l’égard de ce qu’ils ressentent.
Ainsi, tandis que l’un pense : « Tout ce que je fais devrait lui prouver mon amour », l’autre se demande, non sans culpabilité : « Pourquoi, malgré tout ce qui m’est donné, ne me sens-je plus aimé ? »
Aucun des deux ne ment. Seulement, l’amour exprimé ne parvient plus à l’endroit où l’autre l’attend. Il arrive même qu’à force d’être traduit dans une langue devenue étrangère au partenaire, il perde progressivement sa signification.
La fidélité, par exemple, peut rassurer sans réchauffer. La présence peut devenir si habituelle qu’elle n’est plus vécue comme un choix. Quant aux services rendus, aussi nombreux soient-ils, ils ne répondent pas toujours à celui qui souffre de ne plus être écouté, touché ou regardé.
Ce n’est pas nécessairement de l’ingratitude. Ce que l’on reçoit peut avoir une grande valeur sans répondre à l’endroit précis où l’on se sent délaissé.
Nous ne demandons pas uniquement à l’amour de nous accompagner ni même de nous protéger de la solitude. Plus secrètement, nous lui demandons de nous confirmer que notre présence n’est pas interchangeable et que nous occupons, pour quelqu’un, une place qui ne saurait être exactement la même si nous n’étions plus là.
Au commencement d’une relation, cette place paraît souvent évidente. L’autre nous écoute avec une attention dont nous avions parfois oublié qu’elle était possible ; une anecdote, un geste ou une manière de rire prennent soudain de la valeur parce qu’ils ont été remarqués. Nous nous découvrons ainsi dans un regard qui, loin de se contenter de nous observer, nous rend plus sensibles à nous-mêmes.
C’est peut-être l’une des expériences les plus troublantes de l’amour : nous y rencontrons une autre personne, mais nous y rencontrons aussi une part de nous-même que son désir a fait apparaître.
Winnicott, lorsqu’il évoquait la fonction de miroir du visage maternel, montrait déjà combien le sentiment d’exister se construit dans un regard capable de refléter quelque chose de notre expérience. Le partenaire amoureux ne devient évidemment pas un parent de substitution ; pourtant, son regard vient nécessairement rencontrer ceux qui nous ont précédemment construits, soutenus ou blessés.
Ce que nous cherchons en lui n’est donc jamais entièrement neuf. Nous espérons parfois qu’il verra ce qui n’a pas été vu, qu’il accueillera ce qui avait été rejeté et qu’il nous choisira là où nous avons autrefois douté de compter.
L’amour peut, en effet, réparer certaines blessures. Mais il devient presque impossible lorsqu’on lui demande de réécrire à lui seul toute notre histoire.
Les théories de l’attachement ont considérablement enrichi notre compréhension du couple, puisqu’elles ont permis de mettre au jour ce qui, derrière les disputes les plus répétitives, relève du besoin de sécurité et de la crainte de perdre le lien.
Lorsque cette sécurité paraît menacée, certaines personnes recherchent davantage de proximité : elles interrogent, réclament des explications ou demandent à être rassurées. D’autres, parce qu’elles se sentent envahies ou constamment mises en défaut, se retirent derrière le silence. Plus les premières insistent, plus les secondes s’éloignent ; et plus elles s’éloignent, plus l’inquiétude qui les poursuit s’intensifie. Chacun tente ainsi de se protéger, mais le fait d’une manière qui confirme précisément la peur de l’autre.
Derrière ces conduites, si opposées en apparence, se tient bien souvent une même question : « Puis-je encore compter sur toi lorsque j’ai besoin de toi ? »
Cette question est fondamentale. Elle ne saurait pourtant rendre compte de tout ce que nous cherchons dans une relation amoureuse.
Une étude publiée en octobre 2026 dans la revue Family Process vient précisément donner du relief à cette intuition. La chercheuse Júlia Halamová a étudié 545 couples, soit 1 090 personnes, en comparant un modèle principalement fondé sur l’attachement à une conception plus large qui y associe l’attirance et le regard, terme désignant ici l’estime et la considération que l’on perçoit chez son partenaire.
L’attachement explique déjà 47 % de la variation observée dans la satisfaction conjugale. Cependant, lorsque l’attirance et la considération sont prises en compte, cette proportion atteint 70,5 %. Plus intéressant encore, ce n’est pas seulement l’estime que l’on porte soi-même à son partenaire qui importe : c’est celle que l’on sent venir de lui.
Certes, cette recherche ne saurait contenir toute la complexité d’un couple, pas plus qu’elle ne livre une recette destinée à le réparer. Son mérite est ailleurs : elle nous oblige à sortir d’une conception dans laquelle le partenaire serait avant tout une base de sécurité.
Car nous n’attendons pas seulement de l’autre qu’il reste. Nous voulons éprouver que notre présence l’affecte encore, qu’elle suscite en lui un mouvement, une pensée ou une émotion qui ne se produiraient pas tout à fait de la même façon avec n’importe qui.
Autrement dit, l’attachement nous assure que le lien tient ; le regard nous permet de sentir que nous y sommes encore vivant.
Toute vie commune exige, nécessairement, une répartition des tâches, des responsabilités et des rôles.
Au fil des années, chacun devient celui qui pense aux rendez-vous, celle qui rassure, la personne qui règle les difficultés matérielles ou celle qui maintient les liens familiaux. Ces fonctions sont indispensables et témoignent même, bien souvent, d’une véritable sollicitude.
Peu à peu, cependant, le partenaire que l’on avait choisi pour ce qu’il avait d’inattendu se trouve ramené aux fonctions qu’il remplit dans l’économie familiale, si bien que la personne, avec ses mouvements secrets, ses contradictions et ce qu’elle continue pourtant d’ignorer d’elle-même, finit par disparaître derrière l’usage quotidien que l’on fait de sa présence.
On ne voit plus un être qui doute, change, rêve ou se fatigue ; on voit celui qui n’a pas sorti les poubelles, celle qui dépense trop, la personne qui ne parle jamais ou celle qui réclame constamment de l’attention. L’autre n’est plus seulement connu : il est résumé.
Dès lors, le langage conjugal se charge de formules définitives. « Tu es toujours comme ça. » « Avec toi, c’est impossible. » « De toute façon, tu ne changeras jamais. » Or, ces phrases ne décrivent plus un comportement ; elles enferment la personne dans une identité à laquelle chaque événement suivant viendra, immanquablement, donner raison.
Un silence confirme l’indifférence. Un oubli prouve le désintérêt. Une question paraît intrusive. Même une tentative de rapprochement peut devenir suspecte, précisément parce qu’elle ne correspond plus au personnage que l’on a fabriqué.
On ne répond alors plus seulement à ce qui vient de se passer, mais à toutes les fois où l’on ne s’est pas senti entendu, soutenu ou choisi. Une assiette oubliée transporte dix années de sentiment d’injustice ; un téléphone regardé pendant une conversation devient la preuve que l’on n’intéresse plus l’autre depuis longtemps.
Ce n’est donc jamais tout à fait une dispute à propos d’une assiette ou d’un téléphone. Encore faudrait-il, pour que la véritable demande puisse se faire entendre, que la colère consente à desserrer quelque peu l’armure dont elle l’a recouverte.
Car « tu ne penses jamais à moi » signifie parfois, plus douloureusement : « J’ai peur de ne plus compter. »
Avant même que nous sachions dire qui nous étions, nous avons cherché dans le visage de nos proches une réponse à cette question silencieuse : « Que suis-je pour toi ? » Certains regards nous ont permis de nous sentir accueillis. D’autres nous ont donné l’impression d’être décevants, encombrants, fragiles ou jamais suffisamment conformes à ce qui était attendu de nous.
Ces expériences ne disparaissent pas lorsque nous devenons adultes. Elles se déplacent, se transforment et viennent, parfois à notre insu, habiter la relation amoureuse.
Votre partenaire ne sait pas nécessairement qu’une distraction actuelle rencontre une ancienne expérience d’abandon, ni qu’une remarque banale réveille une voix qui vous critiquait autrefois. Vous réagissez à la personne présente, bien sûr, mais aussi à d’autres figures dont elle a momentanément pris la place.
Là réside l’un des ressorts de la répétition : nous rejouons certaines blessures, non parce que nous souhaiterions souffrir encore, mais parce qu’une part de nous espère toujours obtenir une autre fin.
Ainsi demandons-nous parfois à la personne aimée de devenir celle qui, enfin, ne nous abandonnera pas, ne nous humiliera pas ou nous préférera à tous les autres. Mais plus cette mission demeure inconsciente, plus le partenaire risque d’échouer à une épreuve dont il ignore même les règles.
Il lui est alors reproché de ne pas réparer une blessure qu’il n’a pas créée, tandis que ses propres limites prennent la valeur d’une confirmation : décidément, personne ne nous aimera jamais comme nous aurions besoin de l’être.
Puis il arrive qu’une autre personne vous regarde.
Une conversation vous laisse plus léger. Quelqu’un écoute sans vous interrompre, s’intéresse à votre pensée, remarque votre humour ou votre sensibilité. Rien ne s’est nécessairement passé et, pourtant, vous rentrez chez vous avec le sentiment troublant d’avoir retrouvé une part de vous que vous croyiez perdue.
Ce qui attire n’est pas toujours, du moins au commencement, la personne rencontrée. C’est parfois celui ou celle que vous redevenez auprès d’elle.
Vous n’êtes plus uniquement la personne qui organise, rassure, assume ou déçoit. Vous redevenez un être capable de susciter de l’intérêt, de la curiosité et, peut-être, du désir. Lorsqu’on s’est senti invisible pendant longtemps, cette expérience agit comme un réveil, d’autant plus puissant qu’il ne semblait plus attendu.
On parle alors de tentation, de besoin de nouveauté ou de crise du couple. Ces explications peuvent être justes ; elles restent néanmoins incomplètes tant qu’elles n’interrogent pas ce que ce regard extérieur a rendu possible. Cela ne justifie ni le mensonge ni l’infidélité. Cela oblige seulement à dépasser la question, souvent sans issue, de savoir ce que l’autre personne « a de plus ». Il serait parfois autrement fécond de demander : « Qui redeviens-tu dans ce regard, que tu ne parvenais plus à être dans le mien ? » La réponse peut blesser, puisqu’elle révèle ce que le couple ne savait plus accueillir. Mais elle peut aussi ouvrir un passage là où la jalousie, la comparaison et la rivalité ne faisaient qu’approfondir la blessure.
Il a également besoin d’un écart, c’est-à-dire de la possibilité de reconnaître que l’autre ne nous appartient pas et ne se réduit jamais entièrement à ce que nous savons de lui.
Après des années de vie commune, nous connaissons les habitudes, les réactions et les préférences de notre partenaire avec une précision qui peut rendre la vie infiniment plus douce. Cette connaissance permet la sollicitude et la complicité ; toutefois, lorsqu’elle se transforme en certitude, elle finit par étouffer ce qu’elle prétend préserver.
Nous n’écoutons plus la réponse parce que nous pensons déjà la connaître. Nous ne demandons plus ce qui a changé parce que nous continuons à nous adresser à une version ancienne. Puis nous nous étonnons de découvrir que l’autre ne se reconnaissait plus, depuis longtemps, dans le rôle que nous lui faisions jouer.
Le désir de l’autre suppose donc que quelque chose nous échappe. Non qu’il faille entretenir un mystère artificiel ou instaurer une distance calculée, mais parce qu’aimer une personne vivante implique d’accepter qu’elle continue à devenir.
Le désir, par ailleurs, supporte assez mal le mépris. Il devient difficile de s’abandonner auprès de quelqu’un dont le regard juge, rabaisse ou rappelle sans cesse nos insuffisances. Le corps peut alors se fermer, non parce que l’amour a disparu, mais parce qu’il ne trouve plus dans la relation les conditions nécessaires à sa vulnérabilité.
Certaines blessures ont creusé une incertitude si profonde que les preuves d’amour semblent y disparaître aussitôt reçues. Il faut être rassuré de nouveau, puis encore, car le moindre silence, la moindre fatigue ou le moindre mouvement d’autonomie réveille la crainte de ne plus compter. La parole « je t’aime » apaise un instant, mais son effet s’efface. Le regard existe, certes, mais pas avec l’intensité attendue. Le désir est présent, mais pas toujours au moment où l’on a besoin d’en être assuré.
L’autre se trouve alors chargé d’une tâche impossible : garantir sans interruption notre valeur et démentir, jour après jour, tout ce que notre histoire nous a appris à redouter. Or, aucun amour ne peut supprimer définitivement le manque. À demander au partenaire d’y parvenir, on risque de le transformer en fournisseur de preuves, puis de lui reprocher l’inévitable insuffisance de ce qu’il offre.
Il devient dès lors essentiel de distinguer l’attachement de l’amour profond. Être intensément attaché peut aussi signifier que l’on dépend du regard de l’autre pour maintenir une image supportable de soi.
Le travail ne consiste pas à devenir indifférent à ce regard, puisque nous nous construisons et continuons à vivre dans la relation aux autres. Il s’agit plutôt de ne pas faire reposer sur une seule personne l’édifice entier de notre valeur.
Lorsque quelqu’un dit : « Je ne me sens plus aimé », la tentation est grande de proposer immédiatement davantage de communication, des moments à deux ou quelques attentions quotidiennes. Ces gestes peuvent être précieux, pourvu qu’ils ne servent pas à contourner ce qui, plus profondément, demande à être pensé.
Car le reproche ne parle jamais d’une seule voix.
Il dit ce qui manque réellement dans la relation actuelle. Mais il peut aussi porter la trace d’un enfant qui ne s’est pas senti regardé, d’un adolescent qui s’est cru indésirable ou d’une ancienne relation dans laquelle la confiance a été brisée. L’enjeu n’est donc pas de choisir entre le passé et le présent, mais d’entendre la manière dont ils se superposent.
Tout renvoyer à l’enfance reviendrait à nier ce que le partenaire fait réellement subir aujourd’hui. Tout attribuer au couple actuel empêcherait, à l’inverse, de comprendre pourquoi certains événements prennent une intensité qui déborde largement la scène.
Le regard psychanalytique s’intéresse précisément à cet entrelacement. Il interroge ce que nous demandons à l’autre, la place que nous lui faisons occuper et les raisons pour lesquelles nous repoussons parfois la réponse même que nous réclamions.
Il arrive en effet que l’on exige une preuve d’amour tout en disqualifiant chaque geste susceptible de nous l’apporter. Croire à l’amour de l’autre nous rendrait vulnérable à sa perte ; il semble alors plus sûr de douter, de tester ou de provoquer, jusqu’à obtenir la déception que nous craignions.
Ce n’est pas une volonté consciente de détruire le lien. C’est une ancienne protection qui, après nous avoir peut-être aidés, continue de gouverner la relation alors qu’elle ne nous protège plus de rien.
La thérapie de couple à Versailles ne consiste donc pas à enseigner aux partenaires la bonne manière de s’aimer. Elle offre un lieu où peuvent être interrogés ce que chacun dépose dans le regard de l’autre et la façon dont deux personnes vivantes se sont progressivement figées en deux rôles qui ne savent plus que se répondre.
Retrouver un regard vivant suppose parfois d’écouter une phrase sans préparer aussitôt sa défense, de renoncer à expliquer à l’autre ce qu’il ressent et d’accepter que sa version de l’histoire ne coïncide pas avec la nôtre.
Cela exige également de faire le deuil du partenaire idéal : celui qui comprendrait sans que l’on parle, désirerait toujours au moment opportun et réparerait ce que d’autres ont autrefois blessé.
Loin d’appauvrir l’amour, ce deuil peut permettre de rencontrer enfin la personne réelle, avec ses limites, ses contradictions et sa manière nécessairement imparfaite de nous aimer. Ce n’est qu’à partir de là que la question peut véritablement se poser : non plus « Pourquoi n’es-tu pas la personne que j’attendais ? », mais « Que pouvons-nous encore inventer à partir de ceux que nous sommes devenus ? »
Si votre couple traverse une crise, il ne s’agit donc pas forcément de retrouver ce qui existait au commencement. Le couple des débuts appartenait à un autre moment de vos vies. L’enjeu est plutôt de découvrir si les personnes que vous êtes aujourd’hui peuvent encore se reconnaître sans se réduire mutuellement à leurs blessures.
Cette réflexion ne concerne évidemment pas les situations de violence ou d’emprise. Lorsqu’une personne vit dans la peur, la priorité demeure la sécurité. La violence ne doit jamais être interprétée comme une difficulté relationnelle à laquelle les deux partenaires auraient également contribué.
L’étude de Júlia Halamová ne démontre pas comment réparer un couple. Elle rappelle néanmoins, à sa manière, que l’attachement ne suffit pas à rendre une relation vivante.
Nous avons besoin de savoir que l’autre sera présent lorsque la vie deviendra difficile. Mais nous désirons également sentir que notre parole peut encore le toucher, que notre présence n’a pas été entièrement absorbée par l’habitude et que nous ne sommes pas devenus, dans son esprit, une personne définitivement connue.
Aimer ne consiste ni à admirer sans cesse ni à rassurer sans fin. Cela suppose peut-être de préserver en soi un espace dans lequel l’autre peut encore nous surprendre, changer et échapper aux définitions dans lesquelles nous étions tentés de l’enfermer.
On reste parfois parce que l’on est attaché.
On recommence à vivre ensemble lorsque chacun redevient, dans le regard de l’autre, quelqu’un que l’on n’a pas fini de rencontrer.
Halamová, J. (2026). The Great EFT Schism: Testing Johnson’s and Greenberg’s Alternative Models of What Drives Couple Satisfaction. Family Process, 65(4), e70214. Lire l’article scientifique.
Winnicott, D. W. (1971). Playing and Reality. Londres : Tavistock. Édition française : Jeu et réalité. L’espace potentiel. Paris : Gallimard.
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