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LE COVID 19, LA LOI AVEUGLE ET L'ELEPHANT... QUI CROIRE ? QUE CROIRE ?

Un psychanalyste où un psychologue à Versailles

 

Cette crise sanitaire semble avoir donné un nouveau sens au verbe croire. Chacun, expert, avéré ou usurpateur, se posant en spécialiste du problème, devenu savant du moment y va de sa certitude et de son expertise de ce qu’est le virus, de la façon dont il convient ou non de le traiter, de combien de temps cette crise va durer, faut-il ou non se vacciner, se tester, porter le masque, etc.

 

Chacun donc semble à ses propres yeux devenu si savant qu’il décide de ne croire qu’en ses seules références, glanées ça et là, qu'en ses seules croyances.

 

Et pourtant, ce n’est pas si simple…

 

Laissez moi vous raconter une histoire…

 

IL ETAIT UNE FOIS...

En vieillissant, notre vue s’affaiblit, notre ouïe diminue,  nos cheveux tombent. Mais un organe semble devenir toujours plus costaud année après année : l’organe de la parole.
C’est pourquoi les citoyens les plus bavards, l’âge venant, peuvent entrer en politique et y réussir.
Il y a des siècles de cela, un roi avait bien du tourment avec ses ministres. Ils se disputaient entre eux à tel point qu’il n’arrivaient presque jamais à s’entendre sur une décision. Suivant en cela la tradition politique la plus ancienne, chacun affirmait avoir seul raison, tendit que tous les autres avaient tort.  Mais le jour où le roi, qui avait plus d’un tour dans son sac, décida d’organiser une grande fête publique, ils se mirent tous d’accord pour prendre un jour de congé afin d’ y assister.
La fête se tint dans un grand stade, avec de nombreux spectacles de chants et danses, des acrobaties, des clowns, de la musique, et bien d’autres choses encore. 
Pour le spectacle final, donné devant une foule immense, avec des ministres évidemment placés aux premières loges, le roi en personne conduisit son éléphant royal au centre de l’arene. Derrière l’éléphant suivaient sept hommes, tous bien connus pour être aveugles de naissance. 
Le roi prit la main du premier aveugle, lui fit tâter la trompe de l’éléphant, et lui dit que c’était un éléphant. 
Puis il aida le deuxième aveugle à tâter les défenses de l’éléphant, le troisième à tâter les oreilles, le quatrième la tête, le cinquième le corps, le sixième les jambes et le septième la queue, en leur disant à chaque fois que c’était un éléphant.
Il se tourna ensuite vers le premier aveugle et lui demanda de dire à haute voix ce qu’était un éléphant. « de mon point de vue d'expert réputé, affirma le premier aveugle en tâtant la trompe, « j’affirme avec la plus grande certitude qu’un éléphant est une espèce de serpent, du genre python Asiaticus. » 
« sottises et balivernes ! », s’exclama le deuxième aveugle en tâtant les défenses. «Un éléphant est bien trop rigide pour être un serpent. En réalité, je ne me trompe jamais, c’est un soc de charrue pour le labour. »
« Ne soyez pas ridicules ! », railla le troisième aveugle en tâtant une oreille. « Un éléphant est clairement un éventail formé d’une feuille de palmier. »
« Bande d’idiots incompétents ! »,  s’esclaffa le quatrième aveugle en tâtant la tête. « Un éléphant est évidemment une grande jarre d’eau.»
« Impossible ! Absolument impossible ! », pesta le cinquième aveugle en tâtant le corps. « Un éléphant est un énorme rocher. »
« sottises que tout cela ! », Cria le sixième aveugle en tâtant une jambe. « Un éléphant est un tronc d’arbre. »
« Quelle bande de crétins ! », Ricana le septième aveugle en tâtant la queue. «  Je vais vous dire ce qu’est vraiment un éléphant. C’est une espèce de chasse mouche. Je le sais, je peux le sentir de ma propre main. »
« N’importe quoi, c’est un serpent ! » « Impossible, c’est une jarre ! » « Certainement pas, c’est un… »
 Et les aveugles se mirent à se disputer avec tant de véhémence, et tous en même temps, que leur paroles se mêlaient pour former un long et puissant braillement. Les insultens fusaient, puis on en vint aux mains. Il n’était pas sûrs de savoir sur qui ils tapaient, mais dans un tel fracas et dans une telle furie cela n’avait pas d’importance. Ils se battaient pour le principe, pour l’intégrité, pour la vérité. Ou plutôt, pour leur vérité individuelle à eux.
Les soldats du roi durent séparer les aveugles bagarreurs, pleins d’ecchymoses. 
Pendant ce temps, les ministres restaient silencieux, tous penauds, sous les moqueries de la foule qui occupait le stade. Tout le monde avait bien compris la leçon qu’avait voulu donner le roi... 

QUE POUVONS-NOUS APPRENDRE DE CETTE HISTOIRE ?

Chacun d’entre nous ne peut connaître qu’une partie de tout ce que constitue la vérité. En prenant pour une vérité absolue ce qui n’est qu’une connaissance limitée, nous agissons comme l’un des aveugles qui tate une partie du corps de l’éléphant et en déduit que cette expérience limitée est la vérité, et que tout le reste est faux.
Imaginez ce qui se serait produit si les sept aveugles, au lieu d’opposer leurs expériences, les avaient mises en commun.
 
Ils auraient pu en conclure qu’un éléphant est quelque chose qui ressemble à un énorme rocher reposant sur quatre gros troncs d’arbre. À l’arrière du rocher, il y aurait un chasse-mouche, et sur le devant, une grande jarre d’eau.  De part et d’autre de la jarre, deux éventails formés de feuilles de palmier, en bas, deux socs de charrue, et au milieu un long python ! 
Pour qui n’aurait jamais vu un éléphant, ce ne serait pas une si mauvaise description, n’est-ce pas ?
La sagesse du moine - Ajan Brahm

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