ChatGPT peut remplacer un psy ? Ce que la recherche nous apprend vraiment
29/8/2026

ChatGPT peut-il remplacer un psy ? Ce que la recherche nous apprend vraiment

Bon. Il va falloir que je mette un peu d’eau dans mon vin. Lorsque j’ai commencé à écrire sur ChatGPT et la psychothérapie en 2025, j’étais assez catégorique. Une intelligence artificielle pouvait informer, expliquer, reformuler, éventuellement rassurer. Soigner ? Non. La frontière me paraissait assez nette. Depuis, la recherche a avancé. Et lorsqu’elle vient bousculer ce que l’on pensait savoir, la moindre des choses est encore de l’écouter. Deux grandes méta-analyses publiées en 2026 montrent désormais que certains chatbots utilisés dans le domaine de la santé mentale peuvent produire une amélioration mesurable des symptômes de dépression, d’anxiété et de stress. Pas un miracle. Pas une révolution thérapeutique. Mais pas rien non plus.

Table des matières

Rencontrer un vrai psy à Versailles

Alors reprenons la question sérieusement : si parler à une intelligence artificielle peut réellement soulager certaines personnes, qu’est-ce qui distingue encore cette expérience d’une psychothérapie ?

Et, question peut-être plus dérangeante encore pour nous autres thérapeutes : avons-nous été un peu trop rapides à balayer ce qui se passe entre un humain et une machine lorsqu’il lui confie ce qu’il n’ose parfois dire à personne ?

Oui, parler à une IA peut faire du bien

Commençons par là, parce que nier l’évidence n’a jamais constitué une très bonne méthode scientifique.

Il est deux heures du matin. Vous ne dormez pas. Une dispute tourne en boucle dans votre tête. Vous vous sentez seul, anxieux, peut-être honteux de ce que vous ressentez. Vous n’allez appeler ni votre sœur, ni votre meilleur ami, encore moins votre thérapeute. Alors vous ouvrez ChatGPT et vous écrivez : « Je ne comprends pas pourquoi je réagis comme ça. »

Et quelque chose se passe.

La machine répond. Elle vous aide à mettre des mots sur ce qui était jusque-là une espèce de pelote intérieure. Elle reformule. Elle propose des hypothèses. Elle vous aide parfois à remettre un peu d’ordre dans le chaos. Et il se peut qu’une demi-heure plus tard vous vous sentiez mieux.

Pourquoi faudrait-il mépriser ce soulagement sous prétexte que votre interlocuteur n’a pas de pouls ?

Je parle à ChatGPT moi aussi. Par curiosité, pour travailler, chercher, confronter des idées, parfois simplement parce que c’est pratique. Je sais donc parfaitement à quel point l’échange peut donner cette étrange impression d’une pensée qui se construit à deux.

Et désormais, nous disposons de données qui montrent que cette impression de bénéfice ne relève pas seulement de l’anecdote.

Ce que les études de 2026 changent vraiment

Une méta-analyse publiée en mars 2026 dans npj Digital Medicine a rassemblé 39 essais randomisés étudiant l’effet de chatbots sur la dépression et l’anxiété. Globalement, les personnes utilisant ces outils présentaient une amélioration supérieure à celles des groupes de comparaison.

Une deuxième méta-analyse, publiée quelques semaines plus tard dans la même revue, a analysé 48 essais randomisés regroupant plus de 28 000 participants. Là encore, les chercheurs observent de petites améliorations de la dépression, de l’anxiété et du stress.

Alors, ChatGPT serait-il finalement devenu psychothérapeute pendant que nous avions le dos tourné ?

Pas si vite.

Car il y a un détail de taille. Dans la première étude, 31 essais sur 39 portaient sur des chatbots fonctionnant essentiellement à partir de réponses prédéfinies ou récupérées, et seulement huit sur des intelligences artificielles génératives. Dans la seconde méta-analyse, les véritables modèles génératifs étaient encore plus minoritaires.

Autrement dit, écrire « la science prouve que ChatGPT soigne la dépression » serait une extrapolation assez spectaculaire.

D’autant que 35 des 39 études de la première méta-analyse présentent un risque global de biais élevé, que beaucoup reposent sur des questionnaires remplis par les participants eux-mêmes et que les études diffèrent considérablement les unes des autres. Les auteurs constatent eux-mêmes que, lorsqu’ils isolent les chatbots utilisant l’IA générative, l’effet n’atteint pas la significativité statistique. Cela ne démontre pas qu’ils sont inefficaces ; cela signifie simplement que nous n’avons pas encore suffisamment de bonnes études pour le savoir.

Voilà qui est déjà beaucoup plus intéressant que « l’IA soigne » ou « l’IA ne soigne pas ».

Mais au fond, qu’appelle-t-on « faire du bien » ?

C’est peut-être là que commence véritablement la discussion.

Une promenade fait du bien. Parler à un ami fait du bien. Écrire dans un carnet peut faire du bien. Comprendre enfin ce qu’est une crise d’angoisse lorsqu’on croyait devenir fou peut faire énormément de bien.

Tout ce qui fait du bien n’est pas pour autant une psychothérapie.

Et inversement, une psychothérapie ne fait pas nécessairement du bien à chaque séance.

Il arrive que l’on sorte d’une séance contrarié, bouleversé, parfois même furieux. Quelque chose a été touché que l’on aurait préféré laisser tranquille. Une contradiction apparaît. Une vieille certitude commence à boiter. Nous entendons soudain ce que nous venons nous-mêmes de dire et nous aimerions presque pouvoir le remettre dans notre bouche.

Le critère du soulagement immédiat ne suffit donc pas à définir le travail thérapeutique.

C’est là que la question devient passionnante : que mesure-t-on lorsque les symptômes diminuent après l’utilisation d’un chatbot ?

Peut-être une meilleure compréhension de ce qui nous arrive. Une aide à la régulation émotionnelle. Des exercices issus des TCC. Une possibilité de mettre des mots sur ses pensées. Une présence disponible au moment précis où l’angoisse monte. Tout cela peut avoir une valeur réelle.

Mais cela ne nous dit pas encore ce qui se passe dans une relation thérapeutique.

Ce qui me gêne moins dans l’IA qu’autrefois

Je me méfie aujourd’hui d’un argument que j’utilisais moi-même : « Une IA ne ressent rien, donc elle ne peut pas aider. »

C’est trop simple.

Un livre ne ressent rien non plus et certains livres nous changent. Un journal intime ne nous aime pas et peut pourtant nous permettre de penser. Un exercice respiratoire n’éprouve aucune empathie et peut interrompre une attaque de panique.

L’absence de sentiment de la machine ne suffit donc pas, à elle seule, à invalider ce qu’un humain peut faire avec elle.

Ce qui m’intéresse davantage est ce que la machine produit dans notre rapport à nous-mêmes.

Si elle m’aide à formuler une question, à comprendre un mécanisme psychologique, à préparer ce que je voudrais dire lors d’une séance, à repérer que mon anxiété devient envahissante ou à chercher de l’aide plus tôt, pourquoi faudrait-il s’en priver ?

Je préfère aujourd’hui cette question à une guerre de territoire un peu vaine entre l’humain et la machine.

Mais une psychothérapie n’est pas seulement une conversation intelligente

C’est ici que je continue à tracer une frontière.

En séance, ce qui m’intéresse n’est pas uniquement ce que vous racontez. C’est aussi comment vous me le racontez.

Vous me dites que cette séparation ne vous affecte pas, mais votre voix vient de changer. Vous racontez une enfance « parfaitement heureuse » et, depuis dix minutes, vous n’avez plus prononcé le nom de votre père. Vous riez en racontant quelque chose qui n’a rien de drôle. Vous arrivez systématiquement en retard lorsque nous approchons d’un sujet particulier. Vous m’expliquez que vous ne craignez absolument pas d’être abandonné tout en me demandant, pour la troisième fois, si je serai bien là la semaine prochaine.

Ce n’est pas un jeu de détective. C’est ce qui se produit dans une relation.

Une psychothérapie n’est pas simplement la transmission d’une information correcte à une personne en souffrance. Elle comporte un cadre, une continuité, une histoire commune, des malentendus, parfois de l’agacement, des silences et tout ce que deux êtres humains font surgir lorsqu’ils se rencontrent régulièrement.

Pour certaines approches, cette relation constitue même une partie essentielle du travail. Dans une perspective psychanalytique, ce qui se rejoue dans la relation avec le thérapeute peut devenir une voie d’accès à des manières de s’attacher, de se défendre, d’attendre de l’autre, de craindre l’autre ou de tenter de le contrôler.

Une IA peut produire une réponse extraordinairement pertinente sur le transfert. C’est autre chose que d’être engagée dans une relation où quelque chose du transfert se joue et peut être travaillé.

L’IA a même un défaut assez humain : elle peut être complaisante

C’est probablement l’un des points sur lesquels la recherche récente m’inquiète davantage que l’absence d’émotions de la machine.

Les chercheurs parlent de sycophancy, que l’on pourrait traduire par complaisance ou tendance à aller dans le sens de l’utilisateur. Un modèle conversationnel cherche naturellement à produire une réponse qui paraît pertinente, utile et cohérente avec ce qu’on lui raconte.

La plupart du temps, c’est agréable.

Mais imaginez maintenant que ce que je raconte soit faux.

Ou que je sois persuadé que mon conjoint est pervers narcissique parce qu’il a oublié mon anniversaire. Que ma famille complote contre moi. Que mon voisin m’envoie des messages à travers sa télévision. Que j’ai découvert une vérité que personne d’autre ne peut comprendre.

À cet endroit, une réponse trop accommodante peut devenir problématique.

Une importante revue publiée en 2026 sur les risques des grands modèles de langage en santé mentale relève précisément cette question : certains systèmes peuvent renforcer des croyances erronées, notamment lorsqu’ils privilégient l’accord avec l’utilisateur. Mais les auteurs sont tout aussi prudents sur l’autre versant : nous connaissons encore mal la fréquence réelle de ces dommages et leurs conséquences cliniques.

L’expression « psychose de l’IA » circule désormais beaucoup. Elle est frappante, mais elle peut induire en erreur. Nous n’avons pas démontré que ChatGPT fabriquerait à lui seul une psychose chez une personne qui n’y serait pas vulnérable. Les travaux récents suggèrent plutôt qu’un usage intensif pourrait, dans certaines situations, amplifier ou consolider des idées délirantes déjà émergentes, notamment lorsque le chatbot devient lui-même partie prenante du système de croyances.

Ce n’est pas la même chose. Et lorsqu’on parle de santé mentale, les nuances ont leur importance.

Le danger n’est peut-être pas de parler à ChatGPT, mais de ne plus parler qu’à lui

Voilà le point qui me paraît aujourd’hui beaucoup plus juste que mes anciennes mises en garde.

Une personne qui ouvre ponctuellement ChatGPT parce qu’elle est angoissée n’est pas nécessairement en train de remplacer dangereusement son thérapeute. Elle utilise peut-être simplement un outil disponible.

En revanche, quelque chose mérite notre attention lorsque la machine devient progressivement le seul interlocuteur auquel on accorde sa confiance.

Lorsqu’on ne demande plus l’avis de personne parce que « l’IA me comprend mieux ». Lorsque les échanges durent des heures, empiètent sur le sommeil, remplacent les relations sociales ou viennent systématiquement confirmer une interprétation du monde que plus personne autour de nous ne partage. Lorsque le chatbot cesse d’être un outil pour devenir un ami, un thérapeute, un amoureux, un guide ou une autorité supérieure.

Une étude publiée en 2026 auprès de 1 003 jeunes adultes américains apporte ici un élément intéressant : les personnes présentant davantage d’indicateurs de risque psychotique n’utilisaient pas forcément davantage l’IA en général, mais elles étaient plus nombreuses à en faire un usage intensif, à rechercher auprès d’elle un soutien émotionnel et à lui attribuer des rôles humains comme ceux d’ami, de thérapeute ou de partenaire.

Cela ne prouve évidemment pas que l’IA ait provoqué leurs difficultés. La causalité peut fonctionner dans plusieurs sens : une personne déjà vulnérable peut précisément rechercher davantage ce type de relation.

Mais c’est un signal à prendre au sérieux.

Et si le succès des chatbots nous disait aussi quelque chose sur nous, les psys ?

Ce serait tout de même un peu facile de regarder des millions de personnes parler de leur vie à des machines et de conclure : « Les pauvres, elles se trompent d’interlocuteur. »

Pourquoi le font-elles ?

Parce que la machine est disponible à deux heures du matin. Parce qu’elle ne lève pas les yeux au ciel. Parce qu’on peut lui écrire quelque chose dont on a honte puis fermer la fenêtre. Parce qu’elle ne coûte pas une séance. Parce qu’il n’y a pas trois mois d’attente. Parce qu’il n’est pas nécessaire de raconter son histoire depuis le début chaque fois que l’on veut comprendre quelque chose.

Et peut-être aussi parce que consulter un professionnel reste intimidant.

La popularité de ces outils devrait donc nous interroger sur l’accessibilité du soin, mais aussi sur nos propres pratiques. Une personne qui préfère commencer par parler à une machine plutôt qu’à un humain nous dit peut-être quelque chose de sa peur du jugement, de la honte, de sa difficulté à faire confiance ou simplement de la difficulté concrète à trouver le bon interlocuteur.

Il serait dommage de répondre à cette inquiétude en lui expliquant qu’elle utilise mal la technologie.

Si vous hésitez justement entre les différents professionnels, j’explique ailleurs les différences entre psychologue, psychothérapeute, psychiatre et psychanalyste. Une IA peut également vous aider à comprendre ces termes. Mais choisir la personne à qui l’on va confier une partie de son histoire reste une autre affaire.

Alors, peut-on utiliser ChatGPT quand on va mal ?

Oui.

Voilà probablement la phrase que je n’aurais pas écrite aussi simplement il y a un an.

On peut utiliser une IA pour essayer de mettre des mots sur ce que l’on ressent, chercher des informations, préparer des questions, tenir une sorte de journal dialogué, demander des exercices simples ou comprendre certains mécanismes psychologiques. Et si cela vous soulage, je ne vais certainement pas vous expliquer que votre soulagement n’existe pas parce qu’il n’a pas été produit dans un cabinet.

Mais je poserais une limite assez simple : ne demandez pas à l’outil de devenir ce qu’il n’est pas.

Une IA ne connaît pas votre situation comme un professionnel qui vous suit dans le temps. Elle peut se tromper avec beaucoup d’assurance. Elle peut manquer un élément essentiel. Elle peut vous donner une réponse qui épouse trop bien votre propre interprétation. Et lorsque la situation devient grave, complexe ou dangereuse, elle ne peut pas prendre la responsabilité clinique d’un soin.

Si vous avez des idées suicidaires, si vous perdez pied avec la réalité, si vous traversez un épisode psychiatrique aigu ou si votre état se dégrade rapidement, la question n’est plus de savoir si ChatGPT formule de bonnes réponses. Il faut un humain capable d’évaluer ce qui se passe et d’agir avec vous.

Finalement, ChatGPT remplacera-t-il un jour les psys ?

Je me méfie maintenant du mot « jamais ».

L’histoire adore humilier ceux qui l’emploient.

Les intelligences artificielles vont progresser. Elles seront probablement de plus en plus utilisées dans la prévention, la psychoéducation, l’accompagnement entre les séances, certains protocoles structurés et peut-être dans des formes de soin que nous avons encore du mal à imaginer.

La recherche de 2026 nous oblige déjà à abandonner une position confortable : non, les chatbots ne sont pas nécessairement de simples perroquets sophistiqués qui ne produiraient aucun effet psychologique. Ils peuvent avoir des effets. Certains peuvent être bénéfiques. D’autres pourraient être problématiques. Et nous commençons seulement à apprendre à distinguer les uns des autres.

Mais réduire une psychothérapie à la qualité des réponses produites serait également passer à côté de ce qui s’y joue.

Je peux demander à une intelligence artificielle pourquoi je répète toujours le même type de relation. Elle pourra me proposer dix hypothèses remarquablement intelligentes.

Il reste ensuite cette question beaucoup plus embarrassante : pourquoi est-ce que je continue à le faire alors que je le sais ?

C’est souvent là que commence le travail thérapeutique.

Et peut-être est-ce finalement ainsi que je formulerais les choses aujourd’hui : l’intelligence artificielle peut nous aider à penser, parfois à nous apaiser et peut-être, dans certains cadres, à aller mieux. Elle n’est donc ni l’ennemie de la psychothérapie, ni son équivalent.

C’est un nouvel objet dans notre vie psychique.

Et celui-là, assurément, nous n’avons pas fini d’en parler.

Sources scientifiques

Sohn J.-S., Ha B.-G., Park S. et al. (2026). Systematic review and meta analysis of chatbots in the management of depressive and anxiety symptoms. npj Digital Medicine, 9, 377. DOI : 10.1038/s41746-026-02566-w.

Mokhtari Masoumi Alamdarloo S., Mirzakhani A., Azhdarloo M. et al. (2026). Effectiveness of AI and rule-based conversational agents for depression, anxiety and stress: A meta-analysis. npj Digital Medicine, 9, 650. DOI : 10.1038/s41746-026-02820-1.

Shen E., Girgis R. R. & Jutla A. (2026). Psychiatric Risk Associated With Large Language Model Chatbots: An Emerging Concern. Psychiatric Services, 77(7), 681–684. DOI : 10.1176/appi.ps.20250597.

A scoping review on the mental health harms of LLM-based chatbots. npj Digital Medicine (2026). DOI : 10.1038/s41746-026-03054-x.

Questions fréquentes sur ChatGPT, l’IA et la psychothérapie

ChatGPT peut-il remplacer un psychologue ou un psychothérapeute ?

ChatGPT peut aider psychologiquement, mais cela n’en fait pas pour autant un psychologue ou un thérapeute.

Une intelligence artificielle peut vous aider à mettre des mots sur un mal-être, comprendre certains mécanismes, prendre du recul ou trouver des pistes lorsque vous êtes anxieux. Des recherches récentes suggèrent même que certains chatbots peuvent réduire modestement certains symptômes. Mais une psychothérapie engage autre chose : une relation, un cadre, une histoire partagée et une responsabilité clinique. L’IA peut devenir un outil intéressant ; aujourd’hui, les données ne permettent pas d’en faire l’équivalent d’un suivi thérapeutique.

Est-ce dangereux de parler de ses problèmes à ChatGPT ?

Parler à ChatGPT de ce que vous ressentez n’est pas, en soi, quelque chose de dangereux.

Cela peut même vous aider à mettre de l’ordre dans vos pensées lorsque tout se bouscule. La prudence devient nécessaire si l’IA devient votre seul interlocuteur, si vous lui accordez systématiquement plus de crédit qu’aux personnes qui vous entourent ou si vos conversations renforcent des convictions qui vous isolent de la réalité. En cas de grande détresse, d’idées suicidaires, de symptômes psychotiques ou de dégradation importante de votre santé mentale, un interlocuteur humain reste indispensable.

Pourquoi ai-je parfois l’impression que ChatGPT me comprend mieux que mon psy ?

Cette impression peut être parfaitement réelle, et elle mérite mieux que d’être balayée d’un revers de main.

ChatGPT répond immédiatement, longuement, ne semble ni impatient ni choqué et peut reformuler très précisément ce que vous venez d’écrire. C’est confortable, particulièrement lorsqu’on a peur d’être jugé. Un thérapeute, lui, n’a pas nécessairement vocation à vous donner immédiatement la réponse que vous attendez. Il peut questionner une évidence, remarquer une contradiction, laisser un silence ou revenir sur quelque chose que vous préféreriez éviter. Ce léger inconfort peut parfois faire partie du travail.

ChatGPT peut-il aider en cas d’anxiété ou de dépression ?

Oui, il peut apporter un soutien ponctuel, mais il faut distinguer soutien et traitement.

Vous pouvez l’utiliser pour comprendre une crise d’angoisse, mettre des mots sur vos émotions, organiser vos pensées ou découvrir certains exercices issus d’approches cognitives et comportementales. Les études récentes sur des chatbots de santé mentale observent d’ailleurs de petites améliorations moyennes de l’anxiété et de la dépression. Mais ces résultats concernent des outils très différents, souvent conçus spécifiquement pour la santé mentale. Ils ne prouvent pas que discuter librement avec ChatGPT constitue un traitement de la dépression ou des troubles anxieux.

ChatGPT peut-il me dire si je suis dépressif, borderline, bipolaire ou TDAH ?

Il peut vous aider à comprendre des symptômes, mais une réponse de ChatGPT ne constitue pas un diagnostic.

Une même insomnie, une irritabilité, un épuisement ou des variations émotionnelles peuvent avoir des significations très différentes selon votre histoire et leur contexte. L’IA peut proposer des hypothèses qui semblent extraordinairement convaincantes et pourtant se tromper. Elle peut être utile pour préparer vos questions avant de consulter ou mieux comprendre un diagnostic déjà posé. En revanche, évitez de transformer une conversation avec un chatbot en certitude sur votre psychopathologie ou votre santé mentale.

Peut-on devenir dépendant de ChatGPT ou développer un attachement affectif à une IA ?

Oui, une relation avec une IA peut prendre une place affective importante, sans que toute utilisation régulière soit pour autant pathologique.

Le signal d’alerte est plutôt ce qui disparaît autour d’elle : vos relations, votre sommeil, vos activités ou votre envie de parler à de véritables personnes. Soyez également attentif si vous avez besoin de consulter constamment l’IA avant de prendre une décision ou si vous avez l’impression qu’elle seule vous comprend vraiment. L’enjeu n’est pas de culpabiliser l’attachement, mais de vérifier qu’il n’appauvrit pas progressivement votre vie réelle.

Puis-je utiliser ChatGPT entre deux séances de psychothérapie ?

Oui, si cela vous aide et si l’outil reste à sa juste place.

Vous pouvez vous en servir comme d’un carnet interactif : noter une émotion, éclaircir une question, préparer ce que vous souhaitez aborder avec votre thérapeute ou conserver la trace d’une réflexion apparue entre deux séances. Et ce que vous faites avec l’IA peut même devenir intéressant à apporter en séance. Si vous remarquez en revanche que vous préférez systématiquement demander à ChatGPT ce que votre thérapeute « aurait dû vous dire », cela mérite peut-être justement d’être discuté avec lui.

Pourquoi est-il parfois plus facile de se confier à une IA qu’à une personne ?

Parce qu’une machine nous expose beaucoup moins au regard de l’autre.

On peut lui parler à trois heures du matin, revenir sur ses mots, avouer quelque chose dont on éprouve de la honte et fermer la conversation lorsque cela devient trop inconfortable. Pour une personne très anxieuse, isolée ou ayant peur du jugement, cette disponibilité peut être précieuse. Mais cette facilité nous apprend aussi quelque chose : si parler à un humain semble infiniment plus dangereux que parler à une machine, il peut être intéressant de se demander ce qui rend la relation à l’autre si difficile.

ChatGPT peut-il aggraver un délire ou une fragilité psychotique ?

C’est un risque que la recherche prend désormais au sérieux, sans que l’on puisse affirmer que ChatGPT « provoque la psychose ».

Une personne déjà vulnérable peut interpréter les réponses de l’IA à l’intérieur d’un système délirant et parfois rechercher auprès d’elle des confirmations. Les concepteurs de ces outils travaillent d’ailleurs à réduire les réponses trop complaisantes face aux croyances manifestement infondées. Si vous avez l’impression que l’IA vous transmet des messages personnels, possède une conscience particulière ou confirme quelque chose que personne d’autre ne peut comprendre, il est important d’en parler rapidement à un professionnel.

Que faire si je pense au suicide et que j’en parle à ChatGPT ?

Dans une crise suicidaire, ChatGPT ne doit pas rester votre seul interlocuteur.

Écrire ce que vous ressentez peut constituer un premier mouvement vers l’aide, et les systèmes actuels sont conçus pour reconnaître certaines situations de détresse et orienter vers un soutien humain. Mais une IA ne remplace ni une évaluation clinique ni une intervention d’urgence. Si vous craignez de passer à l’acte ou de ne plus pouvoir assurer votre sécurité, contactez immédiatement les urgences, une ligne spécialisée ou une personne capable d’être réellement présente auprès de vous. L’essentiel, à cet instant, est de ne pas rester seul.

À l’heure où les outils numériques prolifèrent, beaucoup redécouvrent l’impact profond d’une véritable rencontre thérapeutique en face-à-face, dans un cadre respectueux et humain.

Par Frédérique Korzine,
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psychanalyste à Versailles
Beaucoup de personnes sensibles, lucides, blessées, exigeantes ou épuisées ont trouvé ici un lieu où leur parole pouvait enfin être accueillie sérieusement.
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