
Et si, en supervision, vous faisiez vivre à votre superviseur ce que votre patient vous fait vivre ? Certaines émotions et impasses relationnelles peuvent se rejouer d’une séance à l’autre, à votre insu. Ce phénomène, appelé processus parallèle, offre une piste précieuse pour comprendre ce qui se passe dans la relation thérapeutique.
Je suis psy et je prends rendez-vous pour une supervision à Versailles
Une thérapeute vient en supervision parler d’une patiente qui lui demande constamment des conseils. Rien ne semble jamais suffisant. Chaque proposition entraîne une nouvelle question, chaque réponse appelle une nouvelle inquiétude. La thérapeute se sent épuisée, avec cette impression désagréable de ne jamais en faire assez.
Pendant la supervision, elle demande à son tour des conseils précis. Que doit-elle dire ? Comment doit-elle intervenir ? Quelle technique pourrait enfin débloquer la situation ?
Le superviseur propose plusieurs pistes, mais aucune ne semble convenir. Il commence à se sentir impuissant, puis légèrement agacé. Le voilà qui cherche désespérément la bonne réponse.
C’est ce que nous appelons un processus parallèle.
Le thérapeute peut, sans s’en apercevoir, adopter avec son superviseur une position proche de celle de son patient. Le superviseur peut alors éprouver des réactions comparables à celles du thérapeute en séance.
Le mouvement peut aussi se produire dans l’autre sens : une manière d’interagir vécue en supervision peut être reprise ensuite par le thérapeute avec son patient.
Ce phénomène intéresse particulièrement la psychanalyse, car il invite à examiner les mouvements de transfert et de contre-transfert au-delà de la seule relation entre patient et thérapeute.
Les chercheurs ont observé les interactions selon deux dimensions : la dominance, c’est-à-dire la manière de prendre ou de laisser la place dans l’échange, et l’affiliation, qui décrit la tonalité plus ou moins chaleureuse ou distante de la relation.
Ils ont relevé des ressemblances significatives entre les interactions en thérapie et en supervision. Leur analyse suggère également une association entre l’évolution de certains de ces processus et les résultats obtenus par les patients.
Voilà qui donne du poids à une intuition clinique ancienne. Gardons néanmoins la mesure : 17 triades constituent un petit échantillon. Cette étude ne permet ni d’affirmer que toute difficulté en supervision relève d’un processus parallèle, ni de démontrer qu’en repérer un améliore systématiquement la thérapie.
Dès 1955, le psychanalyste Harold Searles s’intéressait à ce que les émotions du superviseur pouvaient révéler du travail clinique.
Il écrivait, dans une formulation que l’on peut traduire ainsi :
« Les émotions éprouvées par un superviseur […] éclairent souvent les processus qui caractérisent la relation entre le thérapeute et le patient. » Harold Searles.
Prenons un thérapeute qui accompagne un patient très inquiet à l’idée d’être abandonné. Le patient sollicite des rendez-vous supplémentaires et supporte difficilement que son thérapeute ne soit pas disponible immédiatement.
En supervision, le thérapeute réclame une réponse urgente : que doit-il faire pour apaiser son patient ? Le superviseur se sent soudain tenu de trouver une solution sur-le-champ.
La même urgence semble circuler entre trois personnes.
Le superviseur pourrait alors demander : « Je remarque que nous cherchons tous les deux à résoudre cette situation immédiatement. Est-ce que cette pression vous rappelle quelque chose de ce que vous vivez avec votre patient ? »
Cette question ouvre une réflexion sur le sentiment de responsabilité, les limites du cadre et la difficulté à supporter l’attente. Elle ne dispense évidemment pas d’évaluer sans délai une éventuelle urgence clinique ou un risque suicidaire.
Un psychothérapeute peut se montrer anxieux parce qu’il débute dans sa pratique. Un superviseur peut être agacé parce qu’il est fatigué. Et certaines situations cliniques sont réellement difficiles.
Il serait donc maladroit de déclarer : « Vous faites exactement comme votre patient ! »
Une telle interprétation risque de placer le thérapeute en position de se justifier, voire de le faire taire. Mieux vaut proposer une hypothèse, puis vérifier ensemble si elle éclaire réellement la situation. Cette prudence est particulièrement importante lorsque le praticien traverse une impasse thérapeutique. Son sentiment d’impuissance mérite d’être accueilli avant d’être interprété.
Un thérapeute présente une famille où chacun cherche à imposer son point de vue. Quelques minutes plus tard, les membres du groupe débattent vivement, se coupent la parole et demandent au superviseur d’arbitrer.
Cette hypothèse peut être explorée à travers les identifications, les alliances et les places prises par chacun. Mais attention à ne pas transformer chaque désaccord entre professionnels en manifestation de l’inconscient familial ! Les divergences théoriques ont aussi leur place en supervision.
Le superviseur n’est pas à l’abri des mouvements relationnels qu’il cherche à comprendre. Il peut vouloir sauver son supervisé, démontrer son expertise ou éviter de le décevoir. Ses propres réactions constituent donc, elles aussi, un matériel à examiner.
Parfois, un psychologue quitte la supervision sans avoir obtenu la réponse précise qu’il était venu chercher. Il a néanmoins compris pourquoi il lui fallait absolument cette réponse, tout de suite. Il peut alors retrouver une autre manière d’être avec son patient. C’est l’un des intérêts du processus parallèle : ce qui se passe pendant la supervision peut aider à penser ce qui se passe pendant la psychothérapie, à condition de rester curieux et de ne pas confondre hypothèse et certitude.
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Par exemple, un praticien qui se sent constamment mis à l’épreuve par son patient peut, sans s’en rendre compte, chercher à son tour à éprouver les réponses de son superviseur. Ce phénomène intéresse notamment la psychologie clinique et l’approche psychanalytique. Il ne signifie pas que le thérapeute commet une erreur : il offre une piste pour mieux comprendre ce qui se joue dans la relation thérapeutique.
Vous vous sentez pressé d’obtenir une réponse, incompris, jugé ou chargé de rassurer votre superviseur ? Ces impressions méritent peut-être d’être explorées. Elles ne prouvent toutefois pas, à elles seules, l’existence d’un processus parallèle. Parlez-en avec votre superviseur, en partant de ce que vous avez concrètement observé. Une supervision suffisamment sécurisante permet d’examiner ces mouvements émotionnels sans transformer chaque réaction en interprétation psychologique.
Le transfert et le contre-transfert permettent notamment d’explorer les attentes, les émotions et les réactions qui traversent une relation thérapeutique. Le processus parallèle attire l’attention sur la façon dont certaines de ces dynamiques peuvent se retrouver dans une autre relation, celle du thérapeute avec son superviseur. Dans une supervision analytique, ces concepts peuvent s’éclairer mutuellement. L’essentiel reste de comprendre ce qui se passe pour vous et votre patient, sans chercher à faire entrer chaque difficulté dans une catégorie théorique.
Les praticiens expérimentés peuvent eux aussi se retrouver pris dans une relation qui les déstabilise. Un patient peut réveiller un sentiment d’impuissance, une peur de décevoir ou un besoin de trouver rapidement une solution. Cela mérite d’être pensé, pas jugé. La supervision offre précisément un espace pour parler de ces moments où votre pratique devient moins confortable. Reconnaître ce qui vous affecte peut vous aider à retrouver une position clinique plus souple et plus attentive.
Un thérapeute travaillant en TCC, en approche systémique, humaniste, en Gestalt ou en psychothérapie intégrative peut également observer des ressemblances entre sa relation avec un patient et celle qu’il entretient avec son superviseur. Les différentes approches n’emploient pas toujours les mêmes concepts pour les comprendre. L’important est de pouvoir examiner ce qui se passe concrètement : qui attend quoi de qui, quelles émotions circulent et comment ces interactions influencent les choix thérapeutiques.
Vous pouvez commencer par décrire une situation précise : une question qui vous a déstabilisé, une remarque que vous avez vécue comme une critique ou un moment où vous n’avez plus osé parler. Il peut s’agir d’un processus parallèle, d’un malentendu ou d’une difficulté propre à la relation de supervision. Vous n’avez pas à accepter une interprétation qui vous met mal à l’aise. Le respect, la possibilité de discuter et la déontologie doivent rester au cœur de cet espace professionnel.
Il peut se sentir obligé de sauver une situation, vouloir convaincre son supervisé ou éprouver une irritation inhabituelle. Ces réactions peuvent apporter des éléments de compréhension, mais elles peuvent aussi tenir à sa propre histoire ou au contexte de la séance. Un superviseur doit donc pouvoir interroger sa place et reconnaître les limites de ses hypothèses. Il ne s’agit pas de détenir la vérité sur le fonctionnement psychique du thérapeute, mais de réfléchir ensemble à ce qui se passe.
Un superviseur pourrait dire : « Je remarque que nous cherchons tous les deux une réponse très vite. Est-ce que cela vous évoque quelque chose de votre relation avec ce patient ? » Cette formulation laisse au praticien la liberté de réfléchir, de nuancer ou de ne pas être d’accord. Elle protège l’alliance de supervision et favorise une exploration clinique respectueuse. Lorsque le thérapeute se sent suffisamment en confiance, il peut examiner ses réactions émotionnelles sans avoir à se défendre.
Imaginons qu’un praticien parle d’une famille où personne ne parvient à se faire entendre. Pendant la discussion, les participants commencent à se couper la parole et cherchent à imposer leur lecture de la situation. Ce rapprochement peut nourrir la réflexion, notamment dans une approche systémique ou psychanalytique groupale. Il faut cependant rester prudent : un désaccord entre cliniciens peut simplement traduire des points de vue différents. Toute réaction du groupe n’est pas nécessairement un processus parallèle.
Vous pouvez y parler d’une séance qui vous a laissé démuni, d’une relation devenue tendue ou d’un sentiment de mal-être persistant après vos consultations. L’exploration d’un éventuel processus parallèle n’est qu’une piste parmi d’autres : il peut aussi être nécessaire de revoir le cadre, les objectifs thérapeutiques ou les besoins du patient. Vous n’avez pas à trouver seul toutes les réponses. Le travail de supervision permet justement de remettre de la réflexion là où l’on se sent parfois coincé.
Tracey, T. J. G., Bludworth, J. et Glidden-Tracey, C. E. (2012). « Are There Parallel Processes in Psychotherapy Supervision? An Empirical Examination ». Psychotherapy, 49(3), 330–343. Lire le résumé de l’étude.
Searles, H. F. (1955). « The Informational Value of the Supervisor’s Emotional Experiences ». Psychiatry, 18(2), 135–146. Consulter la référence.
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