
La question claque comme une commande. Elle dit une époque qui consomme le soin comme un service, attend de la psychothérapie ce qu'elle attend d'une application : des résultats, mesurables, rapides, garantis. Pour un clinicien formé à plusieurs approches, la tentation de répondre existe — les outils sont là. C'est précisément ce qui rend le silence si intéressant : quand on pourrait promettre et qu'on choisit de ne pas le faire, quelque chose d'essentiel se joue. Explorons ce que cette demande cache — et ce qu'elle nous oblige à tenir.
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Un jour, sur la devanture de mon glacier préféré, rue Mouffetard, j'ai lu ce slogan affiché sur la photo d'une fillette qui mangeait son cornet de glace par la pointe de la gauffrette "Etant philosophe, j'ai un problème pour chaque solution". Ceux qui ont été formés avec moi au Dôjô la connaissent sans doute...
Il y a des questions qui vous saisissent. Pas parce qu'elles sont complexes, mais parce qu'elles touchent quelque chose de fondamental dans l'exercice de notre métier — dans ce que nous faisons, dans ce que nous savons, dans ce que nous refusons de feindre.
« Qu'est-ce que vous me proposez ? »
Chaque fois, ou presque, je reste un instant sans voix. Non par ignorance — je sais ce que je fais, pourquoi je le fais, et ce que cela produit. Mais parce que la question, dans sa formulation même, révèle un malentendu si profond, si contemporain, si structurel, qu'une réponse simple serait déjà une capitulation.
Ce qui rend ce silence particulièrement intéressant dans mon cas, c'est que je pourrais répondre. Je suis formée à la psychanalyse, à l'EMDR, à l'hypnose, aux thérapies systémiques, à l'analyse groupale et familiale, au traumatisme psychique et j'en passe. J'ai un répertoire. Je pourrais dérouler une liste de techniques, m'appuyer sur des protocoles validés, promettre des effets mesurables. Il m'arrive de le faire — quand c'est cliniquement juste.
Et pourtant. Ce « qu'est-ce que vous me proposez ? » me laisse parfois sans voix.
Comprendre pourquoi est l'objet de ce texte.
Face à un état de stress post-traumatique bien identifié, l'EMDR produit des effets significatifs en quelques séances — c'est documenté, c'est réel. Face à certaines phobies, des techniques hypnotiques débloquent rapidement ce que des années de parole n'ont pas touché.
Mais voilà ce que les années de pratique m'ont appris : disposer de plusieurs outils ne simplifie pas la question de ce qu'on fait du désir de l'autre. Elle la complique. Elle la pose autrement — et plus cruellement.
Quand je choisis de ne pas aller vite, ce n'est plus par incapacité. C'est une décision clinique. Et cette décision n'a pas à se justifier — elle s'exerce.
Le développement personnel a prospéré sur ce terrain. Il a offert des outils, des protocoles, des techniques — un vocabulaire d'ingénierie appliqué au soin. Il a promis des transformations en huit semaines, des restructurations cognitives en douze séances, des reprises en main en un week-end. Et les gens ont suivi, parce que la souffrance est urgente et que l'attente est insupportable.
C'est une époque qui a inversé l'ordre des choses : les solutions précèdent désormais les problèmes. On dispose de la réponse avant même d'avoir entendu la question. La fillette rue Mouffetard avait tout compris.
Ce mouvement dit quelque chose de réel sur l'époque : la souffrance psychique y est vécue comme une anomalie à corriger, non comme un message à déchiffrer. Celui qui arrive dans mon cabinet avec une demande de solution rapide n'est pas superficiel — il a simplement appris que tout problème avait sa solution, sa réponse, que l'efficacité était une valeur cardinale, que durer était suspect.
C'est l'époque qui parle à travers lui. Et sur ce point, l'époque se trompe.
"Faites que ça change, sans que je sois obligé de changer."
Il y a d'abord la douleur réelle. Quelqu'un souffre, ne dort plus, ne peut plus travailler, ne se supporte plus. Cette urgence existe. Le psychothérapeute qui ne l'entend pas commet une erreur — une erreur défensive, souvent.
Il y a ensuite la peur. La demande de solution rapide est parfois une demande de ne pas avoir à se retourner. On veut supprimer le symptôme sans toucher à ce qu'il protège. Le psychisme sait ce qu'il fait quand il résiste.
Et puis il y a ce que la demande ne sait pas encore nommer : faites que ça change, sans que je sois obligé de changer. Ou encore : aidez-moi à retrouver qui j'étais avant — comme si le trauma, la dépression, la crise existentielle n'étaient que des parenthèses dont on sortirait intact.
Tout travail thérapeutique sérieux repose sur une hypothèse radicalement différente : on ne revient pas à un état antérieur. On devient quelque chose qu'on n'était pas encore.
Quand un patient arrive avec un trauma bien délimité, une symptomatologie claire, une demande explicite de traitement ciblé — je sais que je peux proposer un protocole EMDR. Parfois, c'est exactement ce que je fais.
Mais parfois, quelque chose retient. Pas un principe doctrinal, pas une fidélité abstraite à la psychanalyse contre les thérapies brèves. Quelque chose de clinique, de plus subtil : la sensation que le symptôme présenté n'est pas le vrai point d'entrée. Que la demande de résultat rapide cache une demande plus ancienne, plus profonde, qui ne sait pas encore comment se formuler. Que répondre trop vite à ce qui est dit, c'est passer à côté de ce qui ne peut pas encore se dire.
Ce discernement — quand aller vite, quand ralentir, quand mobiliser l'outil et quand laisser la parole travailler — ne s'apprend pas dans les manuels. Il se construit dans l'expérience, dans la supervision, dans la propre analyse du psychothérapeute. Il suppose qu'on ne confonde pas compétence technique et sagesse clinique. On peut maîtriser un protocole et rater complètement ce dont une personne a besoin.
La pluralité des formations n'est pas une réponse à la question du désir de l'autre. Elle est une palette plus large pour y répondre — à condition d'écouter avant de choisir.
Derrière la demande de résultats rapides, derrière le ça marche ou ça ne marche pas des premières séances, il y a presque toujours quelque chose de plus ancien et de plus profond : une longue attente d'être enfin entendu. Ce qui arrive dans le cabinet sous les traits de l'efficience cache souvent une demande d'existence — être reconnu, avoir un lieu où ce qui a toujours été tu peut commencer à se dire.
C'est ce que l'exigence de rapidité ne voit pas : les patients qui arrivent avec la demande la plus pressée sont souvent ceux qui, une fois qu'un espace s'ouvre, s'y investissent avec une intensité remarquable. L'urgence n'était pas superficielle — elle était le seul langage disponible pour dire quelque chose d'essentiel.
Mais il arrive que cet espace ne s'ouvre pas — ou pas assez vite. Quelques séances, parfois moins, parfois après la première et la conclusion tombe : ça ne marche pas. On repart chercher ailleurs, une approche plus rapide, un thérapeute plus directif, quelque chose qui produise un signe visible, mesurable, rassurant.
Ce départ prématuré mérite d'être regardé en face, sans complaisance. Il est souvent, en lui-même, une répétition.
La façon dont quelqu'un quitte une thérapie parce qu'elle ne va pas assez vite dit quelque chose de précis sur sa façon d'être en relation — sur ce qu'il peut supporter d'attendre, sur ce qu'il tolère d'incertain, sur ce qui se passe en lui quand la réponse tarde. L'interruption est déjà du matériau clinique. Elle rejoue, dans le cadre thérapeutique, exactement ce qui se joue dehors.
Ceux qui partent trop tôt emportent souvent avec eux, sans le savoir, la conviction que rien ne peut durer, que l'autre finit toujours par décevoir, que l'attente est une forme d'abandon. Et cette conviction — renforcée par chaque tentative interrompue — les rend un peu plus imperméables à la prochaine.
Ce tableau n'est pas une fatalité. Le patient qui part peut revenir — et revient parfois, après un détour par d'autres promesses non tenues. Ce que l'interruption n'a pas résolu, elle l'a parfois rendu plus lisible. L'échec thérapeutique, quand il est pensé plutôt que subi, fait partie du processus. Et il y a quelque chose de précieux dans le fait que ce soit parfois parce qu'on pourrait aller vite et qu'on choisit de ne pas le faire que la confiance finit par s'installer — chez ceux qui restent, comme chez ceux qui reviennent.
Un agacement parfois, face à ce que la question ignore de la complexité du travail psychique. Et, pour le clinicien intégratif, une pression particulière : on pourrait satisfaire la demande. On choisit de ne pas toujours le faire.
Ce silence n'est pas neutre. Il est lui-même une réponse — la première, la plus honnête. Il dit : je vous entends, et je ne vais pas faire semblant que ce que vous demandez est simple. Mais il peut aussi, si on n'y prend garde, se teinter d'autre chose : une légère condescendance envers celui qui ose poser la question, une satisfaction un peu défensive d'être celui qui résiste à l'époque, une façon de se distinguer de ceux qui promettent. Ce sont des mouvements subtils, rarement conscients, et c'est précisément pour cela qu'ils méritent d'être regardés.
Car le contre-transfert face à cette demande ne se limite pas à ce qu'on ressent dans l'instant. Il dit quelque chose de plus profond : comment nous nous sommes nous-mêmes positionnés par rapport à une époque qui nous bouscule. Certains d'entre nous ont choisi la profondeur contre la vitesse par conviction authentiquement clinique. D'autres, peut-être, aussi par tempérament, par formation reçue comme un héritage intouchable, par peur de se confronter à l'évaluation du résultat. La frontière entre position éthique et confort défensif n'est pas toujours aussi nette qu'on voudrait le croire.
C'est là que le risque est réel. Si nous cédons à la pression du résultat — en survendant nos interventions, en raccourcissant les prises en charge, en parlant le langage de l'efficience pour paraître crédibles — nous ne trahissons pas seulement notre éthique. Nous participons activement au malentendu que nous déplorons. Mais si nous nous réfugions dans une posture de résistance sans l'interroger, nous risquons autre chose : de confondre la rigueur avec le repli, la profondeur avec l'inaccessibilité, la tenue d'une position avec l'imperméabilité au questionnement.
La supervision et l'analyse personnelle sont les espaces où ce travail-là se fait. Pas pour se flageller, mais pour rester vivant cliniquement — pour que notre façon de tenir la position reste un acte pensé, et non une posture figée.
Le contre-transfert face à cette demande dit quelque chose d'important sur notre rapport à l'époque. L'analyser fait partie du travail. C'est peut-être même, dans ce contexte, l'un des actes cliniques les plus nécessaires.
Ce que j'ai appris à dire — et qui varie selon la personne en face : « Je vous propose qu'on commence par comprendre ensemble ce qui vous amène. Pas seulement ce qui fait mal, mais comment ça fait mal, depuis quand, ce que ça répète peut-être. C'est ce que nous découvrirons ensemble qui guidera le choix des outils et du rythme. Ce que je ne promets pas : un résultat ni un délai. Ce que je garantis : une présence et une méthode sérieuse. »
C'est insuffisant pour celui qui cherche une garantie. Pour celui qui cherche à être pris au sérieux — c'est déjà considérable. Quant au patient pressé, sceptique, qui doute que la parole puisse changer quoi que ce soit : il est précisément celui pour qui ce travail existe. L'impatience n'est pas un obstacle à la thérapie. C'est souvent son premier matériau.
Elle veut des solutions à des souffrances qui sont, le plus souvent, des appels à transformer quelque chose de fondamental — dans la façon dont on vit, dont on aime, dont on se rapporte à soi-même.
Être formé à plusieurs approches n'efface pas cette réalité. Cela oblige, au contraire, à la tenir de façon plus consciente : on ne peut plus se réfugier derrière l'absence d'outils. On assume le choix de ne pas les utiliser d'emblée — ou de les utiliser autrement que ce qu'on demande.
Ce n'est pas une position contre l'époque. C'est une position pour le patient — même quand il ne le sait pas encore.
On prête aux philosophes cette formule : j'ai un problème pour chaque solution. Dans une époque qui veut des solutions sans problèmes, c'est peut-être la posture la plus cliniquement juste qui soit. Qu'en pensez-vous ?
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La réponse honnête : ça dépend — de vous, de ce que vous traversez, de la profondeur à laquelle vous acceptez d'aller. Une phobie bien délimitée peut se traiter en quelques séances d'EMDR. Une souffrance qui remonte à l'enfance, qui colore toutes vos relations, qui se répète sans que vous compreniez pourquoi — ça, ça prend plus de temps. Non parce que les thérapeutes aiment vous garder captifs, mais parce que ce qui a mis vingt ans à se construire ne se défait pas en huit séances. Ce serait mentir que de prétendre le contraire. Et je préfère être honnête.
La thérapie n'est pas un médicament qu'on avale et qui agit pendant qu'on dort. C'est un travail — le vôtre autant que le mien. Ce qui ne marche pas, c'est souvent la combinaison d'une mauvaise approche pour la bonne personne, ou d'une bonne approche pour la mauvaise personne, ou d'une interruption trop précoce. La question n'est pas est-ce que ça marche, mais est-ce que ça travaille dans la bonne direction. Et ça, ça se sent assez vite — même si les effets profonds prennent du temps.
Pas parce que vous vous sentez bien à chaque séance — certaines séances sont inconfortables, et c'est souvent bon signe. Mais parce que vous vous sentez pris au sérieux. Parce que la relation tient quelque chose, même dans la difficulté. Un bon thérapeute ne vous dit pas ce que vous voulez entendre. Il ne vous promet pas non plus ce qu'il ne peut pas tenir. S'il vous garantit des résultats en dix séances avant même de vous connaître — méfiance.
Mais voici ce que j'observe : les arrêts prématurés ressemblent souvent à autre chose qu'une décision libre. Ils ressemblent à une fuite — de ce qui commence à se dire, de ce qui devient inconfortable, de ce qui touche juste. Ce n'est pas un jugement. C'est une observation clinique. Si vous avez envie de partir, c'est souvent le moment d'en parler — précisément à votre thérapeute.
L'EMDR est remarquablement efficace sur les traumatismes. La TCC donne des outils concrets pour certains troubles anxieux. La psychanalyse travaille en profondeur sur ce qui se répète sans qu'on le comprenne. Et parfois, plusieurs approches combinées font ce qu'aucune n'aurait fait seule. C'est précisément pourquoi je me suis formée à plusieurs méthodes : pour ne pas faire entrer tout le monde dans la même case.
Un travail sérieux ne crée pas de dépendance : il vise à ce que vous ayez de moins en moins besoin de venir. Ce qui peut ressembler à de la dépendance en début de thérapie est souvent simplement le fait d'avoir enfin trouvé un espace où l'on peut se dire. Ça fait du bien. Ce n'est pas pathologique.
Mais sachez que l'enfance a souvent une façon de se rappeler à nous sans qu'on l'y invite — dans les relations, dans les répétitions, dans ce qui nous blesse de façon disproportionnée. Ce n'est pas le passé pour lui-même qui intéresse le thérapeute. C'est ce que le passé fait au présent. Si ça ne bouge pas là-bas, ça ne bougera pas ici non plus.
Certaines formes de thérapie brève, comme l'EMDR ou certaines approches comportementales, produisent des effets réels et durables sur des problématiques ciblées. Ce n'est pas du travail bâclé. C'est une approche thérapeutique adaptée à certains tableaux cliniques. Là où ça coince, c'est quand on applique la logique de la thérapie brève à des souffrances qui demandent une exploration plus longue — des traumatismes complexes, des schémas relationnels répétitifs, un mal-être diffus qui n'a pas de nom simple. Dans ces cas-là, aller vite, c'est passer à côté. Mon approche intégrative me permet de naviguer entre les deux selon ce que la personne traverse vraiment.
Trop compliqué : la psychopathologie n'a pas de hiérarchie officielle du mérite. Les souffrances psychiques ne se mesurent pas à leur degré de spectaculaire. Ce qui vous empêche de vivre pleinement vous appartient — peu importe si ça paraît inexplicable ou disproportionné aux yeux des autres. Pas assez grave : la santé mentale ne se consulte pas seulement en crise. Attendre le fond pour chercher de l'aide, c'est attendre d'avoir une pneumonie pour penser à respirer. Commencer une thérapie quand on se sent encore debout, c'est souvent ce qui permet de le rester.
C'est le fait de ne pas s'enfermer dans une seule doctrine quand la personne en face de vous déborde du cadre. Certaines souffrances répondent mieux à un travail sur l'inconscient et la parole — approche analytique. D'autres demandent une intervention plus ciblée sur les schémas comportementaux ou les réponses émotionnelles — approches comportementales, EMDR, hypnose ericksonienne. L'approche intégrative, c'est avoir assez de formation et d'humilité pour choisir l'outil juste plutôt que d'appliquer toujours le même. Ce n'est pas une forme de thérapie molle qui dit oui à tout. C'est une exigence clinique supplémentaire.
Si guérir signifie revenir à l'état d'avant — avant le trauma, avant la dépression, avant la crise — alors non. Cet état-là n'existe plus, et prétendre y retourner serait une illusion thérapeutique. Si guérir signifie transformer son rapport à la souffrance, comprendre ce qui se répète, retrouver une liberté psychique qu'on ne soupçonnait plus — alors oui, profondément. La guérison en santé mentale n'est pas une ligne d'arrivée. C'est un mouvement. Et ce mouvement, contrairement à ce que l'époque voudrait faire croire, ne se décrète pas en dix séances.
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