
On peut s’aimer fort, sincèrement, passionnément… et pourtant se rater en plein vol. Le couple commence souvent avec une promesse délicieuse : enfin quelqu’un qui nous comprend, nous devine, nous complète. Puis le quotidien arrive, l’autre résiste, échappe, déçoit, et l’on découvre cette étrange solitude à deux. Pourquoi l’amour ne suffit-il pas toujours à faire couple ? Parce qu’aimer, ce n’est pas fusionner. C’est rencontrer un autre, avec son histoire, ses manques, son inconscient, ses zones d’ombre. Petit détour par Lacan, le désir, le malentendu amoureux… et ce qu’une thérapie peut encore ouvrir.
Prendre rendez-vous pour une thérapie de couple à Versailles
Il y a une phrase que j'entends souvent. Pas toujours avec les mêmes mots, mais c'est toujours la même chose qui se dit. "On ne se comprend plus." "Je me sens seule avec lui." "Il est là, mais il n'est pas vraiment là." Parfois c'est dit avec colère. Parfois avec cette fatigue particulière qui ressemble à du renoncement. Et à chaque fois, derrière ces mots, il y a quelqu'un qui souffre d'une distance qu'il ou elle ne comprend pas, et qui se demande ce qu'il ou elle a raté.
Je voudrais vous parler de cette distance. Pas pour vous expliquer que c'est normal, parce que ce mot-là ne sert à rien quand on souffre. Mais pour vous offrir une façon de la regarder autrement. Et pour ça, je vais emprunter une formule à Jacques Lacan, parce qu'elle dit quelque chose que je n'ai jamais vu dit aussi justement ailleurs.
"Il n'existe pas de complémentarité naturelle entre deux êtres qui se désirent."
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Il dit quelque chose de plus précis, et quelque part de plus honnête : il n'existe pas de complémentarité naturelle entre deux êtres qui se désirent. Pas de proportion. Pas de symétrie. Pas de formule secrète qui ferait que vous et l'autre vous répondriez enfin parfaitement, comme deux pièces d'un même puzzle faites l'une pour l'autre.
Le mot "rapport" est à entendre au sens logique : une relation formalisable, une équation que l'on pourrait écrire. Ce que Lacan dit, c'est que cette équation n'existe pas. On ne peut pas la calculer. Il manque toujours quelque chose.
Et voilà pourquoi. Quand vous désirez quelqu'un, vous ne vous adressez pas à lui directement, dans sa réalité concrète. Vous vous adressez à ce que Lacan appelle l'Autre : une figure construite par votre histoire, vos manques anciens, votre façon singulière d'aimer et d'attendre. Vous cherchez dans l'autre ce qui vous a toujours manqué, ou ce que vous projetez sur lui, ou ce que vous avez besoin qu'il soit. Vous ne le rencontrez jamais vraiment, lui. Vous rencontrez votre rapport à lui. Et lui fait exactement la même chose de son côté.
Deux personnes qui s'aiment, c'est deux solitudes qui s'adressent l'une à l'autre à travers leurs fantasmes respectifs. Ce n'est pas triste. C'est humain. Mais ça explique beaucoup de choses.
En France, depuis le début des années 2010, ce sont en moyenne 425 000 séparations conjugales par an, toutes formes confondues : divorces, ruptures de PACS, fins d'union libre. Les projections démographiques estiment qu'environ 45 % des mariages se solderont par une séparation. Ce n'est pas une épidémie de mauvais choix. Ce n'est pas une génération qui aurait perdu le sens de l'engagement. C'est quelque chose de plus structurel.
Ce qui est frappant, c'est le moment où ça craque. Le risque de rupture est le plus fort entre la 5e et la 15e année de vie commune, avec un pic autour de la 6e année. Autrement dit, pas au début, quand le désir projette encore et idéalise. Mais précisément au moment où l'illusion de la complétude commence à s'effriter, où l'autre se révèle autre, résistant, décevant, différent de ce qu'on espérait.
En 2024, près de la moitié des divorces prononcés l'ont été pour altération définitive du lien conjugal. Une formule juridique froide pour désigner quelque chose de très humain : le sentiment que quelque chose s'est rompu de façon irréparable, que le lien ne tient plus, que l'autre est devenu étranger. Ministère de la Justice
"Le malentendu dans le couple n'est pas l'exception. Il est la règle."
Ces chiffres ne prouvent rien sur Lacan. Mais ils donnent chair à ce qu'il dit : le malentendu dans le couple n'est pas l'exception. Il est la règle. Et comprendre ça, c'est déjà commencer à souffrir autrement.
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L'enthousiasme des débuts, le désir qui projette et qui idéalise, tout ça masquait une réalité que le temps finit toujours par remettre à la surface : l'autre n'est pas ce qu'on espérait. Il résiste. Il échappe. Il pense autrement, ressent autrement, veut autrement.
L'Autre n'est pas nous, quoi !
Et ça, ça fait mal. Parce qu'on le vit comme un échec. Comme si on avait mal choisi, ou mal aimé, ou pas assez. Comme si l'amour vrai devrait produire cette fusion qu'on n'arrive pas à atteindre.
Ce que Lacan dit, et ce que je voudrais vous transmettre ici, c'est que ce n'est pas un échec. C'est la structure même de tout lien entre deux êtres désirants. Le malentendu n'est pas un accident. Il est là depuis le début. Et tout le monde, absolument tout le monde, vit ça.
Notre culture nous a raconté une histoire très belle et très dangereuse. Celle des âmes sœurs, des moitiés qui se cherchent, de l'autre qui viendrait enfin nous compléter. Platon en parlait déjà dans le Banquet. Les applications de rencontres en ont fait un modèle économique. Et nous, on y croit. On y croit profondément, souvent sans même nous en rendre compte.
Elle transforme l'autre en solution à quelque chose qui n'est pas son problème à résoudre. Et quand il se révèle incapable de combler ce manque (parce qu'il ne le peut pas, personne ne le peut), la déception devient reproche. "Tu ne me comprends pas." "Tu n'es jamais vraiment là." "Je me sens seule même à côté de toi."
Ces reproches sont sincères. La souffrance derrière eux est réelle. Mais ils reposent sur une promesse que l'autre n'a jamais faite. On lui demande de réparer quelque chose qui date de bien avant la rencontre avec lui. On lui demande d'être l'Autre, alors qu'il n'est qu'un autre, avec ses propres manques, sa propre opacité, sa propre façon de rater la cible.
Ce déplacement est souvent douloureux, parce qu'il suppose de renoncer à une attente, parfois à une certaine image de soi dans la relation.
Mais il libère quelque chose. Quand on comprend que son partenaire ne pourra jamais combler un manque qui date de l'enfance, quelque chose se dépose. La colère change de forme. Elle devient moins persécutrice. Et dans cet espace nouveau, quelque chose de plus réel peut commencer à se construire entre vous.
Ni la fusion. Ni la complétude. C'est mieux que ça, d'une certaine façon : c'est un lien choisi, lucide, qui tient non pas parce qu'il comble tout, mais parce qu'on a décidé de rester là malgré l'écart. Malgré les moments où l'autre devient opaque. Malgré ce qui ne se rejoint pas et ne se rejoindra jamais tout à fait.
Lacan a une autre formule que j'aime beaucoup. Il dit que l'amour, c'est "donner ce qu'on n'a pas à quelqu'un qui n'en veut pas." Je vous laisse un moment avec ça.
Ce qui se donne dans l'amour, c'est rarement ce qu'on possède vraiment. C'est une certitude qu'on n'a pas, une présence qu'on ne peut pas garantir, une capacité à combler qu'on n'aura jamais. Et ce qui est reçu ne correspond jamais tout à fait à ce qui était attendu. Et pourtant. Des couples tiennent. Des liens durent. Non pas parce que la complétude a été atteinte, mais parce qu'une fidélité s'est installée, au lien lui-même, à l'autre dans sa différence irréductible, à l'histoire commune qui s'est construite malgré tout.
C'est peut-être ça, ce qu'on cherche à rouvrir en thérapie de couple à Versailles. Pas la fusion perdue ou même le retour à une illusion. Mais la possibilité de choisir à nouveau, en regardant le lien pour ce qu'il est vraiment.
Si vous vous reconnaissez dans ce que vous venez de lire, si cette distance dans votre couple vous pèse et que vous ne savez plus comment la traverser, je vous reçois à Versailles. La première séance est un espace pour vous exprimer tous les deux, sans jugement, et pour voir ensemble ce qu'un travail thérapeutique pourrait vous apporter.
Deux personnes peuvent s’aimer sincèrement et pourtant ne plus parvenir à se rejoindre, se comprendre ou se parler sans se blesser. Le couple met en présence deux histoires, deux attentes, deux façons d’aimer, parfois deux inconscients qui ne demandent pas la même chose. Une lecture psychologique, relationnelle ou psychanalytique permet alors de comprendre que la souffrance ne vient pas forcément d’un manque d’amour, mais de ce que chacun attend de l’autre.
Au début, le désir idéalise, rapproche, donne l’impression d’une évidence. Avec le temps, l’autre apparaît dans sa différence : il ne pense pas comme nous, ne ressent pas comme nous, ne répond pas exactement à nos attentes. Cette distance peut réveiller un mal-être profond. En thérapie de couple, le travail consiste souvent à distinguer ce que l’on demande réellement à son partenaire de ce qu’il peut, ou ne peut pas, donner.
On espère être compris sans parler, aimé sans faille, réparé sans avoir à formuler sa blessure. L’autre devient alors le dépositaire d’un manque plus ancien, parfois inconscient. Quand il ne comble pas ce manque, la déception surgit. Ce n’est pas nécessairement la preuve que le couple est mauvais. C’est souvent le signe qu’une attente psychique très profonde demande à être entendue autrement.
Elles révèlent souvent une boucle relationnelle : plus l’un réclame, plus l’autre se ferme ; plus l’un se tait, plus l’autre insiste ; plus l’un se sent rejeté, plus l’autre se sent attaqué. Une approche systémique, analytique ou intégrative aide à repérer ces scénarios. Le but n’est pas de désigner un coupable, mais de comprendre comment chacun participe malgré lui à une dynamique qui fait souffrir les deux partenaires.
Aimer ne signifie pas être complété parfaitement par l’autre. Cela signifie rencontrer quelqu’un dans sa différence, avec ses limites, ses manques, son opacité. La promesse romantique de la moitié parfaite fabrique souvent beaucoup de souffrances psychologiques. En réalité, un lien vivant ne repose pas sur la fusion, mais sur la possibilité de rester en relation malgré l’écart entre ce que l’on espérait et ce que l’autre peut réellement être.
Au début, chacun projette sur l’autre beaucoup de désir, d’espoir, de promesse. Puis la vie commune révèle les différences, les habitudes, les fragilités, les défenses. Cette transformation peut être vécue comme une perte. Elle peut aussi devenir une chance : celle de passer d’un amour rêvé à un amour plus lucide, plus incarné, moins dépendant de l’illusion d’une parfaite complémentarité.
Il peut être utile d’entamer une thérapie lorsque le couple tourne en rond, lorsque les mêmes reproches reviennent, lorsque l’un ou les deux partenaires se sentent seuls, incompris ou épuisés. Faire une thérapie ne signifie pas que le couple est déjà condamné. Cela signifie que le lien mérite un espace où ce qui se répète peut être entendu autrement. Un psychothérapeute ou un praticien formé à la relation conjugale peut aider à rouvrir une parole moins défensive.
Une thérapie de couple ne sert pas à sauver artificiellement une relation. Elle permet de comprendre ce qui se joue, ce qui s’est figé, ce qui peut encore se transformer. Parfois, elle aide le couple à retrouver un lien plus vivant. Parfois, elle permet de se séparer avec moins de violence et davantage de clarté. Le travail thérapeutique n’impose pas une issue. Il ouvre un espace pour que chacun puisse sortir des automatismes, des reproches et des blessures accumulées.
Pourtant, dans une difficulté conjugale, la question n’est pas seulement “qui a tort ?”, mais “que fabriquons-nous ensemble ?”. Une approche systémique ou relationnelle permet d’observer la danse du couple : les attaques, les retraits, les silences, les attentes, les réactions. Cela ne nie pas la responsabilité individuelle. Cela permet de comprendre comment le lien s’organise et comment il peut évoluer.
Le signe encourageant n’est pas l’absence de conflit, mais la possibilité d’accepter un espace tiers pour parler autrement. Commencer une thérapie peut aider à voir si le lien contient encore une capacité de mouvement. Le couple ne retrouvera peut-être pas l’illusion des débuts, mais il peut parfois inventer une relation plus réelle, plus consciente, plus habitable.
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