
Il y a des violences qui ne font pas de bruit, mais qui finissent pourtant par ronger la vie de l’intérieur. Dans mon cabinet, j’entends souvent cette phrase : « Il n’est plus là, mais c’est comme s’il continuait à vivre dans ma tête. » L’emprise psychique n’a pas besoin de coups pour détruire : elle infiltre, elle use, elle dépossède. Et parfois, elle pousse au bord de soi-même. Le suicide forcé n’est pas un geste de faiblesse, mais le résultat d’un long sabotage intérieur. En comprendre les mécanismes, c’est déjà commencer à en sortir.
Je trouve du soutien au Cabinet psy de Madame Korzine à Versailles
Il y a des séances où, dès que la personne s’installe, quelque chose dans votre colonne vertébrale vous souffle :
“Attention, ici, c’est fragile.”
Ce matin-là, elle a posé son sac avec une délicatesse presque cérémonielle, comme quelqu’un qui redoute que le simple fait de vivre fasse trop de bruit. Elle a gardé le silence un instant, puis m’a regardée avec cette lassitude qu’on ne simule pas : « Je ne comprends pas… il est parti depuis des mois, mais il parle encore dans ma tête. »
La phrase était posée calmement, sans pathos, mais elle contenait toute l’histoire : nous n’étions plus dans une séparation difficile, mais dans un siège psychique. L’autre n’était plus là, mais sa voix, elle, continuait de faire le service militaire dans l’arrière-boutique. Puis cette phrase est tombée, comme une pierre dans un lac :
« Je me dis parfois que si je disparaissais, ça s’arrêterait. »
C’est toujours sobre, toujours discret : les idées les plus désespérées se présentent rarement en majuscules. Ce qu’elle disait, ce n’était pas qu’elle voulait mourir, c’est qu’elle n’arrivait plus à trouver d’endroit où vivre.
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Un texte juridique presque passé inaperçu, oublié aussi vite qu’il a été adopté, comme si on avait peur d’admettre qu’une personne pouvait être tuée sans le moindre coup porté. Pourtant, dans les cabinets de psychanalyse, cela fait longtemps que nous voyons ces formes de destruction, et qu’elles nous regardent droit dans les yeux. Muriel Salmona l’a formulé avec une précision clinique :
« La violence psychologique est un assassinat par érosion. Elle détruit sans fracas, mais elle détruit. »
Et les chiffres la rejoignent : selon Santé Publique France, les femmes victimes de violences conjugales ont un risque de suicide multiplié par 4, et 20 % d’entre elles déclarent avoir pensé à mettre fin à leurs jours. Ce ne sont pas des chiffres destinés à faire frissonner : ce sont des faits qui doivent enfin nous réveiller.
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Beaucoup de femmes qui ont subi des violences au sein du couple, qu’elles soient verbales, psychiques ou même sexuelles, mettent des mois, parfois des années, à se reconnaître comme victimes de violence. La société parle beaucoup des violences physiques, mais oublie que les formes plus invisibles, celles qui travaillent en profondeur, relèvent autant des violences faites aux femmes que les coups ou les blessures. Ce silence autour des violences psychologiques entretient la confusion : on minimise, on doute, on justifie.
Pourtant, c’est bien une forme de maltraitance lorsqu’un conjoint violent s’insinue dans votre pensée, contrôle vos gestes, dicte vos émotions ou vous place constamment sous tension. Reconnaître la violence, c’est déjà retrouver un peu de votre voix.
Cela commence par une remarque, une critique presque anodine, une phrase qui vise juste parce qu’elle connaît vos failles. Puis cela continue :
Ce qui n’était qu’un commentaire devient une structure. Ce que vous pensiez “occasionnel” devient une cadence. L’agresseur n’a pas besoin de frapper : il parle, répète, insinue, vous retourne contre vous-même, jusqu’à ce que sa voix devienne la vôtre. Marie-France Hirigoyen, qui connaît ce terrain par cœur, le dit simplement :
« L’emprise fonctionne comme une prise de pouvoir intérieur : quand l’autre vous colonise, vous devenez la voix de votre propre destruction. »
À ce stade, la question n’est plus “pourquoi elle ne part pas ?”, mais “comment sortir d’un lien où l’intérieur est devenu l’ennemi ?”.
Il faudrait imprimer cette phrase sur les murs des commissariats, des tribunaux et des salons familiaux : le moment le plus dangereux pour une victime, c’est AUSSI après la séparation. C’est là que le contrôle se rigidifie, que les stratégies se perfectionnent, que l’agresseur, privé de son terrain de jeu préféré, s’acharne à reconquérir ce qu’il considère comme “à lui”.
Selon la Fédération Nationale Solidarité Femmes, 70 % des victimes de violences vivent un harcèlement post-séparation. C’est énorme. Et, pour tout dire, terriblement cohérent.
C’est à ce moment-là que le pire s’installe : les messages nocturnes, les menaces à demi-mot, les plaintes utilisées comme instruments d’intimidation, les manipulations via les enfants, les stratégies de gaslighting à distance. C’est aussi à ce moment que la société, mal informée, s’étonne parfois : “Elle n’est plus avec lui, pourquoi va-t-elle si mal ?”. Parce que la violence psychique ne s’arrête pas lorsque le corps part. Elle continue, elle rode, elle persiste, elle occupe le terrain mental. Elle s’infiltre dans les nuits, dans les doutes, dans les moindres interstices où la pensée n’a plus la force de résister.
Et cet effondrement est souvent invisible. Selon la HAS, le risque d’état de stress post-traumatique est multiplié par 5 en cas de violence psychologique répétée. Derrière ces chiffres, il y a des corps fatigués, des nuits blanches qui s’empilent, des systèmes nerveux saturés, des femmes qui vivent dans un état d’alerte permanent. Le corps tient encore, mécaniquement, mais l’esprit n’a plus de refuge. Boris Cyrulnik le rappelle :
« L’être humain ne se suicide pas parce qu’il veut mourir, mais parce qu’il n’a plus la force de supporter la souffrance. »
Dans le suicide forcé, l’esprit est déjà parti bien avant le corps.
Ces signaux-là, la société ne les reconnaît pas. Ils ne sont pas spectaculaires. Ils ne crient jamais. Ils se disent doucement, dans une phrase qui tremble un peu, dans un sourire qui masque trop, dans un regard qui cherche un endroit où se poser. Vous les connaissez peut-être :
« Je n’arrive plus à penser par moi-même. »
« Je ne veux pas mourir, je veux juste que ça cesse. »
« Je n’ai plus d’espace dans ma tête. »
« Je suis fatiguée de vivre comme ça. »
Une femme qui dit cela ne dramatise pas. Elle décrit. Et c’est précisément dans cette description que se cache l’urgence.
La vraie bataille se joue à l’intérieur : se défaire de ce qui a été subi des violences, reprendre possession de ce qui a été confisqué. Beaucoup de femmes victimes de violence conjugale arrivent en consultation persuadées qu’elles exagèrent, qu’elles ont provoqué, qu’elles auraient dû partir plus tôt. C’est l’effet même de la violence domestique : elle isole, elle retourne la honte, elle fait croire que l’on est responsable de ce qui a été enduré.
Et lorsque les violences ont été sexuelles, l’impact est encore plus profond, car il touche une zone intime, symbolique, où la domination s’enracine. La lutte contre les violences ne consiste pas seulement à se protéger du danger extérieur ; elle consiste aussi à réapprendre à vivre dans un corps et une psyché qui ont été colonisés. Pas à pas, avec un professionnel, il est possible de reconstruire quelque chose qui ressemble à de la dignité : un espace où les victimes de violence conjugale cessent d’être définies par ce qu’elles ont traversé, et commencent à exister à nouveau.
Le travail du psychanalyste ou du psychothérapeute, face à ces situations, n’est pas d’offrir un baume magique ou des slogans encourageants. C’est d’ouvrir un espace où votre voix, la vôtre, pas celle de l’autre, retrouve suffisamment de solidité pour se faire entendre. Ce n’est pas spectaculaire, mais c’est essentiel. Il s’agit, séance après séance, de discerner ce qui vous appartient encore et ce qui, depuis longtemps, ne devrait plus être en vous. Jacques André le dit avec finesse :
« Dans certaines relations, la mort n’est pas désirée : elle est imaginée comme la seule échappée possible à un lien mortifère. »
L’analyse permet de rouvrir d’autres échappées.
Personne ne résiste éternellement à une guerre psychique. Et c’en est une. Vous n’avez pas “craqué”, vous n’avez pas “failli”, vous n’avez pas “manqué de courage”. Vous avez tenu plus longtemps que beaucoup ne l’auraient pu. Et si vous êtes encore ici, c’est qu’une part de vous n’a pas cédé. Cette part-là, on peut la travailler, l’agrandir, la fortifier, la faire respirer. C’est cela, la reconstruction psychique : pas une renaissance spectaculaire, mais une reconquête lente, patiente, profondément humaine.
La sortie de l’emprise ressemble rarement à un feu d’artifice. C’est plutôt une lanterne qui se rallume quelque part dans la maison, puis une autre, puis une autre encore. On réapprend à habiter ses pensées, à distinguer la peur du jugement, la culpabilité de l’introjection, la fatigue de la résignation. On fait la paix avec soi dans un monde où l’autre s’était arrogé le droit d’écrire le scénario. Et un jour — ça arrive toujours — on se surprend à respirer un peu plus fort, à penser un peu plus juste, à entendre sa propre voix sans trembler. Ce jour-là, personne ne l’applaudit. Mais c’est une victoire. Une vraie.
Parce qu’ils racontent quelque chose que les individus vivent dans leur chair : quand la violence psychique travaille en continu, les statistiques finissent par refléter l’usure humaine.
Selon Santé Publique France, une femme victime de violences conjugales présente un risque de suicide multiplié par quatre. C’est un chiffre sec, abrupt, mais il dit déjà ce que la clinique confirme chaque semaine : l’emprise ne tue pas d’un coup, elle tue par épuisement. L’enquête VIRAGE de l’INED rapporte que 20 % des femmes soumises à des violences psychologiques déclarent avoir pensé au suicide, parfois sans même l’avouer à leur entourage. Ce n’est pas un caprice, ni un geste “de trop”, c’est un aveu d’asphyxie.
On sait aussi que 70 % des victimes continuent de subir du harcèlement après la séparation (FNSF 2024).
Ce chiffre-là, à lui seul, renverse le fameux « elle n’avait qu’à partir » : partir n’éteint rien, et parfois c’est même là que l’incendie ravive ses braises. Dans un quart des féminicides, la victime avait déjà tenté de se suicider auparavant (Ministère de l’Intérieur, 2024). Ce n’est pas un détail : c’est un signal qu’on n’a pas entendu.
Enfin, la Haute Autorité de Santé rappelle que les violences psychologiques répétées augmentent par cinq le risque de développer un état de stress post-traumatique. Cinq. Si un médicament ou un aliment présentait un tel taux de danger, on le retirerait immédiatement du marché. Mais quand il s’agit de violence psychique, nous avons encore cette étrange tolérance sociale qui consiste à considérer que « ce n’est pas si grave », tant que rien ne saigne.
Ces chiffres n’expliquent pas tout, mais ils éclairent. Ils montrent que le suicide forcé n’est pas un phénomène rare ou marginal, mais une conséquence logique, tragiquement prévisible, d’un système de domination intérieure. Et si les nombres ont une utilité, c’est celle-ci : nous obliger à cesser de croire que les victimes “exagèrent”. Rien n’est exagéré ici. Rien. Ces chiffres, loin d’être outranciers, sont plutôt en deçà de la réalité silencieuse que tant de patients tentent de formuler du bout des lèvres.
Je trouve du soutien au Cabinet psy de Madame Korzine à Versailles
La frontière n’est pas toujours visible de l’extérieur, mais votre corps, lui, sait. Dans un conflit, les deux personnes parlent, se défendent, s’expriment.
Dans la violence conjugale, qu’elle soit verbale, psychologique, physique ou sexuelle, il y a un rapport de domination. Vous avez peur. Vous vous censurez. Vous surveillez vos mots. Vous vous excusez trop. Vous minimisez ce que vous subissez. Vous ne reconnaissez plus votre voix intérieure. Si votre sécurité émotionnelle, physique ou sexuelle dépend de l’humeur de l’autre, alors oui, il est possible que vous soyez victime de violence conjugale, même sans coups visibles. Et vous méritez d’être accompagnée, pas jugée.
Un conjoint violent sait souvent très bien jouer avec la loi, la honte et la peur. Mais sachez ceci : vous n’êtes pas seule. Les dispositifs d’aide aux victimes, les associations spécialisées (comme le CIDFF, France Victimes, l’accueil solidarité femmes), et les professionnels formés peuvent vous accompagner pas à pas. Porter plainte ne signifie pas affronter une guerre seule.
Vous pouvez documenter ce que vous subissez : messages, preuves, certificats médicaux, témoignages. Vous pouvez aussi demander un accompagnement pour déposer plainte ou obtenir une ordonnance de protection. Même si son intimidation semble impressionnante, elle n’est qu’une continuation de la violence. Et elle ne dit rien de votre valeur, ni de votre droit fondamental à être protégée.
Beaucoup de femmes se sentent coupables, confuses, honteuses.
Pourtant, la loi est claire : le viol conjugal existe, et le consentement ne se devine pas. En thérapie, nous travaillons à redonner un sens à ce que vous avez vécu, à reconstruire l'image que vous avez de votre corps, et à délier ce qui a été confondu : le désir, la peur, la soumission, le silence. Vous n’avez pas à affronter seule les conséquences de ces violences sexuelles subies au sein du couple. Il existe un chemin pour se réapproprier votre intimité, votre dignité et votre liberté intérieure.
Vous doutez de vous, vous vous excusez sans cesse, vous avez peur de déplaire, et vous minimisez ce que vous avez subi. Si la voix de votre conjoint devient plus forte que la vôtre, si vous vous sentez verrouillé·e intérieurement, même en l’absence de violences physiques ou verbales visibles, alors il se passe quelque chose d’important. L’emprise est une forme de violence conjugale souvent méconnue mais bien réelle.
Ce n’est pas un désir de mourir : c’est un cri contre la maltraitance psychique que vous avez subie, parfois au sein du couple, parfois après. Quand on endure des violences, qu’elles soient verbales, psychologiques, sexuelles ou insidieuses, l’esprit s’épuise. Ces pensées ne vous définissent pas : elles témoignent d’un besoin urgent d’aide, de calme et de protection.
Le harcèlement, les menaces, les humiliations, l’isolement, le contrôle, les violences sexuelles dans le couple ou l’utilisation de la culpabilité peuvent suffire à épuiser quelqu’un au point qu’il n’ait plus de refuge intérieur. La violence domestique ne se limite pas aux bleus : elle vit aussi dans la tête.
La plupart des femmes victimes de violence commencent par justifier, excuser, relativiser. L’agresseur peut être charmant, généreux, tendre et violent. Cette alternance crée une confusion. Beaucoup de personnes qui ont subi des violences au sein du couple se disent : « Ce n’est pas si grave, d’autres vivent pire. » Pourtant, la violence psychologique est souvent la plus destructrice, parce qu'elle attaque directement l’estime de soi.
La culpabilité est l’un des outils favoris d’un conjoint violent : elle permet de maintenir l’autre sous influence. On se sent responsable de ce que l’on a subi, responsable de ses propres blessures, voire responsable des colères de l’autre. Cette culpabilité n’est pas “à vous” : elle vous a été inoculée. La reconnaître est déjà un acte de lutte contre les violences conjugales.
Vous avez le droit de dire non, même en couple. Porter plainte est possible, mais vous n’êtes pas obligé·e de le faire immédiatement. L’essentiel est d’être accompagné·e : associations d’aide aux victimes, professionnels de santé, thérapeutes. Ce que vous avez subi est réel, grave et reconnu juridiquement.
Elle inverse les responsabilités : l’auteur devient invisible, la victime porte tout. Les statistiques montrent que de nombreuses femmes ayant été victimes de violences se sentent coupables, voire “faibles”. La vérité, c’est que la honte ne raconte rien de vous : elle raconte ce qu’on vous a fait. Et elle s’éteint dès qu’on la met en mots.
Ne la brusquez pas, ne lui dites pas qu’elle devrait “partir”, “porter plainte” ou “ouvrir les yeux”. Les victimes de violence conjugale ne manquent pas d’intelligence : elles manquent de sécurité. Proposez un espace, un café, une présence. Laissez-la parler à son rythme. Et restez un refuge, pas un juge. La sortie de l’emprise se fait rarement par la force : elle se fait par la relation.
La violence psychologique, les menaces, les humiliations, les violences sexuelles et le harcèlement post-séparation sont reconnus comme des infractions. Porter plainte peut protéger, mais cela ne doit jamais être une injonction. L’accompagnement par des associations spécialisées, des avocats et des professionnels est essentiel pour avancer sans vous mettre en danger.
Si vous avez peur de ses réactions, si vous surveillez vos gestes, si la tension dans votre corps ne redescend jamais, si vous minimisez ce que vous avez subi, si vous vous excusez tout le temps, alors oui, votre sécurité est menacée. La violence domestique ne commence pas par un coup. Elle commence par une peur. Faites-vous accompagner : personne ne sort d’une relation violente seul·e.
Elle vous aide à comprendre ce que vous avez vécu, à nommer ce qui a été subi, à défaire la culpabilité, à reconstruire la confiance et à vous réapproprier votre pensée. Quand quelqu’un vous a colonisé mentalement, l’analyse devient un lieu où vous reprenez progressivement votre territoire intérieur.
Peut-être pas tout de suite, peut-être pas vite, mais oui.
Les personnes qui ont traversé des violences — physiques, sexuelles ou psychologiques — portent en elles une force incroyable, même quand elles ne la sentent plus. Se reconstruire, c’est réapprendre à vivre sans peur, à se faire confiance, à reconnaître la violence pour ce qu’elle a été, et à reprendre sa dignité. Ce chemin existe. Et vous n’êtes pas obligé·e de le faire seul·e.