
Nous sommes mi-janvier. Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui, début janvier, se sont lancées avec enthousiasme dans de nouvelles résolutions : arrêter de fumer, faire du sport trois fois par semaine, manger plus sainement, passer moins de temps sur les écrans... Et peut-être commencez-vous déjà à sentir que l'élan des premiers jours s'essouffle, que la motivation faiblit, que vous vous en voulez de "craquer" à nouveau.Si c'est votre cas, rassurez-vous : vous n'êtes ni faible, ni sans volonté. Vous êtes simplement humain. Et pour comprendre ce qui se joue dans cette valse-hésitation entre vos bonnes intentions et vos envies immédiates, je vous propose de découvrir deux concepts fondamentaux de la psychanalyse : le principe de plaisir et le principe de réalité.
seuls 30% des Français tiennent leurs résolutions dans la durée, la plupart étant abandonnées dès février.
Quant aux résolutions elles-mêmes, elles suivent des tendances remarquablement stables.
Ce qui est frappant, c'est le décalage entre l'intention et la réalisation. 68% des sportifs respectent leurs engagements, contre seulement 34% des non-sportifs, suggérant qu'une fois installées, certaines habitudes se renforcent mutuellement. Mais comment expliquer que tant de bonnes intentions échouent ? Et surtout, comment sortir de cette culpabilité qui revient chaque année ?
Et pour comprendre ce qui se joue dans cette valse-hésitation entre vos bonnes intentions et vos envies immédiates, je vous propose de découvrir deux concepts fondamentaux de la psychanalyse : le principe de plaisir et le principe de réalité.
Une partie de vous murmure : "Allez, encore un épisode, ça fait tellement de bien !". Une autre proteste : "Si tu te couches si tard, tu seras épuisé demain, et tu as cette réunion importante...".
Cette petite scène du quotidien illustre parfaitement le conflit permanent entre deux modes de fonctionnement de notre psychisme, décrits par Freud il y a plus d'un siècle.
C'est notre fonctionnement le plus archaïque, celui qui domine chez le bébé qui hurle de faim et ne peut pas attendre. Il ne connaît ni la patience, ni le compromis, ni la nuance. Il veut, tout de suite.
Celle qui accepte de renoncer à un plaisir immédiat pour éviter une souffrance plus grande ou obtenir quelque chose de meilleur plus tard. C'est ce qui nous permet de nous lever le matin alors qu'on préférerait rester au lit, de dire non à cette troisième part de gâteau, de mettre de l'argent de côté pour nos vacances.
Vous savez que c'est bon pour votre santé, votre moral, votre longévité. Vous avez une vision à long terme, des objectifs raisonnables.
Mais le soir, quand il fait froid et noir dehors, que votre canapé est confortable et que votre série vous attend... c'est le principe de plaisir qui reprend le dessus. Et il est puissant, car il touche à quelque chose de très profond en nous, à notre besoin vital de réconfort, de douceur, de satisfaction immédiate.
Le principe de plaisir ne disparaît jamais. Il reste actif toute notre vie, tapi dans l'ombre, animant nos rêves, nos lapsus, nos désirs les plus secrets. C'est lui qui nous fait saliver devant une pâtisserie, qui nous pousse vers ce verre de vin "pour décompresser", qui nous fait scroller Instagram au lieu de dormir.
Voici ce que je constate régulièrement en consultation : nous avons tendance à considérer le principe de plaisir comme un ennemi à combattre, une faiblesse à éradiquer. Nous nous en voulons terriblement quand il prend le dessus. Nous cultivons la culpabilité, la honte, le sentiment d'être "nul" ou "sans volonté".
Mais cette guerre intérieure est épuisante et, surtout, vouée à l'échec.
Car le principe de plaisir n'est pas votre ennemi. Il est une partie essentielle de vous, celle qui porte votre élan vital, votre créativité, votre capacité à désirer et à profiter de la vie. Sans lui, vous seriez une machine froide, efficace peut-être, mais vidée de toute joie.
Le principe de réalité, lui non plus, n'est pas là pour vous brimer ou vous punir. Son rôle est de vous protéger, de vous permettre de vivre en société, d'atteindre vos objectifs à long terme. C'est lui qui vous aide à prendre soin de vous vraiment, au-delà de la satisfaction immédiate.
Les grandes résolutions qu'on ne tiendra jamais et pourquoi c'est pas si grave !
De créer un espace de négociation intérieure où les deux puissent s'exprimer.
Au lieu de : "Je DOIS aller courir trois fois par semaine, point final. Si je n'y vais pas, je suis nul(le)."
Essayez : "J'ai envie de prendre soin de mon corps et de ma santé (principe de réalité). Et en même temps, j'ai besoin de douceur et de repos après ma journée (principe de plaisir). Comment puis-je honorer ces deux besoins ?"
Peut-être qu'aujourd'hui, une marche de 20 minutes vous fera autant de bien qu'une séance de sport intensive. Peut-être que vous pouvez regarder un épisode de votre série... puis aller vous coucher. Peut-être que vous pouvez manger ce carré de chocolat en le savourant vraiment, au lieu de vous l'interdire jusqu'au jour où vous craquerez et mangerez toute la tablette.
Elles fonctionnent comme des petits soldats, efficaces, responsables, mais au prix d'une vie psychique appauvrie, d'une incapacité à se faire plaisir, parfois même à savoir ce qu'elles désirent vraiment. Elles consultent souvent pour dépression, burn-out, ou ce sentiment diffus que "la vie passe à côté".
Elles sont dans la recherche constante de satisfaction immédiate, fuient systématiquement l'inconfort, et se retrouvent coincées dans des impasses : addictions, dettes, relations toxiques, isolement social. Elles souffrent des conséquences de leurs choix impulsifs, mais n'arrivent pas à faire autrement.
Dans les deux cas, le travail thérapeutique consiste à restaurer une circulation entre ces deux pôles. À redonner du jeu là où il y a trop de rigidité, et de la structure là où il y a trop de chaos.
Plutôt que de vous flageller, posez-vous ces questions :
Peut-être découvrirez-vous que vos vraies résolutions ne sont pas celles que vous croyiez. Peut-être que "faire du sport trois fois par semaine" cache en réalité un besoin de vous sentir vivant(e) dans votre corps, et que ce besoin peut être satisfait autrement. Peut-être que "arrêter de grignoter" masque un besoin de douceur ou de réconfort que vous pourriez combler différemment.
Une vie psychique saine, c'est une vie où ces deux principes peuvent coexister, dialoguer, se tempérer mutuellement. Où vous pouvez à la fois poursuivre vos objectifs à long terme ET vous offrir des moments de plaisir simple. Où vous n'êtes ni un ascète rigide, ni un enfant capricieux, mais un adulte capable de souplesse et de bienveillance envers soi-même.
Alors cette année, plutôt que de nouvelles résolutions qui vous mettront en guerre avec vous-même, que diriez-vous d'une seule : celle d'apprendre à mieux vous connaître, à écouter vos différentes parts, et à leur faire une place à toutes ?
Frédérique Korzine - Psychanalyste et psychothérapeute
Cabinet Psy Coach Versailles
Spécialisée en trauma relationnel, hypnose et EMDR
Si vous sentez que ce conflit intérieur vous épuise ou vous empêche de vivre pleinement, n'hésitez pas à en parler en consultation. Parfois, un accompagnement thérapeutique peut vous aider à retrouver cet équilibre délicat entre plaisir et réalité, entre désir et contrainte, entre qui vous êtes et qui vous voulez devenir.