
Il suffit parfois d’un repas de famille. Quelqu’un lance : « Tu te souviens, quand on habitait là-bas ? » Les autres acquiescent, ajoutent une anecdote, discutent de la couleur des volets. Vous, vous cherchez. La maison, oui, vaguement. Mais le reste ? Rien de bien précis. Et pendant que les souvenirs circulent autour de la table, vous vous sentez un peu à côté de votre propre histoire. On peut en sourire sur le moment. Puis la question revient, plus intime : pourquoi ai-je si peu de souvenirs ? Est-ce que quelque chose m’échappe ? Et si mes difficultés d’aujourd’hui avaient un rapport avec ce passé que je n’arrive pas à retrouver ?
Par Frédérique Korzine, psychanalyste et hypnothérapeute à Versailles.
Mise à jour le 29 octobre 2026
C’est souvent à cet endroit que l’on pense à l’hypnose. Avec, au fond, un espoir très humain : fermer les yeux et retrouver enfin le morceau manquant. Celui qui permettrait de comprendre, de relier, peut-être de respirer un peu mieux.
Oui, des souvenirs peuvent apparaître sous hypnose. Mais l’hypnose ne permet pas de certifier ce qui s’est réellement passé. Entre ces deux phrases, il y a tout un travail possible. Et surtout, une personne à écouter.
Bien sûr, on peut simplement souhaiter retrouver la voix d’un proche, l’ambiance d’une maison, quelque chose de doux que le temps a éloigné. Le passé n’est pas peuplé uniquement de blessures. Il contient aussi des joies minuscules, des présences rassurantes, une manière d’être au monde que l’on aimerait retrouver un instant.
Mais lorsque l’on souffre, la recherche prend parfois une autre tournure. On se dit qu’une explication doit bien exister quelque part. Pourquoi cette peur de déplaire ? Pourquoi cette impression de déranger dès que l’on demande quelque chose ? Si l’on retrouvait l’origine, tout deviendrait peut-être plus clair.
Je comprends ce désir. Vivre avec des questions sans réponse peut être épuisant. Seulement, une difficulté actuelle peut se construire à travers plusieurs expériences, plusieurs relations, plusieurs moments de vie. Elle ne se laisse pas toujours ramener à une scène unique qui attendrait sagement son tour dans les coulisses.
On peut chercher à comprendre son histoire en lui laissant le droit de ne pas tout raconter d’un seul coup.
Des images se présentent, des sensations deviennent plus perceptibles, des associations se font. Il arrive alors qu’une personne retrouve le souvenir d’un lieu, d’une rencontre ou d’un moment auquel elle n’avait pas pensé depuis longtemps.
Parfois, c’est très précis. Parfois, cela ressemble plutôt à une impression : une atmosphère, une position dans une pièce, un sentiment familier dont les mots ne viennent pas encore. Nous pouvons prendre le temps de nous y arrêter, sans exiger que tout devienne immédiatement limpide.
Ce qui apparaît peut cependant mêler des éléments vécus, des détails reconstruits et de l’imagination. Le sentiment de retrouver quelque chose et l’exactitude historique de ce qui revient sont deux questions différentes.
D’ailleurs, les souvenirs n’attendent pas toujours une séance pour se manifester. Une odeur, une conversation, un lieu retrouvé peuvent les faire surgir. Elke Geraerts et ses collègues ont ainsi recueilli des éléments de corroboration pour certains souvenirs d’abus revenus spontanément en dehors d’une thérapie. Un souvenir tardif peut donc correspondre à un événement réel ; son retour ne suffit pas, à lui seul, à établir ce qui s’est passé. [1]
Ce qui importe, dès le départ, c’est de pouvoir parler de ce qui vient sans se sentir poussé à y croire, ni obligé de le rejeter.
Seulement voilà, notre mémoire n’a jamais signé pour tenir la comptabilité de nos vies.
Lorsque nous nous souvenons, nous reconstruisons. Ce qui a été vécu se mêle à ce que nous en avons compris, aux récits entendus depuis, aux images regardées et à notre manière actuelle de voir les choses. C’est aussi pour cela qu’un même événement peut prendre une autre place à vingt, quarante ou soixante ans.
Elizabeth Loftus, chercheuse spécialiste de la mémoire, le formule ainsi :
« La mémoire est construite et reconstruite. » Elizabeth Loftus, TEDGlobal, 2013, traduction de l’anglais. [2]
Nous pouvons donc nous appuyer sur nos souvenirs tout en acceptant qu’ils comportent des transformations, des raccourcis et des zones d’ombre. Ce fonctionnement appartient à la mémoire humaine, y compris lorsqu’aucune hypnose n’entre en jeu.
Lorsqu’une image provoque des larmes, un serrement dans la poitrine ou une impression saisissante de présence, on peut se dire : « Si je le ressens aussi fort, c’est forcément arrivé ainsi. » La conviction est compréhensible. L’émotion, elle, ne nous donne pas les moyens de vérifier la scène.
Dans une expérience menée auprès de 96 participants, Peter Sheehan et Jane Tilden ont observé que des personnes pouvaient se montrer convaincues de l’exactitude de souvenirs déformés rapportés sous hypnose. D’autres expériences, conduites par David Dinges et ses collègues, ont également montré que davantage de détails rapportés ne signifiaient pas davantage de souvenirs exacts. [3, 4]
L’émotion mérite d’être écoutée avec toute l’attention nécessaire. Nous pouvons chercher ce qui la touche, ce qu’elle évoque, ce qui la rend si présente aujourd’hui, en gardant ouverte la question des faits.
Il y a quelque chose d’angoissant dans cette idée : « Puisque je ne me souviens pas, c’est peut-être qu’il s’est passé quelque chose de terrible. » On commence à inspecter ses silences, ses malaises, ses réactions. Tout risque alors de devenir un indice.
Il est pourtant habituel de conserver peu de souvenirs autobiographiques des trois ou quatre premières années de sa vie. L’amnésie infantile fait partie des phénomènes bien documentés du développement de la mémoire.
Patricia Bauer et Marina Larkina ont notamment suivi le devenir d’événements évoqués avec des enfants lorsqu’ils avaient trois ans. Interrogés à cinq, six ou sept ans, les enfants se rappelaient au moins 60 % de ces événements. À huit ou neuf ans, ils en rappelaient moins de 40 %. Des souvenirs qui existaient auparavant s’étaient donc progressivement effacés. [6]
Cela aide à comprendre qu’une mémoire d’enfance parcellaire puisse appartenir au fonctionnement ordinaire de la mémoire. L’absence de souvenir, à elle seule, ne prouve pas l’existence d’un traumatisme.
Si vous vous interrogez sur un psychotraumatisme, nous pouvons examiner ce que vous vivez, les difficultés que vous rencontrez et leur contexte. Votre inquiétude mérite que l’on s’y arrête, avec suffisamment de temps pour ne pas lui imposer une réponse toute faite.
Une régression en âge est une expérience subjective dans laquelle la personne se représente une période antérieure de sa vie. Elle peut retrouver une manière de se sentir petite, intimidée ou dépendante, éprouver des émotions familières, imaginer des scènes. L’expérience peut être très prenante, mais elle se déroule avec le psychisme de l’adulte d’aujourd’hui. Les travaux de John Kihlstrom soulignent qu’elle ne restaure pas une mémoire enfantine intacte. [5]
Cette précision permet de travailler avec les images en sachant ce que nous faisons. À partir d’un souvenir déjà connu, par exemple, on peut imaginer que l’adulte d’aujourd’hui vient soutenir l’enfant que l’on était. Qu’il s’assoit à côté de lui, écoute sa peur, lui adresse les mots qui auraient pu lui faire du bien.
Nous savons alors que cette présence est imaginée. Nous pouvons explorer ce qu’elle fait éprouver, ce qu’elle révèle d’un besoin de soutien ou de protection, et ce que la personne souhaite en faire aujourd’hui.
La métaphore de l’« enfant intérieur » peut ainsi aider à approcher certaines émotions avec davantage de douceur. Son usage demande de conserver clairement cette dimension symbolique.
En tant que psychanalyste, je m’intéresse évidemment à ce qui se dit à travers les associations, les répétitions, les hésitations, à ce qui revient alors même que l’on croyait avoir changé de sujet. Une image qui surgit peut ouvrir une parole que l’on ne savait pas encore comment adresser.
Il serait bien tentant de désigner la scène, d’y accrocher une interprétation et de déclarer : « Voilà, nous avons trouvé. » Le soulagement de comprendre peut être immense. Encore faut-il laisser à la personne la liberté de penser autrement, de revenir sur ce qu’elle a dit, de douter, d’associer ailleurs.
Lorsque quelqu’un me raconte une image bouleversante, plusieurs questions peuvent se travailler : qu’évoque-t-elle pour lui ? À quoi l’associe-t-il ? Pourquoi prend-elle cette place maintenant ? Comment entre-t-elle en relation avec ce qu’il connaît déjà de son histoire ?
La réalité psychique mérite d’être entendue dans toute sa force, tandis que la question des faits conserve sa place. Une scène incertaine ne devient pas automatiquement un fantasme dont le thérapeute posséderait la clé. Et une expérience réellement vécue ne cesse pas d’avoir existé parce que son récit hésite ou comporte des lacunes.
La personne peut être profondément sincère et bouleversée par ce qu’elle croit se rappeler. C’est précisément pour cela que l’écoute doit lui laisser de l’espace, avec une attention portée à la façon dont nous la questionnons.
Vous pouvez arriver avec une question précise, une inquiétude qui vous accompagne depuis longtemps ou simplement cette impression qu’un morceau de votre histoire vous échappe. Vous n’avez pas besoin d’avoir déjà tout compris pour venir en parler. Nous prenons justement le temps de chercher ensemble ce que vous attendez de cette démarche, et ce qui vous ferait du bien aujourd’hui.
Peut-être aimeriez-vous vous sentir moins démuni face à certaines réactions. Peut-être souhaitez-vous retrouver quelque chose d’un proche disparu, ou approcher plus sereinement un souvenir que vous connaissez déjà. Nous pouvons partir de là, de votre histoire telle que vous pouvez la raconter aujourd’hui, avec ses passages nets et ses zones encore floues.
Si nous choisissons de travailler avec l’hypnose, nous précisons ensemble ce que vous en attendez. Des images, des sensations ou des émotions peuvent se présenter. Vous pouvez les décrire avec vos mots, prendre le temps de les explorer, ou dire que vous ne savez pas très bien ce qui se passe. Ce qui apparaît peut aussi être influencé par l’imagination et les suggestions ; nous lui laissons donc la place d’être interrogé, sans le transformer d’emblée en certitude sur votre passé. [7]
Cela mérite d’être dit, parce que l’on peut très vite se demander si l’on fait « bien ». Si l’on ressent assez de choses, si l’image est suffisamment précise, si l'hypnothérapeute attend quelque chose que l’on n’arrive pas à lui donner.
Vous pouvez dire : « Je ne vois rien », « Je ne sais pas », « J’ai l’impression d’imaginer ». Ces paroles ont toute leur place. Elles nous renseignent sur votre expérience et permettent de continuer à travailler à partir de ce qui est là.
Si une image apparaît, je vous invite à la décrire avec vos mots. Nous pouvons nous arrêter sur ce qu’elle vous fait éprouver, distinguer ce qui vous était déjà connu de ce qui vient d’émerger, et prendre le temps de retrouver vos repères si l’émotion devient trop forte.
Vos mots et vos associations nous guident. Vous avez toute la place pour hésiter, préciser, revenir sur une impression ou changer de sujet. Votre histoire peut se raconter à votre rythme, avec ce que vous en savez aujourd’hui.
Lorsque l’on cherche depuis longtemps, accepter qu’une part du passé reste floue peut donner l’impression de renoncer à comprendre. Comme si l’on devait abandonner sur le bord du chemin une partie de soi.
Pourtant, nous pouvons commencer avec ce que vous vivez aujourd’hui. Cette boule au ventre lorsque quelqu’un se fâche. Cette difficulté à demander de l’aide. Cette culpabilité qui vous accompagne même lorsque vous savez, raisonnablement, que vous n’avez rien fait de mal.
Ces expériences offrent déjà des points d’appui pour réfléchir, faire des liens et chercher d’autres façons de traverser certaines situations. La gestion des émotions peut constituer un objectif de travail à part entière, sans attendre qu’une scène oubliée vienne tout expliquer.
Au fil du travail, certains éléments de l’histoire peuvent prendre une autre place. Des associations apparaissent, des mots deviennent possibles, des questions évoluent. D’autres restent ouvertes. Vous avez le droit de poursuivre votre vie avec elles, sans vous condamner à fouiller indéfiniment.
Vous n’avez pas à vous souvenir de tout pour que votre souffrance mérite d’être entendue.
Si cette recherche occupe beaucoup de place, une consultation à Versailles peut être l’occasion de déposer vos questions, de préciser ce que vous attendez et de réfléchir ensemble à un accompagnement qui vous corresponde.
Une image, une sensation ou une émotion peut vous rappeler une période que vous pensiez oubliée. Ce qui revient peut aussi mêler des éléments vécus, reconstruits ou imaginés. Nous pouvons accueillir cette expérience émotionnelle, écouter ce qu’elle évoque et faire des liens avec votre histoire. L’état hypnotique ne transforme cependant pas une impression en preuve. Vous pouvez explorer ce qui se présente sans devoir immédiatement décider ce que cela signifie pour vous.
Une scène peut sembler très vivante et vous bouleverser profondément. Des éléments indépendants peuvent parfois en corroborer certains aspects, mais l’hypnose ne permet pas de trancher à elle seule. Votre psychothérapeute peut vous aider à distinguer ce que vous saviez déjà, ce qui vient d’apparaître et les questions qui restent ouvertes. Votre souffrance psychologique mérite d’être entendue, même lorsque l’histoire demeure incertaine. Vous avez le droit de chercher à comprendre sans vous précipiter vers une conclusion.
En psychologie, l’amnésie infantile désigne notamment la rareté des souvenirs autobiographiques des premières années. Vous pouvez donc avoir traversé cette période sans en conserver un récit précis. Si ce flou vous rend anxieux ou nourrit un mal-être, nous pouvons prendre le temps d’en parler. Lorsque les difficultés concernent également des événements récents, s’aggravent ou perturbent votre quotidien, une évaluation médicale permet d’en rechercher les causes, sans supposer d’emblée une origine traumatique.
Certains détails peuvent être reconstruits ou imaginés, puis ressentis comme des souvenirs. Un praticien attentif vous laisse décrire votre expérience avec vos mots, sans proposer de scénario ni vous pousser à retrouver un événement supposé. Vous pouvez dire que vous doutez, que vous imaginez ou que rien ne vient. Ces précautions comptent, même si aucune méthode ne garantit l’exactitude des souvenirs. Une relation de confiance doit aussi vous laisser libre de ne pas savoir.
Après une expérience traumatique, nous pouvons d’abord chercher ce qui vous aide à retrouver des repères et un sentiment de sécurité. Si vous traversez des moments de dissociation, avec l’impression d’être absent ou déconnecté de vous-même, nous ajustons le rythme. Lorsqu’un travail sur un souvenir connu est indiqué, il se prépare avec vous. Les approches thérapeutiques se choisissent selon votre situation et vos besoins. NICE
Vous n’avez rien à fabriquer pour faire plaisir au thérapeute, et aucun souvenir caché à débusquer pour avancer. Nous pouvons travailler sur la gestion du stress, les difficultés émotionnelles ou les réactions qui vous encombrent aujourd’hui. Une sensation, une pensée, une hésitation peuvent déjà ouvrir une conversation utile. Le mieux-être ne se mesure pas au nombre d’images retrouvées. Votre accompagnement se construit avec ce que vous vivez, sans vous imposer de résultat à produire.
Nous pouvons partir des situations que vous évitez, des pensées qui déclenchent la panique et des sensations corporelles associées. Une thérapie cognitive et comportementale, appelée TCC, propose notamment un travail progressif sur les peurs et les évitements. L’objectif est de vous aider à retrouver davantage de liberté dans votre quotidien. Vous n’avez pas à reconstituer toute votre histoire avant de recevoir une aide adaptée à vos difficultés et à vos besoins.
Si vous dormez mal, traversez une dépression ou vous sentez émotionnellement débordé, votre médecin peut vous orienter vers un psychiatre. Ce spécialiste évalue les troubles psychiques et propose une prise en charge adaptée. Un psychologue ou un psychothérapeute peut également vous accompagner selon votre situation. Lorsqu’un stress post-traumatique est envisagé, une évaluation permet de préciser vos besoins. Vous n’avez pas à attendre d’aller au plus mal pour demander du soutien. Assuré
Dans une approche intégrative, nous gardons une place pour votre histoire, vos associations et les répétitions qui vous interrogent. L’hypnose peut être envisagée pour travailler avec certaines sensations ou représentations. Nous en discutons ensemble : vous pouvez poser vos questions, exprimer vos réserves ou préférer poursuivre uniquement par la parole. Votre consentement compte à chaque étape. Vous restez libre de choisir avec votre thérapeute ce qui vous convient.
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