
Si vous avez cliqué sur cet article, il y a de fortes chances pour que vous soyez capable de repérer un pot de yaourt périmé à 300 mètres de distance, même à travers une porte de frigo fermée. Bienvenue au club très fermé, mais très peuplé, de ceux pour qui le mot "gastro" est plus terrifiant qu'un film de requins en 4D. En tant que psychanalyste, je vois passer dans mon cabinet des peurs de toutes sortes : peur du vide, peur de l'engagement, peur des araignées... Mais l’émétophobie a ceci de particulier qu’elle est une ennemie de l'intérieur. On ne peut pas simplement décider de ne pas aller à la montagne pour éviter le vide. On vit avec son estomac 24h/24, et c’est bien là que le bât blesse.
Prendre un premier rdv au cabinet psy de Madame Korzine à Versailles
L’émétophobie n’est pas simplement une peur d’un événement physiologique : c’est une peur de perdre le contrôle de soi dans un monde où l’incertitude est omniprésente. Comprendre cette phobie, c’est comprendre comment le cerveau transforme une fonction biologique banale en menace existentielle et comment, par la thérapie, on peut réapprendre à accueillir l’inattendu sans que le cœur ne s’emballe.
L’émétophobie, cette peur panique de vomir ou de voir quelqu’un le faire, est souvent la "grande oubliée" des manuels de psychologie grand public. Pourtant, elle transforme la vie en une partie d'échecs permanente contre l'imprévisible. On devient un expert en logistique, un stratège de l'évitement, et avouons-le, un champion du monde de la vérification de fraîcheur.
Mais derrière les sourires crispés et les mains lavées vingt fois par jour, il y a une vraie souffrance. Une fatigue immense de devoir toujours tout anticiper. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on pose les valises (et les bouteilles de gel hydroalcoolique) pour regarder cette peur dans les yeux, avec douceur, et pourquoi pas, avec un petit brin d'ironie salvatrice.
Lire aussi Surmonter vos peurs et phobies grâce à l’hypnose
Même si l’émétophobie est peu connue du grand public, différentes études montrent qu’elle touche une part non négligeable de la population :
Ces chiffres illustrent que, bien que parfois sous-diagnostiquée ou mal comprise, l’émétophobie représente une réalité clinique pour plusieurs millions de personnes à travers le monde, avec un impact potentiel important sur la vie sociale et émotionnelle.
Si l’on devait donner un sous-titre à l’émétophobie, ce serait probablement : « L’art de transformer une fonction biologique banale en fin du monde imminente ».
Pour le commun des mortels, vomir est un événement désagréable, certes, mais vite oublié. Pour l’émétophobe, c’est une défaillance systémique. C’est comme si, au lieu de voir le vomissement comme un bouton « reset » salvateur du corps, votre cerveau le voyait comme une explosion nucléaire dans votre salon.
L’objet de la menace est logé pile entre vos côtes. C’est le summum de la trahison : votre propre corps devient le "méchant" du film.
Il y a trois piliers qui soutiennent cette peur :
Les émétophobes ont développé ce que j'appelle un sixième sens gastrique.
Vous êtes capable de distinguer un "gargouillis de faim" d'un "gargouillis de stress" ou d'un "gargouillis suspect" avec une précision chirurgicale. Si la NASA cherchait des experts en capteurs ultra-sensibles, elle viendrait probablement recruter dans nos cabinets de psychanalyse.
Le problème, c’est que ce scanner permanent maintient votre système nerveux en état d'alerte maximale. Et devinez ce que fait un corps en état d'alerte ? Il stresse. Et que fait un estomac stressé ? Il noue... créant ainsi la sensation de nausée que vous redoutiez tant. C’est le moment où l’on a envie de dire à son cerveau : « Merci pour l'info, mais tu peux baisser le volume d'un cran ?
Entrons dans le vif du sujet : le quotidien. Pour une personne émétophobe, une simple invitation à un dîner "mystère" chez des amis est l'équivalent d'une mission commando en territoire hostile.
On scanne la propreté des toilettes (l’issue de secours), on observe si le serveur a l’air d'avoir un début de grippe, et on finit souvent par commander des pâtes nature parce que « c’est une valeur sûre ». L’émétophobe est le seul client capable de lire une carte de menu en mode élimination : « Crevettes ? Trop risqué. Tartare ? Suicide. Salade ? Mal lavée ? ». À la fin, on mange son morceau de pain en espérant qu'il n'a pas été touché par une main suspecte.
Le métro en période d'épidémie ? Un remake de Walking Dead. On retient son souffle quand quelqu'un tousse un peu trop près, on repère immédiatement les gens qui ont le teint pâle. On devient un cartographe de l'évitement : on sait exactement quels wagons sont les moins bondés et où se trouvent toutes les poubelles sur le trajet.
C’est là que l’humour nous aide un peu. Vu de l’extérieur, cette logistique est digne d’un agent secret. Vu de l’intérieur, c’est une prison de verre. Une prison où l'on s'interdit de vivre pleinement pour éviter un instant qui, s'il arrivait, ne durerait que quelques secondes.
En tant que psychanalyste, lorsque je vous reçois dans mon cabinet à Versailles, mon rôle n'est pas de juger votre peur des huîtres ou votre obsession pour le gel hydroalcoolique. Mon rôle est de comprendre quelle histoire votre corps essaie de raconter. Car l’émétophobie est un langage, souvent un cri du ventre qui n'a pas trouvé de mots.
Vomir, c’est l’abdication du Moi. C’est le moment où le corps dit : « Pousse-toi, je prends les commandes ». Pour quelqu'un qui a passé sa vie à construire des digues pour contenir ses émotions, cette "inondation" est vécue comme une humiliation ou une destruction.
En thérapie, nous explorons souvent ce qui, dans votre enfance ou votre parcours, a été "indigeste". Est-ce une situation familiale que vous avez dû "avaler" de travers ? Est-ce une émotion que l'on vous a forcée à refouler ? Parfois, ne pas vouloir vomir, c’est vouloir garder tout à l’intérieur pour ne rien laisser déborder, de peur que si la vanne s'ouvre, tout le reste (la colère, la tristesse, le désir) ne suive.
Le nourrisson découvre le monde par la bouche : il incorpore le bon (le lait, la tendresse) et rejette le mauvais. Chez l’émétophobe, la frontière entre le "bon" et le "mauvais" est devenue poreuse. On finit par avoir peur que tout ce qui vient de l'extérieur soit potentiellement toxique. C’est une forme de protection radicale : en fermant la porte à la maladie, on finit par fermer la porte à la vie.
Au travail, vous êtes celui ou celle qui décline poliment le buffet du séminaire car le saumon a l'air de vous regarder bizarrement. En famille, c’est encore une autre paire de manches. Pour les parents émétophobes, l'hiver n'est pas la saison des chocolats chauds, c'est la saison de "La Menace Invisible". On regarde son enfant rentrer de l'école avec la suspicion d'un inspecteur des douanes : "A-t-il le teint pâle ? Pourquoi a-t-il moins mangé son goûter ?".
On réalise qu'on ne peut plus porter ce bouclier seul(e). À ce moment-là, peu importe que vous soyez passé par la case psychiatrie pour calmer une crise de panique ou que vous ayez déjà consulté un psychologue scolaire étant plus jeune ; l'important, c'est l'engagement que vous prenez avec vous-même dans une psychothérapie : celui de ne plus laisser cette peur décider de votre menu ou de vos sorties.
Vivre à deux avec cette phobie, c’est un peu comme essayer de danser le tango sur un champ de mines. On veut être proche, on veut être spontané, mais une petite voix intérieure fait sans cesse le guet. Dans l'intimité de mon cabinet, c'est un sujet qui revient souvent : comment rester un(e) partenaire désirable et détendu(e) quand on est en état d'alerte permanent ?
Pour beaucoup, l’intimité physique est liée à une perte de contrôle, à une proximité des corps qui peut, dans les périodes de grande anxiété, devenir une source de stress. Comment se laisser aller quand on a peur que le moindre mouvement ou la moindre sensation un peu intense ne vienne perturber ce fameux équilibre stomacal ?
Pour beaucoup de femmes, l'émétophobie vient percuter de plein fouet le désir de grossesse, transformant l'attente d'un enfant en un dilemme anxieux face aux changements du corps. On redoute les nausées matinales comme s'il s'agissait d'une condamnation, mais au-delà du physique, c'est l'idée de ne plus être "maîtresse à bord" qui terrifie. En psychothérapie, nous travaillons sur ce passage de la "femme-contrôle" à la "femme-mère", pour que ce désir de vie ne soit plus étouffé par une peur organique. L'enjeu est de s'autoriser à être ce corps qui change, qui accueille, et qui — parfois — nous échappe, sans que cela ne soit synonyme de danger.
Il est celui qui doit rassurer (« Mais non, tu n’es pas pâle ! »), celui qui goûte le lait pour vérifier s’il est vraiment tourné, ou celui qui doit gérer seul les sorties.
C’est là que la thérapie est précieuse. Dans mon exercice à Versailles, je veille à ce que le partenaire ne devienne pas un "co-phobique". Si le couple commence à s’organiser entièrement autour de la peur, l’espace de liberté se réduit. On ne sort plus, on n'invite plus, on finit par vivre dans une bulle aseptisée mais étouffante.
Lors de nos séances, nous travaillons à redonner sa juste place à l’autre : non plus un garde-malade ou un vérificateur de fraîcheur, mais un compagnon de vie.
Il y a une immense victoire la première fois qu'une patiente me dit : "Ce week-end, on a parlé de lancer le projet bébé sans que l'idée des nausées ne vienne tout gâcher". Ou encore : "On est partis à l'improviste, on a mangé dans une petite auberge au hasard, et j'ai même oublié de demander si le fromage était pasteurisé". C'est là que le travail porte ses fruits.
Parce qu'il est difficile de philosopher quand on a l'impression que son estomac fait des saltos arrière, voici trois réflexes à adopter quand l'angoisse monte :
Elle prospère dans la honte, ce sentiment que personne ne pourra comprendre une peur jugée "ridicule".
Ici, dans cet espace protégé, on ne cherche pas une solution miracle en deux minutes. On pratique une forme de thérapie par la parole où l’on déconstruit, brique par brique, ce besoin de maîtrise absolue. On découvre souvent qu’en acceptant de parler de ce qui nous « soulève le cœur » (une relation toxique, un deuil non fait, une pression écrasante), l’estomac commence à se détendre. Le corps n’a plus besoin de simuler une urgence physique pour exprimer une urgence psychique.
Mais gardez en tête que votre corps n'est pas votre ennemi : il est un messager un peu trop zélé qui a besoin qu'on lui apprenne à se détendre.
La psychothérapie n'est pas une baguette magique, c'est une main tendue pour vous aider à sortir de l'isolement. Si vous habitez Versailles ou ses environs, mon cabinet vous est ouvert pour entamer ce dialogue. C’est un espace où l'on peut, enfin, poser son bouclier pour recommencer à respirer — et à manger — à pleines dents.
Prendre un premier rdv au cabinet psy de Madame Korzine à Versailles
Pour calmer une angoisse irrationnelle, la personne développe souvent des rituels rigides : vérification obsessionnelle des dates de péremption, lavage des mains compulsif ou évitement de certains groupes d'aliments. Ces comportements visent à restaurer un sentiment de sécurité précaire. En thérapie, nous travaillons à assouplir ces mécanismes pour que le quotidien ne soit plus une suite de vérifications épuisantes mais un espace de liberté retrouvée.
Lorsque vous êtes anxieux, votre corps libère du cortisol et de l’adrénaline, ce qui perturbe la digestion et génère des nausées bien réelles. Pour une personne souffrante, ces symptômes physiques sont interprétés comme une menace imminente, ce qui auto-alimente la panique. L’objectif de la psychothérapie est de réapprendre à identifier ces sensations comme des signaux émotionnels de stress et non comme l’annonce d'une catastrophe organique.
Pour la désamorcer, il est crucial de revenir au moment présent. Des outils issus de la TCC (Thérapie Comportementale et Cognitive), comme la respiration ventrale, aident à calmer le système nerveux. Dans mon cabinet, nous explorons comment apprivoiser cette déferlante pour que vous ne soyez plus submergé(e) par l'idée que votre corps va vous trahir.
En fuyant, vous confirmez à votre cerveau que le danger est réel. Cela restreint progressivement votre périmètre de vie et nourrit l'anticipation anxieuse. À terme, cela peut mener à un isolement social pesant. Le travail thérapeutique consiste à réintroduire, à votre rythme, une forme de spontanéité pour prouver à votre psychisme que vous pouvez habiter le monde sans être en danger permanent.
Cela ne signifie pas que vous aimerez être malade, mais que cette pensée ne sera plus le centre de votre existence. En associant une approche analytique en cabinet pour traiter les causes profondes et des exercices de relaxation pour gérer le corps, on parvient à éteindre l'alarme interne. Vous retrouverez alors le plaisir de manger, de voyager et de partager des moments conviviaux sans cette ombre constante au tableau.
Pour de nombreuses personnes souffrant d'émétophobie, la peur de vomir se transforme en une véritable agoraphobie : on évite les lieux publics de peur qu'un malaise ne survienne sans issue de secours. Le sentiment de perdre le contrôle peut alors déclencher un trouble panique où la peur de vomir rejoint la peur de mourir ou de devenir fou. En séance, nous travaillons à identifier ces mécanismes pour que l'espace public redevienne un lieu de vie et non de menace.
Les palpitations augmentent, le rythme cardiaque s'accélère et une sensation de gorge nouée apparaît. Pour l’émétophobe, ces signaux sont catastrophiques : il interprète l'accélération de son cœur comme le signe précurseur d'un vomissement imminent. Ce qu'il vit est une véritable attaque de panique où le psychisme et le somatique s'auto-alimentent. Apprendre à reconnaître ces manifestations comme de simples décharges d'adrénaline est une étape clé pour apaiser les angoisses les plus vives.
Ce soutien médicamenteux, prescrit par un psychiatre, agit comme une béquille pour stabiliser la santé mentale quand la souffrance est trop excessive. Cependant, si ces molécules calment l'intensité des crises de panique, elles ne traitent pas l'origine du conflit psychique. C’est la raison pour laquelle la parole reste l'outil privilégié pour dénouer durablement le symptôme.
Qu'il s'agisse d'un souvenir d'enfance lié à une maladie mal vécue ou d'un incident violent, le psychisme reste figé sur ce moment traumatique. Le corps réagit alors comme s'il souffrait d'un stress post-traumatique, déclenchant des attaques de panique dès qu'un stimulus rappelle l'événement. En tant que psychanalyste, je vous aide à revisiter ces traces psychiques pour libérer votre présent de l'emprise du passé et transformer cette mémoire douloureuse en une histoire apaisée.