Bonnes résolutions : principe de plaisir vs principe de réalité
17/1/2026

Bonnes résolutions : quand le principe de réalité malmène le principe de plaisir

Nous sommes mi-janvier. Peut-être faites-vous partie de ces personnes qui, début janvier, se sont lancées avec enthousiasme dans de nouvelles résolutions : arrêter de fumer, faire du sport trois fois par semaine, manger plus sainement, passer moins de temps sur les écrans... Et peut-être commencez-vous déjà à sentir que l'élan des premiers jours s'essouffle, que la motivation faiblit, que vous vous en voulez de "craquer" à nouveau.Si c'est votre cas, rassurez-vous : vous n'êtes ni faible, ni sans volonté. Vous êtes simplement humain. Et pour comprendre ce qui se joue dans cette valse-hésitation entre vos bonnes intentions et vos envies immédiates, je vous propose de découvrir deux concepts fondamentaux de la psychanalyse : le principe de plaisir et le principe de réalité.

Table des matières

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Les chiffres qui parlent

Vous n'êtes pas seul dans cette expérience.

58% des Français affirment avoir tenu au moins une de leurs résolutions en 2025, mais cela signifie aussi que près de la moitié n'y parviennent pas. Plus révélateur encore :

seuls 30% des Français tiennent leurs résolutions dans la durée, la plupart étant abandonnées dès février.

Quant aux résolutions elles-mêmes, elles suivent des tendances remarquablement stables.

Pour 2026, 31% des Français souhaitent faire plus d'exercice, ce qui reste la résolution numéro 1, suivie par le désir de passer plus de temps avec la famille et les amis (29%). Viennent ensuite se réserver de vrais moments de détente (26%) et prendre soin de soi (22%).

Ce qui est frappant, c'est le décalage entre l'intention et la réalisation. 68% des sportifs respectent leurs engagements, contre seulement 34% des non-sportifs, suggérant qu'une fois installées, certaines habitudes se renforcent mutuellement. Mais comment expliquer que tant de bonnes intentions échouent ? Et surtout, comment sortir de cette culpabilité qui revient chaque année ?

Si c'est votre cas, rassurez-vous : vous n'êtes ni faible, ni sans volonté. Vous êtes simplement humain.

Et pour comprendre ce qui se joue dans cette valse-hésitation entre vos bonnes intentions et vos envies immédiates, je vous propose de découvrir deux concepts fondamentaux de la psychanalyse : le principe de plaisir et le principe de réalité.

Quand notre psychisme fonctionne sur deux vitesses

Imaginez-vous devant votre série préférée, tard le soir. Demain, réveil à 6h30.

Une partie de vous murmure : "Allez, encore un épisode, ça fait tellement de bien !". Une autre proteste : "Si tu te couches si tard, tu seras épuisé demain, et tu as cette réunion importante...".

Cette petite scène du quotidien illustre parfaitement le conflit permanent entre deux modes de fonctionnement de notre psychisme, décrits par Freud il y a plus d'un siècle.

Le principe de plaisir, c'est cette part de nous qui veut la satisfaction immédiate, qui cherche le plaisir maintenant et fuit le déplaisir à tout prix.

C'est notre fonctionnement le plus archaïque, celui qui domine chez le bébé qui hurle de faim et ne peut pas attendre. Il ne connaît ni la patience, ni le compromis, ni la nuance. Il veut, tout de suite.

Le principe de réalité, lui, c'est la part qui a grandi, qui a appris à composer avec les contraintes du monde.

Celle qui accepte de renoncer à un plaisir immédiat pour éviter une souffrance plus grande ou obtenir quelque chose de meilleur plus tard. C'est ce qui nous permet de nous lever le matin alors qu'on préférerait rester au lit, de dire non à cette troisième part de gâteau, de mettre de l'argent de côté pour nos vacances.

Pourquoi les résolutions du Nouvel An sont si difficiles à tenir

Revenons à vos résolutions de janvier.

Quand vous décidez de "faire du sport trois fois par semaine", c'est votre principe de réalité qui parle.

Vous savez que c'est bon pour votre santé, votre moral, votre longévité. Vous avez une vision à long terme, des objectifs raisonnables.

Mais le soir, quand il fait froid et noir dehors, que votre canapé est confortable et que votre série vous attend... c'est le principe de plaisir qui reprend le dessus. Et il est puissant, car il touche à quelque chose de très profond en nous, à notre besoin vital de réconfort, de douceur, de satisfaction immédiate.

Le principe de plaisir ne disparaît jamais. Il reste actif toute notre vie, tapi dans l'ombre, animant nos rêves, nos lapsus, nos désirs les plus secrets. C'est lui qui nous fait saliver devant une pâtisserie, qui nous pousse vers ce verre de vin "pour décompresser", qui nous fait scroller Instagram au lieu de dormir.

Et si on arrêtait de se faire la guerre ?

Voici ce que je constate régulièrement en consultation : nous avons tendance à considérer le principe de plaisir comme un ennemi à combattre, une faiblesse à éradiquer. Nous nous en voulons terriblement quand il prend le dessus. Nous cultivons la culpabilité, la honte, le sentiment d'être "nul" ou "sans volonté".

Mais cette guerre intérieure est épuisante et, surtout, vouée à l'échec.

Car le principe de plaisir n'est pas votre ennemi. Il est une partie essentielle de vous, celle qui porte votre élan vital, votre créativité, votre capacité à désirer et à profiter de la vie. Sans lui, vous seriez une machine froide, efficace peut-être, mais vidée de toute joie.

Le principe de réalité, lui non plus, n'est pas là pour vous brimer ou vous punir. Son rôle est de vous protéger, de vous permettre de vivre en société, d'atteindre vos objectifs à long terme. C'est lui qui vous aide à prendre soin de vous vraiment, au-delà de la satisfaction immédiate.

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Trouver son équilibre, sans violence

Le véritable enjeu n'est donc pas de faire taire l'un au profit de l'autre, mais de les faire dialoguer.

De créer un espace de négociation intérieure où les deux puissent s'exprimer.

Concrètement, cela pourrait ressembler à ceci :

Au lieu de : "Je DOIS aller courir trois fois par semaine, point final. Si je n'y vais pas, je suis nul(le)."

Essayez : "J'ai envie de prendre soin de mon corps et de ma santé (principe de réalité). Et en même temps, j'ai besoin de douceur et de repos après ma journée (principe de plaisir). Comment puis-je honorer ces deux besoins ?"

Peut-être qu'aujourd'hui, une marche de 20 minutes vous fera autant de bien qu'une séance de sport intensive. Peut-être que vous pouvez regarder un épisode de votre série... puis aller vous coucher. Peut-être que vous pouvez manger ce carré de chocolat en le savourant vraiment, au lieu de vous l'interdire jusqu'au jour où vous craquerez et mangerez toute la tablette.

Ce que j'observe en thérapie

Dans mon cabinet, je rencontre souvent deux types de souffrance liées à ce déséquilibre :

D'un côté, des personnes qui ont trop bridé leur principe de plaisir.

Elles fonctionnent comme des petits soldats, efficaces, responsables, mais au prix d'une vie psychique appauvrie, d'une incapacité à se faire plaisir, parfois même à savoir ce qu'elles désirent vraiment. Elles consultent souvent pour dépression, burn-out, ou ce sentiment diffus que "la vie passe à côté".

De l'autre, des personnes qui peinent à mobiliser leur principe de réalité.

Elles sont dans la recherche constante de satisfaction immédiate, fuient systématiquement l'inconfort, et se retrouvent coincées dans des impasses : addictions, dettes, relations toxiques, isolement social. Elles souffrent des conséquences de leurs choix impulsifs, mais n'arrivent pas à faire autrement.

Dans les deux cas, le travail thérapeutique consiste à restaurer une circulation entre ces deux pôles. À redonner du jeu là où il y a trop de rigidité, et de la structure là où il y a trop de chaos.

Une invitation pour les semaines à venir

Nous sommes mi-janvier, et peut-être que certaines de vos résolutions ont déjà volé en éclats. Je vous invite à ne pas voir cela comme un échec, mais comme une information précieuse sur votre fonctionnement psychique.

Plutôt que de vous flageller, posez-vous ces questions :

  • Qu'est-ce que je cherche vraiment à travers cette résolution ? (santé, reconnaissance, conformité à une norme sociale) ?
  • Quel besoin légitime mon principe de plaisir cherche-t-il à satisfaire quand je "craque" ? (repos, réconfort, plaisir, lien social) ?
  • Comment puis-je honorer les deux, sans que l'un écrase l'autre ?

Peut-être découvrirez-vous que vos vraies résolutions ne sont pas celles que vous croyiez. Peut-être que "faire du sport trois fois par semaine" cache en réalité un besoin de vous sentir vivant(e) dans votre corps, et que ce besoin peut être satisfait autrement. Peut-être que "arrêter de grignoter" masque un besoin de douceur ou de réconfort que vous pourriez combler différemment.

Pour conclure

Le principe de plaisir et le principe de réalité ne sont pas des adversaires, mais des partenaires.

L'un porte votre élan vital, votre capacité à jouir de la vie. L'autre vous permet de tenir compte du monde tel qu'il est, de construire quelque chose de durable.

Une vie psychique saine, c'est une vie où ces deux principes peuvent coexister, dialoguer, se tempérer mutuellement. Où vous pouvez à la fois poursuivre vos objectifs à long terme ET vous offrir des moments de plaisir simple. Où vous n'êtes ni un ascète rigide, ni un enfant capricieux, mais un adulte capable de souplesse et de bienveillance envers soi-même.

Alors cette année, plutôt que de nouvelles résolutions qui vous mettront en guerre avec vous-même, que diriez-vous d'une seule : celle d'apprendre à mieux vous connaître, à écouter vos différentes parts, et à leur faire une place à toutes ?

Frédérique Korzine - Psychanalyste et psychothérapeute
Cabinet Psy Coach Versailles
Spécialisée en trauma relationnel, hypnose et EMDR

Si vous sentez que ce conflit intérieur vous épuise ou vous empêche de vivre pleinement, n'hésitez pas à en parler en consultation. Parfois, un accompagnement thérapeutique peut vous aider à retrouver cet équilibre délicat entre plaisir et réalité, entre désir et contrainte, entre qui vous êtes et qui vous voulez devenir.

Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
Pour un soutien personnel ou professionnel, je vous propose un suivi adapté à vos besoins favorisant bien-être et épanouissement, à Versailles.

Psychanalyse, hypnose, coaching, supervision et thérapies brèves.

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