Osez dire non à votre enfant !
22/7/2026

dire non à son enfant sans culpabiliser

Si vous lisez cet article, c'est peut-être parce qu'un mot, quelque part, vous a touché. Peut-être que vous reconnaissez cette fatigue particulière, celle qui vient après une énième crise face à laquelle vous n'avez pas su quoi faire. Peut-être que vous vous demandez, en silence, si vous êtes un mauvais parent parce que votre enfant vous épuise, vous exaspère, ou parce que vous redoutez son prochain débordement. Peut-être aussi que vous vous sentez un peu perdus, submergés par les réponses innombrables qui circulent sur les réseaux et chez des professionnels de tous bords, chacun affirmant détenir la bonne méthode. Sachez d'abord ceci : vous n'êtes pas seuls, et cette question mérite d'être posée sans honte.

Table des matières

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« L'autorité n'est pas un enchaînement d'actes mais un état d'esprit sécurisant. » (Aldo Naouri, pédiatre)

Si vous lisez cet article, c'est peut-être parce qu'un mot, quelque part, vous a touché. Peut-être que vous reconnaissez cette fatigue particulière, celle qui vient après une énième crise face à laquelle vous n'avez pas su quoi faire. Peut-être que vous vous demandez, en silence, si vous êtes un mauvais parent parce que votre enfant vous épuise, vous exaspère, ou parce que vous redoutez son prochain débordement. Peut-être aussi que vous vous sentez un peu perdus, submergés par les réponses innombrables qui circulent sur les réseaux et chez des professionnels de tous bords, chacun affirmant détenir la bonne méthode. Sachez d'abord ceci : vous n'êtes pas seuls, et cette question mérite d'être posée sans honte.

Vous n'êtes pas seuls face à cette fatigue

Beaucoup de parents que je reçois portent, sans le dire à voix haute, une peur diffuse de leur propre enfant.

Ils cèdent pour avoir la paix et guettent le prochain effondrement avec une appréhension presque physique.

Cette peur ne fait pas d'eux de mauvais parents. Elle témoigne au contraire d'un amour sincère, mêlé à une génération de messages contradictoires sur ce qu'il faudrait faire ou ne jamais faire.

Le Time Out

Le time out, tant décrié ces dernières années, mérite d'être regardé avec un peu plus de tendresse.

Utilisé avec calme et suivi d'un retour vers l'enfant, il n'a rien d'une punition froide. Il peut au contraire offrir à l'enfant une expérience rassurante : celle de traverser une émotion intense sans que rien ne se brise autour de lui, ni le lien avec vous ni sa propre sécurité intérieure.

Le temps du silence utile

« L'important, c'est qu'un enfant puisse toujours dire ce dont il a envie, mais pas toujours le faire. » (Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste)

On a beaucoup reproché à la mise à l'écart de laisser l'enfant seul face à sa détresse.

C'est oublier qu'un enfant a aussi besoin d'apprendre, à son rythme et avec votre soutien, à traverser une frustration sans qu'un adulte comble systématiquement le vide à sa place.

Quelques minutes calmes dans sa chambre n'ont rien d'un abandon quand ce temps s'inscrit dans un cadre annoncé à l'avance, suivi d'un retour chaleureux une fois le calme installé. Ce que beaucoup critiquent, en réalité, c'est un usage caricatural de la méthode, coupé de toute présence avant et après la pause. Utilisée avec justesse, elle transmet à l'enfant une chose précieuse : ses émotions, aussi fortes soient-elles, ne mettent personne en danger, et elles finissent toujours par s'apaiser.

Si vous vous êtes déjà sentis coupables d'avoir isolé votre enfant quelques minutes, sachez que cette culpabilité vient souvent d'une angoisse plus large que vous portez, plutôt que d'un tort réel fait à votre enfant. J'ai vu des familles retrouver un apaisement profond en réintroduisant une pause posée avec calme, suivie d'un dialogue, là où l'accompagnement fusionnel et sans limite avait épuisé tout le monde.

Se pathologiser pour ne pas se questionner

C'est précisément ce que dénonce Caroline Goldman, et l'observation résonne avec ce que je vois en cabinet : il existe aujourd'hui une tentation puissante, chez les adultes comme chez certains parents, de convertir toute difficulté relationnelle en diagnostic. On se dit hypersensible plutôt que de reconnaître une intolérance ordinaire à la frustration. On évoque le haut potentiel intellectuel (HPI) pour expliquer un mal-être qui tient parfois davantage à une histoire familiale mal digérée, ou l'on réclame un bilan neuropsychologique pour un enfant simplement mal cadré, dans l'espoir qu'un trouble neurologique vienne dédouaner tout le monde d'un travail de remise en question plus exigeant. Sa position clinique rejoint la mienne sur ce point : le diagnostic devient trop souvent un alibi qui dispense d'interroger sa propre difficulté à poser un cadre.

Cette tendance touche aussi les parents eux-mêmes, et je le dis avec bienveillance, car elle part souvent d'une bonne intention. Beaucoup arrivent en consultation avec des mots déjà tout prêts pour décrire leur propre fonctionnement : "Je suis en burn-out parental", "j'ai un trauma d'attachement", "il a un TDAH, il est sous Ritaline". Ces notions ont leur pertinence quand elles s'appuient sur une évaluation réelle. Elles deviennent en revanche un refuge quand elles évitent la question la plus simple, et la plus inconfortable : qu'est-ce qui, dans mon histoire, m'empêche aujourd'hui de tenir une limite face à mon enfant ?

Un diagnostic, même juste, ne dispense jamais de se poser cette question.

Il peut au contraire l'éclairer, à condition de ne pas s'y substituer. Se contenter d'un mot pour ranger le problème n'aide personne à avancer, ni vous ni votre enfant.

Votre enfant n'est pas un patient permanent

« Le geste spontané est le vrai self en action. » (Donald Winnicott, pédiatre et psychanalyste)

Cette même tendance a fini par contaminer le regard que l'on porte sur les enfants eux-mêmes.

Chaque geste difficile appelle désormais une interprétation psychologisante, comme si un enfant ne pouvait plus jamais être simplement fatigué, capricieux, ou en train de tester une limite pour voir jusqu'où elle tient.

Cette vigilance permanente, aussi bienveillante soit-elle dans son intention, finit par épuiser tout le monde. Elle prive aussi votre enfant du droit à l'erreur ordinaire, à la mauvaise journée sans cause profonde.

Votre enfant n'a pas besoin qu'on scrute chacun de ses débordements à la recherche d'un traumatisme caché. Il a besoin d'un adulte capable de distinguer une vraie souffrance d'un test de limites banal, et de répondre à chaque situation avec l'outil qui convient. Parfois, cet outil est l'écoute et l'exploration de ce qui se joue en profondeur. Parfois, il s'agit simplement de dire non, avec calme et fermeté, sans se justifier à l'infini.

Un symptôme qui parle de toute la famille

Il manquerait quelque chose d'essentiel si l'on regardait ce sujet uniquement à travers le duo parent-enfant.

La thérapie familiale nous enseigne depuis longtemps qu'un comportement difficile chez un enfant se comprend rarement isolé du système dans lequel il vit. Il porte souvent, sans le savoir, une tension qui circule ailleurs dans la famille : un désaccord non résolu entre les parents, une place mal définie entre les deux, parfois même un conflit hérité d'une génération précédente et jamais mis en mots.

Quand un seul parent tente de tenir un cadre pendant que l'autre le contredit, ou quand le couple lui-même traverse une zone de turbulence, l'enfant se retrouve souvent à porter, dans son corps et dans ses comportements, ce que les adultes autour de lui n'arrivent pas encore à nommer entre eux. Personne n'est en tort dans cette dynamique. Un système familial fonctionne ainsi, chacun y occupant une place qui répond à celle des autres.

C'est pour cette raison que la réponse la plus efficace n'est presque jamais individuelle.

Elle demande que les deux parents s'accordent sur le cadre, se soutiennent devant l'enfant, et acceptent parfois de regarder ce qui, dans leur propre lien, mériterait d'être retravaillé. Redonner de la fermeté à la relation avec un enfant commence souvent par redonner de la cohérence à la relation entre les adultes qui l'entourent.

Une vignette clinique

Un couple est venu me consulter à propos de leur fils de huit ans, qu'ils décrivaient comme "hypersensible", un terme employé par l'école après plusieurs incidents de violence verbale envers un camarade. Épuisés, ils cherchaient un accompagnement spécialisé pour ce qu'ils présentaient déjà comme un trouble à diagnostiquer. En reprenant avec eux le déroulé concret des scènes de crise, il est apparu que l'enfant n'essuyait jamais de vraie limite à la maison : chaque insulte proférée contre ses parents se soldait par une discussion apaisante, jamais par une conséquence concrète.

Le travail thérapeutique a surtout consisté à aider ces parents à retrouver le droit de poser un cadre sans craindre de blesser leur fils. Comme souvent, le symptôme de l'enfant reflétait aussi un désalignement entre les deux adultes, l'un plus enclin à la discussion, l'autre plus tenté par le retrait, sans qu'aucun cadre commun ne se dégage. Je leur ai rappelé, avec toute la douceur que cela demandait, qu'ils devaient se positionner en tant que parents, tous les deux, et que cet enfant avait besoin d'un cadre bienveillant, certes, mais aussi ferme. Ce jour-là, ce petit garçon s'est précipité dans mes bras. Le soulagement était visible, presque physique, comme si cette fermeté retrouvée le libérait d'un poids qu'il portait seul depuis longtemps. Ses parents ont ensuite réintroduit des conséquences claires face aux débordements, dont des temps de retrait courts et annoncés. En quelques semaines, les incidents scolaires ont nettement diminué. Ce petit garçon n'avait pas besoin d'un diagnostic. Il avait besoin de parents qui osent occuper leur place, ensemble.

Le courage de tenir bon, avec douceur

La peur que vous ressentez parfois devant votre enfant se nourrit aujourd'hui d'un double mouvement : une culture qui pathologise à outrance la moindre difficulté relationnelle, et une psychanalyse parfois caricaturée comme suspecte dès qu'elle rappelle qu'un sujet reste responsable de ses actes, quel que soit son passé. Entre les deux, un espace s'est vidé, celui d'une autorité simple et sereine, qui n'a pas besoin de justification savante pour dire non et s'y tenir.

Redonner sa place au time out, exercé avec justesse et présence, participe de ce mouvement de reconquête. Il ne s'agit pas de revenir à une éducation rigide ni de nier la richesse de la vie psychique de votre enfant. Il s'agit de retrouver un droit fondamental, celui de poser une limite sans avoir besoin de la légitimer par tout un arsenal diagnostique, et de faire confiance à votre enfant pour traverser, sans dommage, l'expérience ordinaire d'un cadre qui tient.

Face à la profusion de conseils qui circulent aujourd'hui, souvent contradictoires d'une vidéo à l'autre, il n'existe pas de méthode unique qui conviendrait à tous les enfants ni à tous les parents. Ce qui compte davantage que la technique choisie, c'est la constance avec laquelle vous l'appliquez et la sincérité du lien que vous maintenez avec votre enfant une fois la tempête passée. Vous n'avez pas besoin de suivre à la lettre le dernier conseil vu en ligne pour bien faire.

Un enfant fatigué qui hurle dans un supermarché n'a pas nécessairement besoin d'un accompagnement thérapeutique. Il a besoin d'un parent qui lui dise non sans trembler, quitte à essuyer quelques regards autour de lui. Cette confiance en votre propre autorité, aussi modeste soit-elle au départ, se construit avec le temps, à chaque fois que vous osez tenir une limite et que vous constatez que la relation, loin de s'effondrer, en sort plus solide.

C'est peut-être là la véritable question que soulève, derrière son ton parfois provocant, le travail de Caroline Goldman. Elle ne vise pas à nier la souffrance réelle de certains enfants ni la légitimité de certains diagnostics. Elle invite chacun à distinguer, avec bienveillance envers soi-même, ce qui relève d'un trouble véritable de ce qui relève d'une difficulté ordinaire à occuper sa place d'adulte.

Et oui, votre enfant, ou votre adolescent "adoleschiant", peut parfois être vraiment pénible. Pour autant, cette réalité ne vous dispense pas de tenir la limite, ni de vous demander pourquoi cette même exaspération vous paralyse un jour et vous laisse de marbre le lendemain. Reconnaître qu'un enfant est parfois insupportable ne revient pas à renoncer à votre place d'adulte. Cela revient à l'assumer avec plus de justesse, sans vous cacher derrière un diagnostic complaisant ni derrière une culpabilité excessive. Vous avez le droit d'être fatigués, et vous avez aussi, en vous, la capacité de tenir bon et donc, aussi de dire NON !

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Par Frédérique Korzine,
psychanalyste à Versailles
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