
Vous hésitez peut-être depuis des semaines à entamer une thérapie familiale ou de couple. Vous avez pensé, aussi, à ce que cela pourrait donner concrètement : des séances où l'on vous demanderait de remplir des questionnaires, de coter votre satisfaction ou votre communication familiale, et au bout du compte, la crainte que les résultats ne montrent rien de tangible. Une recherche publiée le 19 août 2026 dans le Journal of Marital and Family Therapy éclaire, sans le vouloir directement, cette hésitation. Elle mérite que nous nous y arrêtions...
Prendre Rendez-vous en ligne pour thérapie familiale à Versailles
L'équipe de Hanlai, Peng, Chen et Yim a rassemblé 18 publications issues de 17 études menées en Chine continentale, à Hong Kong et à Singapour, portant sur la thérapie multifamiliale, un format où plusieurs familles se retrouvent ensemble en groupe avec un ou deux psychothérapeutes. Ce dispositif n'est pas celui que je pratique à mon cabinet de Versailles, où le travail se fait avec vous, votre couple ou votre famille, sans la présence d'autres familles. Mais ce que cette recherche révèle sur l'écart entre les mesures et le vécu dépasse largement le format étudié, et concerne tout autant le travail familial ou conjugal mené en tête-à-tête.
Les chercheurs ont croisé deux types de résultats. D'un côté, les scores obtenus à des échelles standardisées, celles qui mesurent les symptômes, la détresse psychique, le fonctionnement individuel de la personne pour laquelle la famille consulte. De l'autre, des entretiens qualitatifs où l'on demandait simplement aux familles de raconter ce qu'elles avaient vécu.
La personne identifiée comme celle qui va mal, un enfant, un adolescent, un parent, voit souvent ses symptômes diminuer. En revanche, les échelles censées mesurer le fonctionnement de la famille ou du couple dans son ensemble bougent beaucoup moins, et de façon irrégulière selon les études.
Vous pourriez lire cela comme une mauvaise nouvelle. Vous pourriez vous dire que si les chiffres ne bougent pas côté couple ou famille, c'est que rien de profond ne se joue à ce niveau-là. C'est précisément l'inverse que montre la partie qualitative de cette recherche, et c'est aussi, très concrètement, ce que j'observe en cabinet de psychothérapie, à Versailles, séance après séance, avec des couples et des familles qui ne passent pourtant par aucun groupe.
Quand on demande aux familles de raconter, en leurs propres mots, ce qui a changé, elles décrivent autre chose que ce que les échelles cherchent à capter. Elles parlent d'un problème qui cesse d'appartenir à une seule personne dans la famille. Elles parlent de moments où elles se sont senties comprises sans avoir eu besoin de tout expliquer. Elles parlent d'un soulagement à ne plus porter seules ce qu'elles traversaient.
Rien de tout cela ne se traduit facilement en un score. Et pourtant, pour beaucoup de couples et de familles que je reçois, c'est précisément ce mouvement-là qui compte le plus, bien avant que le reste ne suive.
Mais quelque chose d'autre s'est passé, que ce score ne mesure pas. Le père, qui n'avait jamais évoqué la façon dont il avait lui-même été élevé, s'est surpris à en parler un soir, en séance, presque malgré lui. La mère, qui portait seule depuis des mois la sensation d'être la seule à s'inquiéter pour leur fils, a découvert que son mari partageait cette inquiétude sans savoir comment la formuler. Leur fils, sans être présent aux séances, a commencé à moins servir de sujet de dispute entre eux, parce que chacun avait cessé de le convoquer comme preuve contre l'autre.
Peut-être vous reconnaissez-vous, en lisant ces lignes, dans ce couple ou dans cette famille. Peut-être portez-vous, vous aussi, quelque chose que vous n'avez jamais pu partager avec quelqu'un qui comprenait vraiment ce que vous traversiez. Ce que cette recherche vient documenter, avec la rigueur d'une revue scientifique, c'est exactement ce que vous ressentez confusément avant de commencer une thérapie : la lassitude d'être seul ou seule face à une difficulté familiale trouve un écho précis dans ce que les études qualitatives mettent au jour.
Leur postulat de départ garde toute sa valeur pour lire ces résultats : une famille fonctionne comme un système, traversé par des boucles de communication et d'influence réciproque entre chacun de ses membres. Dans cette perspective, un symptôme, chez un enfant, un adolescent ou un parent, n'est jamais isolé. Il occupe une fonction dans l'équilibre de l'ensemble, souvent sans que personne n'en ait conscience.
Cette idée éclaire directement l'écart entre les scores individuels et les scores familiaux relevé dans cette revue. Un symptôme peut reculer chez la personne désignée comme patiente sans que le système familial ait changé ses règles de fonctionnement implicites, celles que Watzlawick nommait l'homéostasie familiale.
Ce que les entretiens qualitatifs mettent en lumière ressemble davantage à ce que les thérapeutes stratégiques de Palo Alto visaient à travers leurs interventions : un changement de second ordre, c'est-à-dire une transformation des règles du système lui-même, dans votre façon de vous parler, de vous comprendre, de vous positionner les uns par rapport aux autres. Ce type de changement échappe presque toujours aux échelles classiques, conçues pour repérer des variations à l'intérieur d'un système qui reste, structurellement, identique.
"On ne peut pas ne pas communiquer !"
Un des axiomes fondateurs de cette école éclaire ce qui se jouait dans le couple évoqué plus haut : on ne peut pas ne pas communiquer. Le silence d'un père qui, pour la première fois, laisse sa femme parler sans l'interrompre, communique déjà quelque chose. Ce sont ces micro-déplacements dans la communication, invisibles à un questionnaire, que le travail thérapeutique cherche à provoquer, parfois par des interventions délibérément stratégiques : recadrer une situation, déplacer la façon dont le problème est désigné, ou modifier une séquence relationnelle qui s'était figée.
Cette lecture systémique éclaire aussi une situation que je rencontre souvent en thérapie familiale à Versailles. L'enfant qui présente des troubles du comportement, des angoisses ou des difficultés scolaires n'est pas toujours celui qui va mal en propre. Il peut porter, à sa place, une tension conjugale que ses parents ne parviennent pas encore à nommer entre eux. Dans le couple évoqué plus haut, leur fils avait fini par occuper cette fonction de patient désigné, celui sur qui se rejouait, séance après séance, un désaccord que le père et la mère n'arrivaient pas à affronter directement. Travailler avec les parents, sans même que l'enfant soit présent, peut alors suffire à alléger ce qu'il portait pour eux.
Si vous hésitez encore, cette recherche donne des repères utiles sur ce qui se joue réellement dans un travail familial, y compris quand il se déroule en cabinet, sans autre famille présente.
Une difficulté installée depuis longtemps a tendance à enfermer chacun dans sa version des faits, parfois par lassitude, parfois par protection. Le cadre thérapeutique rompt cet enfermement en donnant un espace où chaque version peut enfin être entendue par l'autre.
Ensuite, vous découvrez que ce que vous ressentez trouve un écho chez l'autre, sans pour autant se confondre avec ce qu'il ou elle ressent. Entendre son conjoint, son enfant ou un parent mettre des mots sur une expérience proche de la vôtre peut faire émerger des choses que vous n'aviez jamais formulées, même pour vous-même.
Vous retrouvez aussi, souvent, un sentiment d'appartenance à quelque chose de commun. Un couple ou une famille traversée par une difficulté prolongée perd parfois la sensation de former une équipe. Le travail thérapeutique recrée ce sentiment, séance après séance, même modestement.
Une famille qui explique tout à travers une seule histoire, souvent culpabilisante, découvre au fil des séances que d'autres explications existent. Cette ouverture vient, en silence, déplacer la version que vous vous racontiez jusque-là, et parfois la séquence même qui faisait tenir le symptôme en place.
Il serait malhonnête de vous promettre que la thérapie familiale ou de couple fonctionne à coup sûr, ou que cette étude précise valide directement ma pratique en cabinet. Elle porte sur un dispositif de groupe que je ne propose pas, et les auteurs eux-mêmes rappellent que les 17 études analysées restent hétérogènes, circonscrites à des contextes culturels spécifiques, et insuffisamment robustes pour conclure à une efficacité propre indépendante d'autres facteurs de soin.
Ce que cette recherche vous offre, en revanche, dépasse le cadre précis qu'elle étudie. Elle vous invite à ne pas juger la valeur d'un travail thérapeutique uniquement à l'aune de ce qui se mesure facilement. Un changement peut être réel, profond, et pourtant invisible sur un questionnaire pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois, quel que soit le format dans lequel vous le vivez, et quelle que soit la théorie qui permet de le nommer.
Vous n'avez pas besoin d'attendre que tout aille mieux sur le papier pour reconnaître qu'un mouvement s'est amorcé chez vous, dans votre couple ou dans votre famille. Si, après quelques séances, vous sentez que quelque chose a changé dans votre façon de regarder l'autre, ou dans votre façon de porter ce que vous portiez seul jusque-là, ce ressenti compte autant que n'importe quel score.
Elle se joue aussi, et peut-être surtout, dans ce qui circule entre vous pendant les séances : ce qui se dit, ce qui se comprend sans avoir besoin d'être dit, et ce qui, doucement, cesse de peser seul sur vos épaules.
Référence : Hanlai O., Peng S., Chen J. & Yim S. H. (2026). Multi-Family Therapy in East and Southeast Asia—A Systematic Review and Meta-Synthesis. Journal of Marital and Family Therapy.
Prendre Rendez-vous en ligne pour thérapie familiale à Versailles
Il se niche d'abord dans de petits déplacements relationnels : un silence qui devient écoute plutôt que fuite, une remarque qui n'entraîne plus la dispute habituelle. En approche systémique, ces micro-ajustements précèdent souvent des transformations plus visibles. Si vous sentez, même vaguement, que votre façon de réagir à l'autre a bougé, c'est déjà un signe clinique fiable, bien avant que la vie quotidienne ne s'en trouve nettement transformée.
il porte, à travers ses comportements ou ses difficultés, une tension conjugale que le couple n'arrive pas encore à nommer entre lui. Ce mécanisme n'est ni volontaire ni conscient. Travailler directement sur la relation conjugale, parfois sans même que l'enfant soit présent aux séances, permet fréquemment d'alléger ce qu'il porte à la place de ses parents, et de désamorcer ces conflits récurrents.
L'approche systémique s'intéresse aux interactions plus qu'à l'intention individuelle : modifier la façon dont un partenaire réagit suffit souvent à faire bouger l'ensemble du système relationnel, y compris chez celui qui semblait le plus réticent. La réticence initiale, d'ailleurs, mérite elle-même d'être explorée en séance plutôt que contournée, car elle dit souvent quelque chose du couple.
Le symptôme y est lu comme une réponse à un déséquilibre relationnel plus large, pas comme un défaut individuel à corriger isolément. Cette lecture, héritée de l'école de Palo Alto, permet souvent d'agir plus rapidement sur des blocages anciens, en travaillant sur les échanges présents plutôt que sur l'histoire individuelle de chacun.
Le sentiment de ne plus être seul face à une difficulté, ou d'être enfin compris par l'autre sans avoir à tout justifier, apparaît souvent avant la disparition des tensions elles-mêmes. Ce mieux-être relationnel, difficile à objectiver, prépare pourtant le terrain d'un changement plus durable. S'y fier, sans exiger de vous une amélioration immédiate et mesurable, fait partie intégrante d'un travail thérapeutique qui respecte son propre rythme.
Cette base clinique permet de distinguer ce qui relève d'un mal-être relationnel passager de souffrances psychiques plus structurées, nécessitant parfois une orientation vers un psychiatre. L'approche familiale systémique n'exclut jamais cette vigilance clinique : elle l'intègre, en observant les interactions sans jamais négliger ce qui se joue individuellement chez chacun des membres de la famille.
La première éclaire les interactions présentes entre vous, la seconde permet de comprendre pourquoi certaines répétitions psychologiques traversent les générations sans que personne n'en ait pleinement conscience. Suivre une thérapie qui tient ensemble ces deux dimensions, relationnelle et inconsciente, offre souvent une compréhension plus complète du mal-être que ne le ferait une seule approche thérapeutique prise isolément.
Une approche humaniste ou la Gestalt met davantage l'accent sur le vécu subjectif immédiat, l'expression des émotions et la relation thérapeutique elle-même comme espace de changement. Ces approches thérapeutiques ne s'opposent pas nécessairement : un praticien peut emprunter à l'une et à l'autre selon le cadre de la thérapie et ce que la situation familiale demande à un moment donné du suivi.
En approche systémique, quelques séances suffisent parfois à modifier une séquence relationnelle bloquée depuis des années, avec des effets qui se poursuivent bien après la fin du suivi. Une psychothérapie plus longue, souvent analytique, vise autre chose : explorer en profondeur des schémas psychiques anciens. Le choix dépend de vos objectifs et de la nature des souffrances, non d'une hiérarchie entre les approches thérapeutiques elles-mêmes.
La thérapie systémique s'adresse à des difficultés relationnelles, un mal-être diffus ou des tensions récurrentes, sans exiger de diagnostic préalable. Si le praticien repère, en cours de suivi, des souffrances psychiques nécessitant un avis médical, il vous orientera vers un psychiatre. Mais le cadre de la thérapie familiale reste ouvert sans condition diagnostique à l'entrée.
.webp)