Explosion des agressions à l’hôpital : que révèle cette colère ?
19/7/2023

Explosion des agressions à l’hôpital : que révèle cette colère ?

Les agressions contre les soignants se multiplient à un rythme inquiétant. Derrière ces actes, souvent choquants, se cache une détresse profonde, parfois inconsciente. Qu’est-ce qui pousse un patient ou un proche à passer à l’acte ? Et que révèle cette violence sur notre société ? En croisant psychologie sociale et psychanalyse, une lecture singulière de la frustration moderne, de l’individualisme forcené et du lien soignant-soigné. Une réflexion essentielle pour réhumaniser le soin… et allez, autorisons-nous à le rêver... prévenir les prochains débordements ?

Table des matières

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Mis à jour le 10 octobre 2026.

On choisit rarement un métier du soin pour apprendre à encaisser les insultes. Pourtant, certains professionnels se retrouvent à devoir accueillir la détresse d’un patient tout en se protégeant de sa colère, ou de celle de ses proches. Et quand la garde se termine, ce qui a été reçu ne reste pas toujours à la porte de l’hôpital.

Les violences en santé méritent d’être documentées, prévenues et prises au sérieux. Une lecture psychanalytique peut éclairer certaines dimensions de la relation, notamment les attentes, les mouvements transférentiels et le vécu d’impuissance. Elle ne permet cependant ni de deviner les motivations de chaque auteur, ni de ramener toute agression à un conflit inconscient.

On peut chercher à comprendre une violence tout en affirmant qu’elle est inacceptable.

Pour les professionnels qui souhaitent reprendre une situation éprouvante, la supervision à Versailles peut offrir un espace de réflexion sur leur pratique, en complément des mesures de protection et de l’accompagnement adaptés à leur situation.

Des chiffres qui alertent, à lire avec précision

Le rapport 2025 de l’Observatoire national des violences en santé recense 20 961 signalements en 2024, contre 19 640 en 2023, soit une hausse de 6,7 %. Ces signalements concernent des atteintes aux personnes ou aux biens, dans les établissements et en exercice libéral.

Ces données ne constituent pas un décompte exhaustif de toutes les agressions. Elles dépendent des déclarations effectuées, et leur augmentation peut aussi refléter une meilleure utilisation du dispositif de signalement. Il faut donc distinguer la progression des signalements de celle des violences elles-mêmes.

Derrière les signalements, il y a des personnes qui ont besoin d’être entendues.

Cette prudence statistique n’enlève rien à ce que vivent les professionnels concernés. Une menace n’a pas besoin de figurer dans un tableau national pour mériter d’être entendue ; une agression n’a pas besoin d’être spectaculaire pour appeler une réponse. Source : ONVS, rapport 2025, données 2023–2024, notamment pages 7 à 10.

Quand l’attente devient une épreuve

À l’hôpital, on n’attend pas toujours comme on attend chez le coiffeur. On peut attendre avec une douleur, un diagnostic redouté, un parent qui va mal, parfois sans savoir ce qui se passe derrière la porte. La peur de mourir, ou de perdre quelqu’un, peut donner à chaque minute une épaisseur particulière.

Imaginons un proche qui demande plusieurs fois quand un médecin pourra venir. L’équipe répond qu’elle ne peut pas encore donner d’horaire. Pour elle, il s’agit d’une réalité d’organisation ; pour cette personne, la réponse peut être vécue comme un abandon. Ce décalage ne signifie pas que l’un se trompe et que l’autre a raison. Il montre combien une même situation peut être traversée depuis des places différentes.

Un manque d’information, une incompréhension ou un sentiment de ne pas être considéré peuvent participer à la tension. D’autres facteurs doivent également être envisagés selon la situation : douleur, confusion, consommation de substances, contexte relationnel ou difficultés d’organisation. Aucune explication unique ne suffit.

L’angoisse ne conduit pas nécessairement à l’agression.

Beaucoup de patients et de proches traversent des moments terribles sans menacer qui que ce soit. Comprendre les circonstances d’un acte demande donc de la précision, plutôt qu’un portrait général du « patient d’aujourd’hui ».

Ce que la lecture psychanalytique peut éclairer

Le professionnel du soin occupe parfois une place qui dépasse sa fonction réelle. On attend de lui un geste technique, bien sûr, mais aussi une certitude, une présence rassurante, voire la garantie que rien de grave ne surviendra. Voilà une responsabilité que personne ne peut porter entièrement, même avec la meilleure volonté du monde.

La psychanalyse invite à s’intéresser à ce qui se déplace dans la relation. Une réponse peut faire écho à une expérience antérieure de rejet ; une limite peut être reçue comme une humiliation ; une attente peut réveiller un vécu d’impuissance. Il s’agit de pistes de compréhension à explorer dans un contexte singulier, et non de conclusions que l’on pourrait tirer à distance.

Cette lecture doit rester modeste. On ne peut pas déduire d’une insulte une histoire infantile, une structure psychique ou un diagnostic. Un trouble psychiatrique ne suffit pas davantage à expliquer un comportement violent. Ce qui s’est passé, dans quelles circonstances, avec quelles paroles et quelles possibilités de réponse : c’est à partir de ces éléments que la réflexion devient utile.

Une lecture clinique demande de laisser une place à ce que l’on ne sait pas encore.

Il est également essentiel de ne pas faire porter au soignant la responsabilité de tout ce qui se joue dans la rencontre. Même une parole attentive ne peut garantir l’absence de violence. La qualité relationnelle compte ; les moyens disponibles, le cadre et la sécurité comptent aussi.

La frustration, les limites et ce qu’on ne peut pas promettre

Le soin confronte chacun à des limites : celle du temps, des moyens, du savoir médical, et parfois celle des traitements eux-mêmes. Le professionnel peut accompagner, expliquer, soulager dans certaines situations ; il ne peut pas toujours supprimer l’incertitude ni obtenir l’issue espérée.

Dans une perspective psychanalytique, cette confrontation à ce qui manque peut ouvrir une réflexion sur les attentes adressées à l’autre. Que lui demande-t-on de réparer ? Quelle réponse paraît indispensable ? Que devient la relation lorsqu’il ne peut pas la donner ? Ces questions peuvent aider à penser une situation, sans transformer toute difficulté en preuve d’une « intolérance à la frustration ».

Une attente prolongée ou une information insuffisante peuvent aussi constituer des difficultés bien réelles. Les reconnaître ne revient pas à justifier les menaces. Cela permet de tenir ensemble deux exigences : améliorer les conditions du soin et maintenir un cadre qui protège les personnes.

La limite a ici toute sa place. On peut entendre une inquiétude tout en rappelant qu’une insulte ou un geste violent sont inacceptables. Ce cadre ne repose pas sur le seul courage du professionnel présent : il demande une réponse collective et institutionnelle.

Et du côté du soignant ?

Après une agression, certaines personnes se sentent en colère, d’autres honteuses, sidérées ou coupables. Il arrive aussi qu’elles minimisent : « Ce n’était qu’une insulte », « Il était tellement inquiet », « J’aurais dû trouver les bons mots ». Comme si comprendre la détresse de l’autre obligeait à effacer ce qu’on avait soi-même reçu.

Ce qui a été reçu ne reste pas toujours à la porte de l’hôpital.

Or il est possible de reconnaître la souffrance d’un patient et de reconnaître, dans le même mouvement, celle du professionnel. Celui-ci peut avoir besoin de soutien, d’une prise en charge ou simplement, dans un premier temps, que l’événement soit nommé et pris au sérieux.

Les réactions après une situation éprouvante varient. Lorsque la peur, les troubles du sommeil, les souvenirs envahissants ou d’autres difficultés persistent, un accompagnement adapté peut être nécessaire. La supervision n’a pas vocation à remplacer des soins ni à traiter, à elle seule, les conséquences d’une agression.

Elle peut en revanche permettre de revenir sur ce qui a été vécu dans la relation professionnelle : ce qu’on a compris, ce qui a débordé, ce qu’on voudrait pouvoir poser autrement, mais aussi ce qui ne dépendait pas de soi. Cette dernière question mérite parfois qu’on s’y attarde. Les soignants n’ont pas à devenir les réparateurs solitaires de tout ce qui manque autour d’eux.

La personne qui prend soin a, elle aussi, besoin de pouvoir être soutenue.

Après une agression : protéger, signaler, accompagner

Lorsqu’une situation devient dangereuse, la priorité est la sécurité. Il faut mobiliser les procédures et les personnes compétentes selon le contexte, plutôt que demander au professionnel de poursuivre coûte que coûte l’échange.

Le ministère de la Santé présente les démarches de signalement et de dépôt de plainte. Ces démarches participent à la reconnaissance des faits et à leur prévention ; elles ne remplacent pas le soutien dont une personne peut avoir besoin après l’événement.

Dans une équipe, reprendre la situation peut aider à examiner les conditions de survenue, les réponses possibles et les mesures de protection. Ce travail gagne à éviter la recherche d’un collègue qui aurait « mal géré ». Il permet aussi d’identifier ce qui relève de l’organisation, des ressources disponibles et de décisions institutionnelles.

Il faut pouvoir parler de l’événement sans être mis en accusation.

Un espace de parole n’a d’intérêt que si l’on peut y reconnaître ce qui s’est passé sans être sommé d’en tirer immédiatement une leçon positive. Parfois, il faut d’abord pouvoir dire : « Cela m’a fait peur », ou « Je ne veux plus être laissé seul dans cette situation ».

Retrouver un espace pour penser sa pratique

En supervision, il est possible de travailler les situations relationnelles difficiles, les limites professionnelles et les mouvements émotionnels suscités par l’accompagnement. Le cadre doit permettre de préserver la confidentialité des personnes concernées et de réfléchir sans jugement hâtif.

Je propose une supervision à Versailles aux professionnels du soin et de la relation d’aide qui souhaitent prendre ce temps de recul. Une situation précise peut en être le point de départ, tout comme un sentiment d’usure ou une difficulté qui revient dans la pratique.

Comprendre ce qui se joue dans une rencontre demande du temps et parfois l’appui d’un autre regard. Pour un soignant, disposer de cet espace peut aider à retrouver des repères, à reconnaître ses limites et à poursuivre son travail sans devoir faire comme si rien ne l’avait atteint.

Restaurer le soin, c’est peut-être commencer par soigner notre rapport à la frustration, à la limite, et à l’autre.

Questions fréquentes après une agression dans le soin

Qui consulter lorsque les difficultés persistent après une agression ?

Si la peur, les souvenirs envahissants ou les troubles du sommeil pèsent sur votre quotidien, vous pouvez en parler à votre médecin, au médecin du travail ou à un psychologue.

Un psychiatre peut également évaluer des troubles psychiques et proposer une prise en charge médicale lorsque cela est nécessaire. Ces difficultés ne signifient pas automatiquement que vous souffrez d’une dépression ou d’un trouble de stress post-traumatique. Une évaluation permet de comprendre ce que vous traversez et de choisir un accompagnement adapté à votre santé mentale. Vous n’avez pas à attendre d’être à bout pour demander du soutien.

Quelle différence entre supervision et psychothérapie après un traumatisme ?

La supervision aide à réfléchir à votre pratique, aux situations relationnelles difficiles et à leurs répercussions professionnelles.

Une psychothérapie s’intéresse à votre souffrance personnelle et peut être nécessaire après un traumatisme. Pour un trouble de stress post-traumatique, les recommandations NICE incluent notamment les thérapies cognitives et comportementales centrées sur le trauma, ou TCC, et l’EMDR, selon la situation. Le choix des approches thérapeutiques se fait avec un professionnel formé, en tenant compte de vos besoins et de vos préférences. Ces deux espaces peuvent se compléter, avec des objectifs et des cadres clairement définis.

NICE, recommandations sur le trouble de stress post-traumatique, NG116.

Par Frédérique Korzine,
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psychanalyste à Versailles
Beaucoup de personnes sensibles, lucides, blessées, exigeantes ou épuisées ont trouvé ici un lieu où leur parole pouvait enfin être accueillie sérieusement.
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